Welcome Studio 60 on the Sunset Strip
Par Arnaud • 13 mai, 2007 • Catégorie: La plèbe d'en bas, Television •
Sur la plèbe, certains l’auront peut-être remarqué, la prédilection des chroniqueurs va à des séries de télévision produites par HBO (Oz, Sopranos, Deadwood, Rome). Si Oz est bel et bien terminée depuis 2003, ces derniers mois voient la fin des autres grosses productions d’HBO. Retour sur les dernières saisons. Mais la relève se prépare, quelque part… En attendant, une petite surprise, de qualité, par le créateur-producteur Aaron Sorkin de West Wing (A la maison Blanche, très bonne série sur les coulisses et le staff de travail du président des USA), la prénommée 4S pour les habitués, ou autrement dit : Studio Sixty On The Sunset Strip.
Good Bye…
C’est la fin. Deadwood s’arrête à la 3° saison. Exit la 4° (pourtant initialement prévue), trop chère (5 millions de dollars par épisode pour 15 jours de tournage, au lieu des 8 habituels) et un casting trop important à rémunérer. Bien dommage, Milch (le créateur producteur) avait écrit la série dès le début pour s’étaler sur 4 saisons. Pour conclure néanmoins, 2 téléfilms de 100 minutes sont prévus (l’équivalent de 4 épisodes). Il faudra pour cela enfreindre la règle qui dictait la série : 1 épisode = 1 journée. A voir donc, mais quel regret pour cette série qui atteint le sublime du tragique au cours de cette 3° saison. La fin est machiavéliquement pourrie. Pour ne rien dévoiler de l’intrigue, disons juste que la survie l’emporte sur l’envie, sauf pour le plus pourri, naturellement. Métaphore d’une Amérique en construction, base toujours actuelle du fonctionnement de la société américaine contemporaine.
Rome. 2° et dernière saison. Et je dirais tant mieux. Autant la première (une production de 100 millions de dollars, le record pour une série) avait le souffle nécessaire à la narration d’une épopée, et trouvait son équilibre entre vérité historique, fiction, réalisation, humour… autant cette 2° saison a baissé de niveau et de rythme. Parfois, quelques relents de qualité, mais trop irréguliers pour véritablement intéresser. On suit le parcours des personnages (aucun nouveau ou presque) par habitude ou affection. C’est long, pas très fin, prévisible. Les scénarios sont plan-plans. Reste néanmoins le charme de Rome 1° saison. Très moyen. 10 épisodes.
The Sopranos. C’est la fin, et pour de bon, de presque une décennie de la série la plus emblématique de HBO, et de l’un de ses plus gros succès. Cette série est l’exemple souvent cité de la nouvelle série américaine des années 2000. Maintes fois récompensée pour l’ensemble de l’oeuvre, la 6° saison (qui se répartit en 2 parties, de 12 puis 9 épisodes) sonne le glas de la famille Soprano. Autant la première partie de la 6° saison était assez moyenne et mineure (la 4° saison restera la plus maîtrisée, la plus forte et la plus dense, ma préférée), autant la 2° partie (débutée début avril 2007 aux USA) repart sur des bases bien meilleures. On retrouve l’excellence et la patte de David Chase (le créateur producteur). L’atmosphère est là. La réalisation soignée. La mise en scène maîtrisée. Les scénarios se compliquent et s’intensifient. C’est la fin. Jamais on ne l’aura autant ressenti. L’aspect vain également. La psychanalyse a quasiment disparu. C’est crépusculaire. Excellent comme rarement jusqu’ici. Jusqu’à quel point ? Réponse finale dans quelques semaines (pour ceux qui suivent les diffusions des USA). Difficile d’imaginer qu’on ne les reverra plus…
Seul bémol à toutes ces séries: ces saisons ne sont toujours pas diffusées en France. Deadwood, c’est sur Canal+ en ce moment, mais saison 2 uniquement (la 3° est terminée depuis un an déjà). La 2° saison de Rome, sur Canal+ également, en 2008 normalement. Les Sopranos, saisons 5 et 6, pour le moment je n’en sais rien.
Welcome…
Devant ces tristes nouvelles de la fiction de série, j’ai trouvé de quoi me consoler et même plus encore. Studio Sixty on the Sunset Strip est la nouvelle série de Aaron Sorkin, dont on connaît le très bon A la maison Blanche, diffusée sur France2, tous les vendredis à plus de 1h30 du matin et en VF, tss…. On reconnaît sa marque : même type de réalisation, de construction des scénarios…

Synopsis : Nouvelle responsable des divertissements de la chaîne NBS, Jordan McDeere décide de remédier aux mauvaises audiences de Studio 60 on The Sunset Strip, une émission de divertissement très populaire (dans la lignée de la mythique “Saturday Night live”), en recrutant Matt Albie et Danny Tripp, deux talentueux scénaristes qui devraient apporter une certaine fraîcheur au show.
Les premières minutes du pilote sont époustouflantes. Un rentre-dedans tout en finesse, en pédagogie, en ironie et surtout politiquement incorrect. Amateurs de la liberté d’expression et de la laïcité, soyez servis ! Purement jubilatoire.
La suite se déroule sur un tempo relevé, avec des dialogues du tac-au-tac dans la grande tradition de la comédie américaine. Matthew Perry (le Chandler de Friends) y interprète un producteur scénariste de grand talent. Son acolyte l’accompagne dans la répartie et la création. Le reste du casting est du même aloi. La réalisation tourbillonne. Pas de temps mort (c’est un 40 minutes, comme Urgences, diffusée sur la même NBC).
Initialement prévue pour une saison et 22 épisodes, la série en comporte pour le moment 16. La production est interrompue pour différentes raisons. Chaque épisode nous montre différents aspects de l’organisation d’une chaîne: l’écriture et l’organisation du show, le groupe témoin, le pool des scénaristes, les producteurs exécutifs, les acteurs maisons, l’orchestre, le conseil d’administration des propriétaires de la network… On y suit également des intrigues, qui de secondaires deviennent des motrices. Le tout en finesse. C’est du bien fait, du propre.
Il faut toutefois être un peu coutumier des programmes américains. Fusent en nombre les références au show-biz télévisuel américain, mais également à la longue histoire de la comédie américaine. Pas toujours simple de suivre. L’autre défaut est l’écriture, parfois un peu trop formatée, du 40 minutes de grande network, qui vire alors dans le mélo ou le sentimentalisme positif attendu.

Mais ne nous y trompons pas. Ces moments sont plutôt rares. L’ensemble se tient, c’est prenant. La qualité est là. D’autant que le propos, politiquement incorrect, et la critique permanente d’un système pervers d’abrutissement ne perdent pas de leur mordant ni de leur justesse. La société américaine en prend pour son grade, et sans gants. Les religions sont moquées sans ambages. Flirtant sur l’Art, le divertissement, mais aussi l’éthique et l’information, cette série nous montre la capacité de Sorkin à révéler une liberté d’expression et une vision politique de la télévision, sous les aspects de la comédie. On n’est pas près de voir la même chose en France. Une réussite, visible en ce moment sur TPS Star.
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