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Flou médiatique

Par Noëlle • 18 sept, 2006 • Catégorie: La plèbe d'en bas, Politique

Deux superbes têtes d’affiches : Sarko et Ségo, caracolantes cavales. L’un valeur sûre exposée dès les premiers galops d’entraînement. L’autre outsider inattendu. Et voilà tout pour les différences. Ah, non, le poulain et la pouliche ne courent pas pour la même écurie. Mais qui s’en soucie encore ?

Sarkozy :  président d’un UMP qui, quoique initialement créée autour de Chirac, lui offre une superbe vitrine. Tongs et jeux de plage  y voisinent avec les galettes de Johnny et Doc, nouveaux chantres de Sarko, lequel trouve lui aussi à jouir des feux de la rampe sur la scène de son parti, au fil de shows où crachent les flashes de médias conviés tous frais payés pour ces grandes fêtes populaires. De quoi se fonder une solide assise, entre la machine politique de l’UMP dévolue à sa cause et la machine médiatique qui dispense généreusement la bonne parole et l’annonce de miracles truqués sur mesure ( ah, cette mirifique baisse de la délinquance !). Car il n’y a pas que l’homme public, qui comprend les petites gens, mais aussi l’homme privé,  prêt à témoigner des aléas de sa vie intime… tant que nul autre témoin ne s’invite avec indécence.

Une fois que tout cela est bien huilé, qu’on a bien compris qu’il est musclé et efficace, il est temps d’assaisonner tout ça de quelques socialisantes déclarations à l’encontre des « patrons voyous », de prendre fait et cause pour l’environnement, et de rebaptiser la répression du doux nom de prévention. Le tout afin de ne pas trop effrayer, voire de ratisser un brin à gauche peut-être. Qui y croit ? Peu importe. De loin, ça rend l’image plus sympathique : ferme, mais juste, et proche de l’électeur.

Sarkozy use avec un cynisme avoué de ce flou médiatique.  

Ségolène : comète surgie de nulle part, au grand embarras d’un parti qui ne l’attendait ni la désirait. Elle est là malgré eux. Contre eux, presque. Commode d’ailleurs pour apparaître comme alternative salvatrice. Bref, socialiste, oui, mais attention, réaliste, elle : elle écoute les gens, elle entend donc bien que l’encadrement militaire est souhaitable, la carte scolaire inutile, et qu’il faut aider les familles en leur donnant des cours quand leurs enfants commencent à faire n’importe quoi. ( Ca vous rappelle quelque chose ? Elle le déclarait en juin. Et n’en est plus à un point commun avec Sarko.) Tant pis si ça n’est pas dans le programme socialiste. Et puis sa voix douce, quelques nuances, rendent dans sa bouche si suaves ces mesures. Faut oser, Sarko l’a bien prouvé.

A quoi bon s’en faire, de toute façon ? Elle est sympathique, porte un joli maillot de bain, ne dit du mal de personne. Elle est comme vous ou moi. Un peu plus que Sarko, parce que c’est une femme.  Est-ce qu’une femme peut présider ? Qui fera la vaisselle ? On se le demande, ou on s’indigne de ce que certains se le demandent, mais, de toute façon, on s’imagine Ségo en tablier, Ségo dans sa vie domestique, Ségo qui porte la culotte, sans même que ses enfants aient besoin de déclarer « Bonne chance, ma maman ». Et son action, c’est ça, être entrée dans la vie des familles avec des mesures contre le bizutage. C’est beau, on comprend, c’est simple, ça fleure presque l’honnêteté.

C’est avec pruderie et sans le reconnaître que Ségolène se plaît à ce mélange qui compose ses salades.

Curieuse époque, donc. On a affirmé que droite-gauche, c’était un clivage qui n’avait plus de sens. Alors on s’intéresse aux personnes, pour savoir de qui faire une personnalité. D’ailleurs, comme on a aussi décrété que c’étaient tous des pourris, magouilles et compagnie, il est inutile d’aller plus loin. C’est l’image qui compte, de belles photos, assaisonnées de quelques déclarations. Est-ce les médias qui ont fabriqué Ségo et aidé Sarko ? Est-ce l’un et l’autre qui ont profité des médias ? Non, tous seuls, comme des grands, on leur a dit ce qu’on voulait. Des gens proches de nous, qui ne parlent pas trop de politique parce qu’on n’y croit plus, qui affirment qu’ils nous écoutent. C’est fatigant d’aller les chercher dans les débats politiques : qu’ils entrent chez nous autrement, par la lucarne et les magazines. Alors oui, on les voit en pleines pages, ils hantent en invités choisis les émissions de variété. Et on en redemande. A quoi bon faire semblant de s’offusquer …

L’engouement pour Ségolène advient après que Sarko lui a préparé le terrain en organisant autour de sa personne un culte de la personnalité. Cet engouement rétablit donc la balance de terrible manière. Non pas en envoyant un désaveu cinglant au populisme, mais en enfonçant le clou : c’est l’image qui compte pour les électeurs. Un programme ? Un idéal de société ? Non, on ne veut plus réfléchir à. Au mieux, des mouvements d’humeur et de rejet, seulement. Mais prendre le temps de la réflexion, surtout pas. Noyons tout dans un grand flou. Tout se passe comme si on choisissait la droite ou la gauche comme les ados choisissent d’être plutôt  hip-hop ou plutôt rock : en fonction de l’image que cela renvoie, et en se dotant d’icônes incontournables. 

Il faudrait juste se souvenir que la démocratie, c’est le pouvoir du peuple, des « gens », comme on dit. Alors si la démocratie se pourrit, ce ne sont peut-être pas seulement les hommes politiques qui sont à blâmer, mais bien plutôt les motivations de ceux qui les élisent.

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5 Responses »

  1. C’est ce qu’on veut nous faire croire. La technique de l’amalgame consiste souvent à mettre tout au même niveau et ensuite à en tirer des vérités absolues. Je consulte depuis des mois les sites de l’UMP et du PS. Allez-y et vous verrez la différence…

  2. La différence entre l’un et l’autre, ou avec ce que relaient les médias ? Ce n’est pas vraiment le propos ici de toute façon. Sinon, je veux bien que ce soit ce que “l’on” veut nous faire croire, mais force est de constater qu’on n’a pas besoin de beaucoup nous y pousser.

  3. INFO: suite à une mauvaise manip du plugin contre le spam (des dizaines de messages par jour) sur les commentaires, j’ai effacé également, par erreur et rapidité, les 5 derniers commentaires validés d’utilisateurs. Toute mes excuses et ne pas croire qu’il s’agit d’une censure ou d’une sélection pour éviter des messages déplaisants

    (si BORMAN veut bien remettre son commentaire sur la démogagie, je ferais en sorte de ne pas l’effacer cette fois-ci ;) )

  4. A méditer.
    La démagogie (du grec :demos « le peuple » et ago : « conduire ») est une notion politique et rhétorique désignant l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, dénaturant la vérité.

    La Lèbe n’en est pas à son premier essai… Trop souvent le parti-pris est voyant, choquant… voire décevant : dommange.

    Pour alimenter mes dires, je ne reviendrai pas sur tout l’article SEGO/SARKO du 18/09 (flou médiatique)car je n’en ai pas le temps. Je m’arrêterai sur une phrase des plus explicite (à mon avis).
    “…il est temps d’assaisonner tout ça de quelques socialisantes déclarations à l’encontre des « patrons voyous », de prendre fait et cause pour l’environnement, et de rebaptiser la répression du doux nom de prévention.”
    La c’est trop gros et trop facile… Qui saurait aujoud’hui utiliser en politique -sans créer un tolé, pour ne pas dire une révolte- le vocable REPRESSION. Personne !!! Quel dommage d’avoir un vocabulaire si riche en nuances dans la langue française pour s’apercervoir qu’on ne sait pas l’assumer. Toubon aurait-il eu raison ? Pour faire court, la gauche utilise-t-elle ce nom REPRESSION dans ses discours ? Vous répondrez sûrement : non car elle n’en fait pas… Je vous laisse seul juge de la parité de vos articles.

  5. Je ne saisis pas bien la cohérence du commentaire, ni peut-être sa teneur excate : critique, invite à “méditer” ?

    En revanche, je trouve fâcheux de feindre ignorer que le terme de répression continue à être abondamment employé, ne serait-ce que sous la forme de son dérivé adjectival. Sarkozy revendique la répression. Or, quand il fait mine de s’intéresser à un versant plus social que judiciaire, la différence n’affecte que le vocabulaire, qui s’en trouve métamorphosé et où la signifiaction est bafouée. Procédé fréquent mais qui continue à m’irriter au plus haut point que ces mots-baudruches, tantôt masques tantôt simplement tout vides. Peu importe qu’il s’agisse de la gauche ou de la droite. Donc oui, je continue à m’offusquer de l’emploi d’un mot pour un autre.

    Je pourrais sans doute m’attarder à essayer de répondre à chacune des espèces de vos critiques larvées, et si je ne le fais pas, ce n’est par refus de discussion, mais juste parce que votre propos me semble particulièrement obscur. Bêtise de ma part certainement…

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