LES SOPRANOS : symphonies familiales
Par Noëlle • 21 mar, 2006 • Catégorie: La plèbe d'en bas, Television •
Très bien
Série-fleuve de six saisons (la sixième est en cours de diffusion aux Etats-Unis), avec déjà un bonus de huit épisodes supplémentaires annoncé, Les Sopranos nous fait entrer dans la famille de Tony Soprano, qui partage son temps entre mafia, séances chez la psy, couple(s) et enfants. Questions existentielles sur tapis de dollars imprégnés de sang, ce qui n’émeut ni bimbos ni femmes au foyer : ce mélange détonnant, qui assure à HBO l’une de ses plus grosses audiences, cumule depuis 1999 nominations et récompenses. Reconnaissance non usurpée.
Fiche Technique :
Créateur : David Chase
Producteurs : Mitchell Burgess et Robin Green (saison 1 à 5), David Chase et Brad Grey
Acteurs : James Gandolfini (Tony Soprano), Edie Falco (Carmela Soprano), Lorraine Bracco (Dr Jennifer Melfi), Michael Imperioli (Christopher Moltisanti), Dominic Chianese (Junior Soprano), Steve Van Zandt (Silvio Dante), Tony Sirico (Paulie Walnuts), Jamie-Lynn Sigler (Meadow Soprano), Robert Iler (AJ Soprano), Drea de Matteo (Adriana la Cerva), Aida Turturro (Janice Soprano) etc
Diffusion en France : France 2, Jimmy, France 4

Mafia : à cette évocation se lève tout un univers, déjà abondamment illustré par un cinéma américain qui en a nourri l’imaginaire. Monde séduisant, certes, mais défi délicat à relever également, que de renouer avec cette tradition, de l’enrichir, et d’y passionner à nouveau le spectateur. Même le principe, amusant ou incongru de prime abord, d’un mafioso psychanalysé, a déjà été exploité par les Mafia Blues.
Il y a bien du racolage, dans les Sopranos. Normal, il s’agit de le montrer. Villa luxueuse avec piscine et bagnoles à l’avenant, costumes et tailleurs aussi impeccables que les brushing enchoucroutés de ces dames, strip-teaseuses à la plastique aussi débordante qu’exhibée. Ca pue le fric, luxe et luxure sont affichés sans fard dans le soleil qui coule à flot ou sous les néons qui inondent la nuit de lumière, dans une image qui évoque irrésistiblement le papier glacé des magazines. Mais il y a aussi la lumière étouffée du soleil qui troue l’obscurité d’un café du New-Jersey, ou le farniente apparent autour d’un café et de bons mots à la terrasse d’un café populaire où s’établissent de brefs et cérémonieux pourparlers. Il y a les tonnes de bétons gris de chantiers de constructions, l’asphalte des autoroutes ou des parkings dans des coins déserts dénués du moindre charme racaille. Il y a le bruit de la mer ou des cascades, il y le silence de la nature et de la neige, où décisions, dilemmes et crimes rencontrent un écho solennel. Il y a même le soleil et l’effervescence italienne, ou les couleurs et la musique des années 70 et de l’enfance de Tony ? avec, déjà, des détonations.
Bref, il y a à voir, et du neuf, qui plus est, mais non pas surgi de nulle part. On n’a jamais été aussi proche et aussi éloigné du Parrain. Si proche : c’est un passé qui affleure souvent à la surface, comme nostalgie ; c’est la prégnance de certains modèles qui en sont hérités ? héritage problématique. Si loin : nul doute que ce n’est pas un « revival » d’une mafia mise au goût du jour. C’est une histoire d’aujourd’hui, c’est la Mafia aujourd’hui, et le passé est bien loin, tout autant qu’une Italie qui, visitée pour affaires, engendre plus de déceptions et d’incompréhension que de plaisir.

Alors c’est bien la Mafia, et les émigrants italiens, mais plus tout à fait non plus. Ce n’est peut-être plus la Mafia, le sujet, mais l’homme et sa façon de vivre aujourd’hui, tout simplement, avec ce milieu du crime organisé comme laboratoire parfait (pour reprendre une idée chère à Zola pour le roman, et qui paraît tout à fait probante pour ce type de série). Et le docteur Jennifer Melfi, relayée par le spectateur,(et il n’est pet-être pas anodin à cet égard que, au fil de la série, les séances chez le psy s’espacent, comme si à cette place le spectateur pouvait peu à peu la remplacer) ne peut que lentement abaisser ses défenses pour comprendre et entrer un peu dans cette famille, où les moindres malentendus quotidiens et intimes risquent à tout instant de déboucher sur une guerre des gangs, simplement parce la femme d’un des capos a tout d’une baleine. De la famille à la Famille, les liens n’ont jamais été si évidents, ni si convaincants. Le milieu de la Mafia devient la somptueuse caisse de résonance des soucis quotidiens (problème de couple, éducation des enfants, amitiés trahies, personnalités qui se forgent et se délitent sous divers déterminismes dans cette longue lignée de mafieux, réflexion sur le passé américain et communautaire) d’une famille Soprano qui, selon toute apparence, a accompli le rêve américain, exemple d’une intégration réussie. Et toutes les criminelles magouilles qui filtrent sous cette glorieuse réussite où tant importent la façade et les cérémonies ne sont au final guère plus nauséabondes que d’autres plus respectables succès.
Les Sopranos : très mafieux, mais pas seulement ; très américains, mais pas seulement. C’est la force de cette série, comme de toute grande oeuvre, que de jouer avec tant d’évidence sur le particulier pour atteindre à plus universel. Certes, Les Sopranos n’a pas le paroxysme de Oz, on n’y est pas pas dans la fulgurance acérée. Au contraire, on y prend le temps de, et c’est à mes yeux l’une des principales qualités à laquelle la série doit son succès.
Mais voilà déjà trop de mots. Allez voir : tout cela, la série le montre avec bien plus d’évidence et de subtilité.

Pour plus d’informations, rendez vous sur le site officiel : The Sopranos
Noëlle est Présente à la fondation du site, elle participe à la qualité rédactionnelle du site. Pas un article qui ne soit passé entre ses mains. Relectrice et correctrice. Sa grande spécialité, la littérature, mais ça on pouvait s'en douter..
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HBO, nom qui sonne au creux de l’oreille à tous sérieophiles (sic) comme gage d’excellence. Nouvelle production, nouveau succès et nouvelle réussite. Après le génialissime Oz, la grandiose Soprano, l’osée Sex and the City, l’intello chic et choc Six Feet
Sur la plèbe, certains auront peut-être remarqué, la prédilection des chroniqueurs pour des séries de télévision produites par HBO (Oz, Sopranos, Deadwood, Rome). Si Oz est belle et bien terminée depuis 2003, ces derniers mois voient la fin des grosses p