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Villepin, July, Bové : jeu de dupes

Par Arnaud • 14 juin, 2006 • Catégorie: Bloc-notes, La plèbe d'en bas

3 noms dans l’actualité. Villepin (comme le montrent les Guignols de l’info de façon humoristique) semble vivre dans un monde merveilleux, habité de joyeux lutins et dont il serait le roi, dévoile avec 3 mois d’avance son budget: original, pour faire des économies, suppression de 15 000 postes de fonctionnaires. Serge July subit ce à quoi il s’était converti: l’économie de marché, « viré » par l’actionnaire qu’il a fait entrer dans le capital de « Libé ». Quant à José Bové, ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, il se déclare candidat aux prochaines présidentielles, alors même qu’il avait affirmé ne vouloir l’être. Jeu de dupes, où les manipulateurs d’un jour se retrouveront les manipulés de demain.

Villepin : Il est toujours premier ministre. On l’avait presque oublié. Depuis son superbe CPE, approuvé-non-appliqué-suspendu-remplacé et son implication dans l’affaire Clearstream, il se faisait plus discret, médiatiquement parlant. Il s’agissait de tenir, se faire oublier, tenir jusqu’au Mondial, attendre que les Français soient accaparés par la Coupe du Monde. Pari tenu. Tenant la barre, malgré la bronca des députés UMP réclamant son départ, il se voit comme le capitaine du bateau France, l’amant prêt à prendre sa maîtresse de façon brutale. Il veut la faire rugir. Réussi. Le premier jour du match de l’équipe de France, il annonce, confirme et justifie (devant le parterre d’un congrés de petits patrons de PME du privé, la CGPME, on saluera au passage son audace) que dans le budget 2007 (3 mois en avance, fait rarissime), afin de respecter ses engagements pris sur la maîtrise des déficits publics, il y aura 15 000 emplois en moins dans la fonction publique, mais 2500 embauches dans la police, gendarmerie et 1500 postes de chercheurs promis. Autant on peut être sûr de la suppression des emplois, alors que les promesses… Ainsi Villepin joue le courageux. Le courage de profiter d’une France absorbée, possédée, pour faire passer sa grande vision du modèle social. Saloperie du procédé, d’une personne que la morale n’a jamais étouffée, ne l’empêchant pas de donner la leçon. Cynique également, abusant d’une déliquescence des esprits, qu’un Mondial endort (« du pain et des jeux »), à l’instar de ces députés interrompant leur séance pour regarder le match. D’ailleurs Chirac a déclaré qu’il regarderait le match à la télé (on s’en fout) et que Villepin serait présent au match (il n’a pas autre chose à foutre?)

PS: le comique fut atteint avec son analyse à chaud d’après-match sur TF1…

Serge July : Le fondateur historique du quotidien, né en 1973 d’une mouvance maoïste, est poussé à la porte par l’actionnaire principal du journal, Rothschild. Ce même actionnaire avait été appelé à la rescousse quelques années auparavant par July lui-même, pour sortir le journal du marasme financier, tout en assurant les salariés d’un maximum de garanties, comme l’indépendance du journal, le maintien la ligne éditoriale,… L’arroseur arrosé. Celui qui en 1973 avait tenté de mettre le feu à la Bourse, pour dénoncer la loi du marché, qui ensuite s’était converti à cette même loi (il faut se souvenir, que l’ancien patron de Danone fut un des actionnaires du journal), qui en vantait les mérites si elle était encadrée, se retrouve « mis à la porte » par « son actionnaire ». Triste ironie du sort. On pourrait être tenté de dire qu’il n’a que la monnaie de sa pièce. Cependant, il n’y a pas à se réjouir. Libération est un des rares titres de la presse quotidienne française. L’éviction de July ajoute à la déliquescence de cette presse, que les gratuits laminent et uniformisent, soumettant leur vision marchande de l’info. Et on parle de Edwy Plenel pour le remplacer, lui l’ancien du Monde, grand copain de Sarkozy (un de plus). Si le libéralisme s’attaque à ses défenseurs, même modérés, on se demande encore comment il peut s’en trouver…

José Bové : Alors là c’est un mystère. Du temps de son action syndicale, il avait promis ne jamais vouloir entrer en politique, malgré les appels de certains militants alter-mondialistes, et des pressions diverses. Et puis, la médiatisation aidant, les soutiens politiques augmentant, le voilà qui se prend à rêver d’un destin national. Bové a, par ses actions assumées et revendiquées, acquis une certaine légitimité dans le débat de sujets de sociétés touchant les citoyens. Mais cela suffit-il à en faire un tremplin et un dessein politique? Lui, l’homme de gauche, de convictions, pourquoi ne se tient-il pas à ce qu’il avait annoncé ? Et j’avoue mal comprendre sa stratégie. Tous les partis de la gauche désirent présenter son candidat pour les présidentielles: LO, LCR, PT, PCF, PS, les Verts… Les tractations pour la désignation d’un candidat commun (pour éviter un nouveau 21 avril 2002) semblent n’aboutir à rien. Et voici donc que Bové se rajoute à la liste (il l’annonce dans une interview à « Libé »). Logique, utile. On l’entend déjà se justifier: il se sent le porte-parole d’un mouvement que les partis ne représenteraient pas; que les voix sur sa personne ne seront pas de la dispersion; qu’il veut lancer des idées nouvelles… Vieille rengaine. La gauche a perdu 2002, sans défendre ses chances. Il semble que cela l’amuse de recommencer, surtout quand une droite dure ou extrême se profile. A vouloir faire vivre une démocratie, souffreteuse et mourante de l’incompétence d’une équipe dirigeante en place, ne concoure-t-il pas à l’achever ?

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Une Réponse »

  1. à propos de Bové, voici quelques unes de ses déclarations (source Libération)

    - il se dit “prêt à assumer la responsabilité d’aller à l’Elysée” pour “une gauche antilibérale à la gauche du PS, écologique, antiproductiviste et altermondialiste”

    - Pour “dépasser la rivalité” entre la LCR d’Olivier Besancenot et le PC de Marie-George Buffet, il est “prêt à être candidat” car “aucun des chefs de ces deux organisations n’est en capacité de rassembler tout l’éventail de ce front”.

    “Si cette décision est collective et portée par tous, j’irai jusqu’au bout. Il est clair que la candidature socialiste émerge de la droite du PS et ouvre un espace pour une candidature antilibérale à la gauche du PS”.

    - “avec Ségolène Royal c’est une droite du PS qui est représentée”. “On est clairement dans l’accompagnement du modèle économique libéral”, juge-t-il.

    - En terme de résultats, il pense que “la dynamique unitaire devrait placer cette candidature dans le carré de tête au premier tour”. (source AP)

    C’est beau et plein de bonnes intentions. Il part donc du principe que Royal sera la candidate du PS. Ensuite cela montre le peu d’estime qu’il porte pour les autres partis de l’extrême gauche. Et puis que je sache Fabius se déclare déjà être le candidat de la gauche de la gauche.

    Bref, encore un beau merdier en perspective, et dont le seul but semble de faire passer sa personne pour seule défense de ses idées. A moins qu’il ne s’agisse de faire pression sur les aurtes. Et pourquoi ne juge-t-il pas que sa présence serait aussi déterminante s’il s’alliait avec des personnalités politiques? Il serait donc l’homme de l’union de la gauche (j’ai déjà son slogan: bové, la gauche, la vraie…) Cela commence toujours de cette manière…

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