Mort de Esbjörn Svensson (14/06/2008)
Par Jean Philippe • 19 juin, 2008 • Catégorie: La plèbe d'en bas, Musique •
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Le pianiste suédois, leader de la formation jazz Esbjörn Svensson Trio (EST) est décédé dans un accident de plongée ce weekend dans l’archipel de Stockholm. Les médias suédois ont rapporté qu’Esbjörn Svensson avait plongé avec un groupe, accompagné d’un instructeur, dans la Baltique, quand il a soudainement disparu. Âgé de 44 ans, il était marié et père de deux enfants.
À la tête du Esbjörn Svensson Trio (E.S.T.), complété par le contrebassiste Dan Berglund et le batteur Magnus Öström, le pianiste a contribué à moderniser le jazz et à le rapprocher d’un public plus jeune. En s’inspirant des codes de la musique électronique, il a créé des compositions où s’entrelaçaient et se répétaient des motifs accrocheurs.Son groupe était un des rares de ce niveau à attirer vers le jazz des oreilles qui y étaient étrangères ou peu familières, sans jamais sacrifier aucune exigence ni sans jamais se lasser d’aucune exploration. On se souviendra d’un jeu très élégant, post-jarrettien dans sa mélancolie aqueuse et son mouvement vers la transe, et bien sûr des brèches qui se seront ouvertes dans le jazz, E.S.T. ayant incorporé l’électronique d’une manière qui ne fut pas d’agrément (tentation à laquelle succomba parfois Miles Davis), mais au contraire constitutive, au même titre que le choix de tel ou tel instrument, d’une esthétique finalement très pure. E.S.T., c’était un trio bien représentatif du jazz de ces dix dernières années, un jazz décomplexé, presque, qui ne craint pas de flirter avec le rock, l’electro ou la pop, qui n’a pas peur de la popularité et du grand public, qui ne postule pas à tous coups une supériorité de la marge, du groupuscule ou de l’underground, un groove aussi sophistiqué qu’irrésistible et un grand sens dramaturgique sur scène. Du rock, E.S.T. récupérait l’énergie, les mélodies accrocheuses pour l’oreille, et un certain sens du bidouillage électronique du son ; du jazz, il gardait l’exigence harmonique et rythmique, et le rôle central de l’improvisation, de l’aventure risque-tout tout-à-fond. Une popularité unique dans sa génération, qui mêle M. Tout-le-Monde et les lecteurs les plus exigeants de Jazz Magazine, jeunes ravers et nostalgiques du premier âge du jazz nordique… Esbjörn Svensson était un musicien nourri à des sources variées mais cohérentes : Keith Jarrett et le post-rock de Tortoise, le jazz-rock américain dans son versant le plus accessible comme quelques froideurs du jazz nordique…
E.S.T - from gagarin’s point of vie
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On doit à E.S.T. un jazz limpide, riche et sobre à la fois, servi par un son très identifiable, dû autant à l’originalité musicale qu’à un recours subtil à l’électronique – d’où des sonorités parfois audacieuses (« Carcrash », morceau de 18 minutes dans Strange Place For Snow, 2002.). E.S.T.a produit une douzaine de disques (chez l’éditeur allemand ACT) dont From Gagarin’s point of view qui, en 1999, l’a fait connaître en France. Là comme ailleurs, l’audience du trio a souvent dépassé les seules sphères du jazz. En 2002, son album Strange Place for Snow, a obtenu une série de récompenses jazzistiques, dont le Guinness Jazz in Europe Award et le prix international aux BBC Jazz Awards. En 2005, le trio de Svensson a obtenu une autre consécration en devenant le premier groupe de jazz européen à faire la “une” du prestigieux magazine de jazz américain Downbeat.
Esbjorn Svensson Trio - Dodge The Dodo
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Dans une époque de confusion et de médiocrité créative, ce trio de musicien suédois prouvait, depuis plus de dix ans, qu’il etait possible d’assurer un véritable parcours individuel et engagé grâce à une combinaison de piano jazz, de rock instrumental et (pourquoi pas) une touche d’éclectisme nord-européen. Dan Berglund, contrebasse et Magnus Öström, batterie, se retrouvent évidemment comme orphelins musicaux, bien qu’ils soient tous trois de la même génération ; même si le succès du groupe revenait à chacun d’eux qui, d’ailleurs, co-signait les compositions. Comme pianiste, Esbjörn Svensson se référait à Keith Jarrett et à Chick Corea, influences dont il avait su se démarquer. Il a aussi composé, exprès pour sa belle, la chanteuse Viktoria Tolstoï (arrière petite fille de l’écrivain russe), la musique d’un album, Shining on you .
E.S.T. venait d’achever la réalisation de Leucocyte, douzième (et donc ultime) album du trio, pour le label allemand ACT. La sortie en était prévue le 26 septembre prochain. Nous l’écouterons la gorge serrée. “Musicalement, il était la lumière du monde, car son oeuvre faisait reculer les frontières. Il disait suivre la musique à l’intérieur de lui-même“, a déclaré le gérant d’E.S.T., Burkhard Hopper. E.S.T. était un trio passionnant, riche d’une potentialité extraordinairement fertile . Potentialité qui a coulée lundi, au large de Stockholm…
Site : http://www.est-…music.com/
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