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Dada, ou l’art jubilatoire délivré de son sérieux

Par Arnaud • 25 déc, 2005 • Catégorie: Arts, La plèbe d'en bas

Plus qu’une vingtaine de jours pour aller (re)découvrir l’exposition Dada, exposition phare du centre Beaubourg à Paris. Cette exposition, forte de 1000 oeuvres exposées, est une entrée dans les méandres de ce mouvement artistique né en 1916 au cabaret Voltaire de Zürich, et mort officiellement en 1924 avec le manifeste du surréalisme de’André Breton. Huit ans, c’est peu, et pourtant, les ramifications dans les différents domaines artistiques et les différents pays furent sans précédent jusqu’alors. Art subversif, transgressif, drôlatique, poétique… le tout au service d’une pensée moderne dont les conséquences sur la représentation artistique se font toujours sentir. Quelle claque…

Cette exposition en divise bon nombre, aussi bien parmi ses visiteurs que parmi ses commentateurs. Et c’est justement sa richesse que de nous faire revivre la diversité de la mouvance dadaïste. Il est simple et difficile d’expliquer Dada. Dans les années 1910, avec l’arrivée des nouveaux médias (enregistrements audios, cinéma) est apparue l’envie d’utiliser ces outils au service d’un art moderne, relatant une réalité horrible (la Grande Guerre) avec cependant un sens critique aiguisé dénonçant l’hypocrisie ambiante, la croyance en des valeurs morales, esthétiques et politiques fallacieuses et foireuses. Dada se propose de dénoncer tout ceci, en se moquant puis en proposant de nouvelles formes : l’objet industriel est revendiqué comme objet artistique ; les arts s’entremêlent joyeusement pour dénoncer le primat d’un art officiel académique sclérosé, ou des tentatives avant-gardistes qui ne s’affirment qu’en fonction de cet académisme ; choquer les goûts et les bonnes moeurs bien-pensants…

Rassemblés autour de Tristan Tzara, membre fondateur, initiateur et rassembleur international du mouvement dada (mot trouvé au hasard dans un dictionnaire, et n’ayant aucun rapport et sens avec le but recherché, ce qui était donc « parfait » pour désigner ce mouvement), celui-ci défendra et accueillera tous les artistes se réclamant de cette idée, de cette logique. Et c’est ainsi que Dada, par son refus du conformisme et sa dénonciation du « bon goût » se répandra au gré des revendications et des formes que les artistes, de par le monde entier, voudront lui donner (cela concerne toute l’Europe, mais aussi, le Japon, les Etats-Unis, l’Amérique du Sud…).

Cette exposition propose un parcours pseudo-chronologique et/ou thématique afin de découvrir les différentes expressions dada. Toutefois, et c’est sa grande particularité, le visiteur est libre de parcourir les différentes pièces comme bon lui semble, et ainsi de faire sa propre (re)découverte de dada. Plus de 1000 oeuvres de 50 artistes sont exposées, et on y trouve de nombreuses correspondances écrites (passionantes, souvent drôles), des peintures, des sculptures, des films, des enregistrements, des poésies… tout ce qui fait dada, sa richesse et son foisonnement. C’est un véritable plaisir de se laisser aller au gré de ses envies et de ses intuitions. Et que de plaisir ! On peut y voir de très nombreuses oeuvres de Duchamp, Arp, Picabia, Aragon, Grosz, Dix, Ernst, Schwitters, Eluard, Breton, Man Ray, Tzara…. Il est rare d’avoir une telle concentration de chef-d’oeuvres majeurs, qui ne seront visibles en Europe qu’à Paris, avant que cette exposition ne se déplace aux Etats-Unis et au Japon.

Ainsi, si présenter dada en une exposition pouvait sembler hérétique (un musée, chantre de l’académisme moderne de l’art !) de par sa formule et sa présentation, elle nous donne à voir une image plus juste et « dans l’esprit » dada. Car c’est dans cette limite de l’exposition que se trouve le début de la transgression dadaïste : rien à foutre de plaire au bon goût et aux valeurs moralisantes pesantes, et de se conformer l’académisme (en l’occurence, si l’expo ne ressemble à rien de connu et conventionnel). C’est parce que nous vivons dedans, que dada entre en rébellion. Mais si dada est mort (officiellement, pas son élan), c’est parce que de cette contestation est née l’envie de créer autre chose. Si chacun de ces artistes s’y est essayé de son côté (souvent avec succès), cela n’en a pas moins sonné le glas de cette mouvance, qu’André Breton, par sa pesanteur et son sérieux dans la recherche d’un art véritable, a rendu effective avec son Manifeste du surréalisme en 1924. Mais foin de Breton, cet esprit libre et libertaire (anarchiste?) a insufflé à bon nombre de ces artistes de quoi magnifier leur art vers l’excellence, et continue, malheureusement bien trop souvent, auprès des artistes des générations suivantes, comme étant la recherche unique de choquer et d’utiliser des objets incongrus. N’est pas dada qui veut.

Arnaud.

Pour un historique plus précis du mouvement dada, consultez le site suivant : DADA

Le site officiel du centre Pompidou

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