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Il vieillit

Par Arnaud • 15 août, 2006 • Catégorie: Humeurs, La plèbe d'en bas

Le matin lui semblait toujours plus difficile. Plus difficile d’ouvrir les yeux, plus difficile de lever un corps ankylosé, plus difficile de se sortir des torpeurs d’une nuit une énième fois non réparatrice.  

S’asseoir sur le bord du lit. Se tenir la tête entre les mains. Se frotter le visage, d’un geste frénétique qui soulage des lourdeurs du corps fatigué. Il ne peut pas se lever. Chaque parcelle de son être lui réclame de retourner à Morphée, qui pourtant ne le berce plus de sa douce litanie mortifère d?autrefois.

Il aimerait se recoucher, dormir, sombrer, du sommeil du juste, du pré-goût de la mort, de ce repos rêvé. Et puis non. Du fond de sa caboche remonte des relents de culpabilité à ne pas se lever. Toutes ces années de morale, de bonne conscience le saisissent à la gorge. Se recoucher pour ne plus dormir empli de remords ? Pas la peine, autant y aller. C’est comme l’école. Non. C’est pire que l’école. Il perd son temps. Il n’apprend plus rien. 

A l’école, il était jeune. Il se sentait d?un entrain que nul ne pouvait entraver. Il avait vieilli. Il se sentait fatigué en permanence. Des reflets gris argentés lui parcouraient les cheveux. Du charme pour certains, un vieux pour d?autres. Pour lui, c’était fatigué. Il avait toujours voulu être plus vieux qu’il ne l’était. Dans l’attente d’être ce qu’il penserait être. 

Et maintenant ?  

Il se prépare, se regarde dans le miroir. Il s’évite des yeux. Il n’en peut plus. Il ne se supporte plus. Il est lâche. Faible. Il se déteste.  

Alors il sort, d’un mouvement vif. Plus guère que la colère pour le faire réagir. Il ne veut pas être amorphe, il s’enferme dans un monde intérieur. Il fantasme sa vie. Il se l’imagine autre. Plus belle. Pleine de couleurs. Sans entraves, avec seulement les gens qu’il aime

Mais il a vieilli. Il a lâché. Il s’est perdu. Maintenant qu’il a l’âge qui lui avait semblé être celui des possibles, ce n’est plus que pesanteur et dégoût d’un monde environnant. Il n’a plus la force de pleurer, à peine de se révolter et d’avancer dans le frimas des matins blêmes. Il enrage, mais n’explose pas.  

Il vieillit, mais ne devient pas celui qu’il devrait, celui qu’il voulait. Il vieillit.

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