Comment vulgariser les sciences humaines ?
Par Anthony • 20 jan, 2006 • Catégorie: Divers, La plèbe d'en bas •
Cette question peut surprendre au premier abord surtout que, ayant fait de la sociologie, je pense profondément que tout un chacun devrait, dans son cursus scolaire, suivre une formation sérieuse en sciences humaines. Toute la question porte alors exactement sur ce point, à savoir la notion « de formation sérieuse ».
Un enfant, qui revient de l’école avec un bulletin de notes plutôt irrégulier et franchement pas très bon, dit à ses parents pour expliquer son 3 en mathématiques : « Mais c’est pas de ma faute, vous savez bien que je suis nul en math » et un des parents répond : « De toute façon, c’est vrai, tu nas jamais été bon en math, c’est comme ça. ».
Que s’est-il passé ? Sommes-nous programmés génétiquement pour être bons en math ou en français ? Je ne suis pas sûr de cela. La réponse se trouverait plus dans la manière dont la matière a été abordée, présentée, critiquée… etc au moment de sa socialisation. Mais ceci est un autre débat.
Cependant, les parents en considérant et répétant que leur enfant n’est, par nature pas bon en math, vont alors cristalliser cette situation qui n’était pas irréversible. L’enfant, ainsi que toute sa famille, va alors se convaincre que, de toute façon, il n’y a plus rien à faire, c’est comme ça, il est nul en math, point. L’enfant va alors avoir une excuse toute prête, et acceptée par tout le monde, pour justifier ses mauvais résultats. Dans ce cas, pourquoi faire des efforts alors que cette notion est acquise pour tout le monde, « C’est la vie, il ne sera jamais bon dans la discipline » et donc il ne le sera jamais.
L’enfant auquel on donne une excuse pour son comportement ne va pas mettre longtemps à comprendre qu’il pourra alors justifier ses actes sans en être directement responsable, car la cause dépasse sa propre volonté. Cette façon de faire est fréquente, même chez les plus grands.
Les sciences humaines, en particulier la psychologie et la sociologie qui tentent de comprendre et de décortiquer les comportements humains, connaissent le même sort.
Diffuser les résultats pour les gens qui veulent comprendre le pourquoi du comment, les effets de causalité sur les gens, notre société et donc sur nous-mêmes, diffuser cela est une bonne chose. Moi-même, je suis très intéressé par tout ce savoir et cela m’a beaucoup apporté pour ma vie personnelle.
Toutefois, pour bien décoder ces informations qui sont bien plus complexes que ce qu’il peut y paraître, j’ai suivi une formation (Licence de sociologie). Je ne prétends pas tout comprendre, mais lorsque que j’entends parler de tel ou tel concept ou que quelqu’un emploie des mots précis, j’arrive à cerner de quoi il s’agit exactement.
Et c’est ici que réside le problème pour ceux qui n’interceptent que des notions plus ou moins exactes, entendues à la télé, la radio ou lues dans des magazines. Ils ont tous l’impression de savoir, car ils ont vaguement entendu que si untel (a) fait ça, c’est à cause de ceci ou la faute de cela qui s’est produit quand il était petit. Toutes ces approximations, incomprises la plupart du temps, mais qui en jettent quand on les énonce en société, amènent les gens à faire de la psychologie ou de la sociologie de comptoir qui ne mène à rien, mais transforme doucement leur façon d’agir et de se comporter.
A trop vouloir expliquer sans donner les clés de décryptage (il y en a mais il faut faire des efforts et ce n’est pas toujours simple …), comme le fait souvent la télévision, on modifie le comportement des gens qu’on essaie de comprendre.
Comme l’observateur, lorsqu’il se fait voir des observés, va changer leur comportement (celui des observés) car ils sont conscients d’être observés.
La difficulté est de savoir : ont-ils fait ça car ils savaient qu’il y avait quelqu’un qui les suivait ou l’ont-ils fait naturellement ? La réponse est bien sûr la première, car ajouter un nouvel élément à une situation la change obligatoirement plus ou moins.
La vulgarisation des sciences humaines est alors cet élément qui va changer, plus ou moins selon les gens et les circonstances, la donne et la façon de travailler pour les chercheurs des sciences humaines. Il n’est bien sûr pas question de stopper ce phénomène mais, comme toujours, de faire avec, et le travail n’en devient que plus complexe à traiter.
Le chercheur aura dorénavant plus de travail pour valider les informations qu’il collecte, du moins bien sûr si la sociologie et la psychologie de comptoir présentées sur les grands médias ne prennent pas le pas sur la rigueur des sciences humaines.
Anthony
Anthony est Présent à la fondation du site, il suit de près son développement et participe à son agrément technique et rédactionnel.
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ai po compris…