Dîner entre amis, à la Comédie des Champs Elysées
Par Noëlle • 21 juin, 2008 • Catégorie: Plebber, Théâtre •
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Bien &
Bien
Comment apprendre à aimer le foot ? En profitant des réductions pour le théâtre que les matchs attendus suscite. Après le succès de En toute confiance, la Comédie des Champs Elysées reprend Dîner entre amis, du même, déjà joué il y a quelques années. On ne change pas une équipe qui gagne : à nouveau Margulies (auteur), à nouveau Fagadau(metteur en scène), à nouveau Jean-Pierre Malo (comédien). Et, pas à nouveau, David Brécourt. Si si, le héros de Sous le soleil … “Problème de couple, mariage, choix d’une vie, amour, amitié, complicité, sexe… Sur le ton de la comédie, Donald Margulies raconte l’histoire de deux couples, quatre amis, deux mariages. L’un parfaitement réussi, Greg et Karen, l’autre sur le point d’éclater, Tom quitte Lisa pour refaire sa vie… Quelle sera la répercussion de cet événement sur ce couple parfait que forment Karen et Greg ?”
Mon avis : Il n’était guère risqué d’aller voir cette pièce. Le spectacle de qualité que nous allions chercher était au rendez-vous, même si l’on est loin de l’impeccable - et implacable - maîtrise de En toute confiance. Une comédie plaisante, moins légère pourtant qu’on pourrait l’attendre.
Car ce n’est pas le sujet qui risque de verser dans l’insignifiance : un couple se brise, des amitiés se diluent, des choix de vie se contredisent, se heurtent et se malmènent. Pas de drame, pourtant. Tout cela nous est familier : lieux communs, petites lâchetés, simplifications et complaisances qui n’étonnent plus. Mais qui engagent encore. Peu à peu, le spectateur apprend pourquoi tout n’était pas si limpide, se demande si Tom est si coupable, et Greg et Karen si merveilleux.
Non pas que le suspens soit poignant : le rideau s’ouvre sur une crise qui éclate bientôt, et se propage pendant la première partie du spectacle. La deuxième partie (après entracte) prend un tour plus méditatif, et c’est le bilan de la crise et de cette amitié qui se tisse. Le rythme y est moins vif, mais cela sert tout à fait le propos. Margulies ne cherche pas à tirer de vastes et tragiques conclusions, et ne vise pas le lourd de sens, chargé de cataclysmes. En cela, c’est bien le ton léger de la comédie qui prédomine, et laisse pourtant encore transparaître, sans chichi, doutes et douleurs. Pièce à hauteur de quotidien, qui restitue avec simplicité ce que sont nos vies, mi-aimable mi-grave.
Car ce sont elles que racontent les personnages. Le succès de la pièce dépendait donc amplement d’une interprétation réussie. On retrouve Malo en Greg tout à fait convaincant, plein de bonhommie la plupart du temps, parfois saisi de colère, calme souvent, enthousiaste facilement, mélancolique aussi. Brécourt colle tout autant au personnage de Tom, un peu effacé devant Malo, mais cela contribue au rôle. Claire Keim (depuis remplacée par Dolorès Chaplin, pour cause de grossesse selon toute apparence) campe une Lisa d’abord un peu creuse qui évolue avec l’histoire. Seule Elisabeth Bourgine m’a semblée en-deçà, et c’est l’unique vrai bémol de la pièce selon moi : elle peine à faire ressentir le charme qui peut émaner de Karen, certes superficielle, mais sans doute moins agaçante ou insignifiante qu’elle ne paraît ici.
Au demeurant, le reste de la pièce rattrape aisément cet écueil. Les décors sont aussi soignés que variés : ils nous font passer de l’accueillante maison de campagne au bar impersonnel, sans oublier l’intimité des chambres à coucher. Tantôt tout est parfaitement ordonné, tantôt règne un sympathique désordre (encore que l’intitiale débauche de peluches, inlassablement tripotées, paraisse un peu superflue). De même que le cadre, la lumière est tour à tour chaleureuse ou plus froide, et vient ainsi souligner l’évolution des personnages et de leurs relations. Ultime élément de décor, un miroir dérangeant achève d’illustrer ce qui est en jeu : deux couples en miroir, qui cherchent modèle ou confirmation dans l’image renvoyée par le couple ami. Les reflets peuvent être déformants, et déformés.
On quitte son fauteuil convaincu, encore baigné de l’ambiance trouble et simple à la fois de ces tranches de vie, malgré un public ce soir-là relativement agité et porté à s’exclamer pour un rien. Rien de bouleversant donc, mais un spectacle assez riche et bien monté pour entraîner son spectateur.
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Dîner entre amis
à la Comédie des Champs Elysées
de Donald MARGULIES
adaptation et mise en scène Michel FAGADAU; assisté de Anouche SETBON
avec Jean-Pierre MALO, Elizabeth BOURGINE, David BRÉCOURT, Dolores CHAPLIN
scénographie costumes Florica MALUREANU
lumières Laurent BÉAL
son Bernard GUILLAUMAT
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