Deadwood, western tragique
Par Arnaud • 12 avr, 2006 • Catégorie: La plèbe d'en bas, Television •
HBO, nom qui sonne au creux de l’oreille à tous sérieophiles (sic) comme gage d’excellence. Nouvelle production, nouveau succès et nouvelle réussite. Après le génialissime Oz, la grandiose Sopranos, l’osée Sex and the City, l’intello chic et choc Six Feet Under et avant l’historique épique Rome, voici que débarque en 2004, Deadwood, la série dramatique. L’action, située en 1876 dans les montagnes dorées d’une réserve indienne, revisite le western. Pas de technicolor, plus seulement du spaghetti, mais des chercheurs d’ors, des cows boys, des malfrats, des marchands, des escrocs, un toubib, des étrangers… qui vivent bon gré, mal gré dans cette dure loi de l’ouest. Crépuscule de l’humanité à l’aurore de la civilisation moderne. Drame exaltant à la tragédie flamboyante…
Synopsis: La ruée vers l’or, à l’Ouest des Etats-Unis, mène toute une population à migrer vers des terres plus arides. Parmi eux, beaucoup de criminels et de malfrats en tous genres, prêts à s’installer sur ces nouvelles contrées et y faire commerce… et ainsi profiter des arrivants. Deadwood est une de ces villes nouvelles autour desquelles se greffent les hommes avides d’or, les familles venues de loin, et les rapaces de toutes sortes. L’endroit idéal pour commencer une nouvelle vie, et, si possible, une nouvelle fortune… la série commence deux semaines après la cuisante défaite du Général Custer contre Little Big Horn, alors que Deadwood se situe sur des territoires indiens - et est donc illégale par sa seule existence. (source série live)
HBO se lance une nouvelle fois dans la série de genre. Mais un genre bien particulier, le western. Ici plus question du Poney express, ni de Docteur Quinn ou autre Au nom de la loi, Bonanza, Les mystères de l’ouest, mais du genre cinématographique. Adapatation à la télévision. Quand le genre décline lentement mais sûrement sur grand écran (exception faite de Impitoyable ces dernières années), voilà que le petit le remet à l’honneur et par la grande porte. Ici les moyens sont importants. Le tout dans un souci de réalisme et de véracité.
La photo baigne dans des couleurs whisky, sales, délavées, dans lesquelles les personnages se meuvent. L’ambiance sonore est consistante. Par exemple, le bruit des éperons a cet écho si particulier du clinquant sur le bois, ou sur la poussière (fini le même son pour des décors différents). La réalisation est extrêmement fidèle à l’imaginaire du western cinématographique. Le montage est une pure merveille du cinéma italien du western spaghetti: lenteur des actions, plans larges qui prennent le temps, gros plans sur les personnages, nervosité sur les scènes d’actions, avec cet humour et ce décalage qu’un Terence Hill n’aurait pas renié (la scène dans le 1° épisode où le docteur traverse le lobe frontal d’un mourant).
Mais c’est bien par ses personnages que Deadwood se singularise. L’ouest, l’histoire ne sont que des prétextes à faire se confronter des individualités fortes, des êtres soumis, sournois, escrocs, idéalistes… Les hommes ont des principes, leurs principes. Des règles connues d’eux-mêmes, qu’ils transgresseront au nom de leurs propres intérêts. Perversité du procédé, car il devient dès lors impossible de s’identifier à un seul des personnages. Tous ont leurs côtés lâches, noirs, torturés. Les méchants sont fascinants, les «justes», si on peut les considérer ainsi, sont des traîtres à leurs idéaux. Chacun de s’en prendre pour son grade. Les arrogants seront humiliés, les forts seront battus, les escrocs escroqués…
Al Swearengen, le patron du bar, est éblouissant, justement récompensé pour sa prestation dans la série. Il humilie ses filles de joie, dont il prend soin tout autant. Les prostituées, justement, brillent par leurs caractères torturés et leurs physiques disgracieux. Rarement on aura vu de prostituées aussi peu avenantes, veules, mais aux dires des protagonistes, cela suffit pour ces rustres de chercheurs d’or; mais elles sont aussi bonté et tendresse.
A contrario, des femmes du monde (mais dépravées par d’autres aspects) sont élégantes, charmeuses et manipulatrices. Les hommes sont sales, souvent, pervers, dominateurs, machos (cette scène de l’homme qui culbute la prostituée dans le 2° épisode, se présentant à tous, son sexe à et en l’air, vociférant des insultes et autres humilitaions à sa partenaire). Guerre des egos, confrontation des survies, avec ou sans raffinements et civilités. Nul n’est épargné par Deadwood. Car le personnage principal est bien cette ville. Camp avancé de la civilisation, illégale, permissive, sans justice, elle agit sur les personnages comme le révélateur des âmes. Elle s’apparente à la destinée qui accable les acteurs d’une tragédie.
C’est ce qui fascine dans cette série. Les 2 premiers épisodes peuvent être vus comme des moyens métrages, des films de genre, où explose en une scène finale paroxystique le règlement de compte attendu. C’est au 3° épisode que les ressorts dramatiques, et non plus seulement tragiques, se mettent en place. Les personnages prennent de l’épaisseur, leurs personnalités se complexifient. Et la série prend son envol, son envergure, point de départ des 2 premières saisons déjà disponibles. Une 3° est en cours de production et sera diffusée cette année. HBO en a déjà programmée une 4°. En effet, Deadwood caracole parmis les meilleures audiences de la chaîne, auréolée de différents prix et récompenses, dont celle de la meilleure série dramatique.
Canal+ diffuse actuellement la première saison, tous les jeudis soirs. Je ne peux que vous conseiller les rediffusions en VO, tant les accents et autres effets de langages des acteurs sont précis et ajoutent à l’excellence de l’interprétation.
Arnaud est Fondateur, webmaster et surtout rédac' chef du site, il est celui qui chapeaute et coordonne tout ce qui s'y passe. Il est là pour essuyer vos mécontentements, vos râles et autres reproches.
Si vous trouviez satisfaction sur ce site, merci d'y revenir...
Email à cet auteur | Tous les Articles par Arnaud | Cet auteur a posté 273
articles



Sur la plèbe, certains auront peut-être remarqué, la prédilection des chroniqueurs pour des séries de télévision produites par HBO (Oz, Sopranos, Deadwood, Rome). Si Oz est belle et bien terminée depuis 2003, ces derniers mois voient la fin des grosses p
En ce jour d’élection, je signale juste que cette magnifique série, sorte de génèse de l’amérique moderne est rediffusée sur le câble et satellite, sur Ciné Cinéma Culte.