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Par Intervenant • 5 avr, 2006 • Catégorie: Expressions, La plèbe d'en bas

Note: Nous vous proposons une nouvelle rubrique consacrée à des interventions extérieures à l’équipe de la Plèbe, pour susciter le débat, amener à des réflexions et permettre la diffusion d’expressions différentes.

Par Christophe G.

Le CPE : on n’entend parler que de ça. Sur les tous médias, anciens ou modernes, publics ou privés, et même en discutant avec son voisin. Le site Plebe-web ne fait pas exception à la règle. Mais, alors que les positions se radicalisent, l’échange ne vire-t-il pas à une discussion de bistrot ? Et si, au-delà de la question « Pour ou contre le CPE ? », se dégageait une problématique plus profonde ? C’est pour essayer de tordre le cou à certaines idées reçues et aider à construire un consensus qui évacue les extrémismes récupérant les stéréotypes que j’écris ce texte.

Quelle évolution pour l’économie ?

La première erreur est de voir la concentration des activités économiques comme un phénomène nouveau. Pour faire bref, l’industrialisation de la seconde moitié du XIX° siècle a reposé sur la préexistence du secteur textile, la capacité d’hommes à entreprendre comme bon leur semblait, la formation d’un réseau de transports rapides, la possibilité d’exploiter le fer et le charbon. Tout s’imbriquait et s’entraînait. Le cas français finit par se confondre avec le cas anglais, et notre pays est devenu l’un des moteurs les plus importants des échanges.

Or la découverte des applications du pétrole et la maîtrise de la production de l’électricité, au début du XX° siècle, favorisent et accompagnent l’émergence d’une nouvelle série de secteurs (aviation et automobile principalement). La chimie devient une industrie. Par le jeu complexe de la concurrence, les anciens ateliers se restructurent : certains industriels s’associent pour créer des banques, des chocolatiers deviennent aussi confiseurs.

À partir de 1950 environ, les entreprises formalisent leur associationn en étant de plus en plus nombreuses à se constituer en groupes. L’électronique et la défense font bon ménage, les entreprises du médicament se lancent dans les antibiotiques … En France, l’État a pris conscience du poids excessif de Paris et de son agglomération, et n’autorise désormais les extensions d’industries que si elles se font en dehors de la capitale. On observe un premier mouvement de délocalisation au profit de la Province. L’État montre d’ailleurs l’exemple en installant les deux symboles du « renouveau », Aérospatiale et CNET (Centre National d’Etudes et des Télécommunications), dans les deux régions pensées comme étant le plus en retard : le Sud-Ouest et la Bretagne. Les services apparaissent comme une réponse à un besoin et se développent à la place des usines en Ile-de-France.

Puis arrive la crise de 73, qui perdure dans les années 80. Une certaine forme de continuité avec les Trente Glorieuses s’observe avec la progression du tertiaire. Pour pallier la flambée du prix du pétrole, le choix de l’Élysée a consisté à favoriser le nucléaire. Les entreprises décident d’externaliser certaines filières. La seule exception notable à ce mouvement semble être l’ensemble des entreprises soumises au code des marchés publics leaders dans leur domaine, qui se lancent dans la communication : la Générale des Eaux participe à la création de Canal +, Bouygues achète TF1.

En fin de compte, on peut se demander si les années 90 ne font pas que prolonger cette tendance. La Générale des eaux crée Cegetel et devient Vivendi, Bouygues fonde LCI. Internet se diffuse dans les sociétés et on remarque une reprise de l’économie. Mais les attentats du 11 septembre 2001 et ses suites politiques relancent les inquiétudes ; le recentrage est de plus en plus marqué. Une entreprise pétrolifère, qui s’était ouverte à l’électronique et qui avait ensuite créé une filiale pour traiter de ce domaine, met un terme à sa participation dans la filiale. Vivendi se scinde en deux. Mêmes les laboratoires pharmaceutiques puissants se recentrent sur leurs productions les plus rentables.

La volonté de démocratisation du système éducatif et ses aléas

Face à l’évolution de l’économie, l’État n’est pas toujours intervenu, et cela se voit dans sa conception du système éducatif. La coïncidence de sa chronologie avec celle de l’économie est frappante.

Le système éducatif a d’abord été lié à des motivations civiques. L’École a permis l’accès à la lecture et à l’écriture de la population, sans considération des origines, et tout en favorisant l’adhésion au régime républicain. Une motivation qui a supposé une lutte avec l’Église, qui n’entendait pas toujours voir son influence reculer. Un mieux indiscutable par rapport à l’Ancien Régime, mais pas un âge d’or. Le certif’ regretté de nos grands-parents concernait une minorité de la population.

Entre 1914 et 1945, le mot qui résume le mieux la situation est stabilisation.

1959 est l’année de la deuxième révolution du système éducatif, l’année d’un événement aussi important que les lois Ferry en leur temps et pourtant beaucoup moins connu. En effet, une prévision faisait état d’un besoin de 51 000 ingénieurs ou scientifiques, que ne parvenaient pas à résorber les 24 000 diplômés de l’enseignement. Le gouvernement de l’époque a donc décidé de modifier le système éducatif : c’est la réforme Berthoin, du nom du ministre de l’Éducation Nationale d’alors. La scolarité obligatoire passe à 16 ans, un cycle d’observation (6e - 5e) est créé afin de favoriser l’orientation d’après le mérite de l’élève. S’il est doué pour les études, il ira en 4e générale ; sinon, il prendra une filière technique. Le mérite de cette réforme est d’avoir haussé le niveau d’instruction. Le problème, c’est que les élèves suivent les études de 14 à 16 ans dans le même établissement où ils étaient de 11 à 13 ans, en raison sans doute de la méconnaissance de la réforme. La réforme de 1963 change peu de choses.

Dans les années 70, quelques progrès sociaux sont visibles. Si l’on s’en tient à notre sujet stricto sensu, on relèvera la réalisation d’une nouvelle réforme importante : la réforme Haby. Mettant fin aux différentes classes après la 5e, on parle depuis 1975 de collège unique et personne ne se sort avec un diplôme professionnalisant en fin de 3e. Entre une formation en deux ans peu valorisée (BEP / CAP) et une à peine plus longue en apparence (le lycée), familles et enseignants optent massivement pour le second choix. N’en déplaise à des esprits grincheux, l’objectif de la loi d’orientation de 1989 (porter la détention du bac à 80% d’une classe d’âge) aura plutôt suivi une aspiration de la société que fait baisser le niveau.

Cependant, force est de reconnaître que le résultat de ces réformes est aussi mitigé. Il y a toujours des doués et des moins doués. Pire, démonstration est faite que la réussite scolaire dépend beaucoup de la situation professionnelle des parents. Un fils d’ouvrier a beaucoup moins de chance de devenir cadre qu’un fils de cadre. Et pour cause : à partir de la classe de 2nde, on restreint les savoirs et les méthodes à la culture lettrée, l’argumentation, etc. Des bouleversements dont n’ont pas forcément conscience les élèves et leur entourage.

Peut-on enfin réconcilier l’École et le monde du travail ?

Ce qui me fait suer, ce n’est pas que le rapport entre le monde du travail et le système éducatif est de plus en plus étroit. Je viens de démontrer que la situation passée n’était pas idyllique et qu’on ne peut pas aller contre cette tendance. Ceux qui connaissent un peu le système éducatif savent qu’il faut finir sa formation par une ouverture sur le monde de l’entreprise pour avoir une opportunité de décrocher un travail intéressant. L’urgence est de faire en sorte que l’orientation professionnelle soit décidée par chacun quand il le veut et en toute connaissance de cause.

Rappelez-vous, le système éducatif a connu une évolution importante avec la promulgation d’une nouvelle loi d’orientation l’an passé. Elle se veut une réponse à un besoin avec un recentrage des contenus sur les savoirs considérés comme fondamentaux. Cela a fait du bruit à l’époque, mais qui s’en offusque maintenant ? N’étions-nous pas manipulés par de faux débatteurs comme nous le sommes aujourd’hui ?

Dans le même temps, Villepin a conclu l’oeuvre de Raffarin dans la plus grande discrétion en instituant le 12 juillet dernier des « pôles de compétitivité ». À l’absence de communication répond pourtant un projet ambitieux : associer entreprises, centres de recherches, universités, collectivités territoriales et État afin de créer une synergie. Pourquoi ce silence ? L’idée paraît intéressante, ou du moins on ne voit aucune alternative dans l’immédiat, mais qui profitera de cet effort si on n’en parle pas ?

Ce que je crains, c’est le développement des écarts sociaux. Au-delà du CPE, se met en place un ensemble où l’on encourage une sélection précoce à l’École, lieu de socialisation par excellence, et en même temps le manque de transparence quant à la recherche de dynamisme économique. La France n’est pas un État libéral, comme le sont les États-Unis, cependant la vigilance face aux récupérations de toute sorte (médiatiques, politiques) s’impose. Enfin, ces propos n’engagent que moi !

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