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En toute confiance

Par Arnaud • 17 déc, 2007 • Catégorie: Plebber, ThéâtreImprimer cet article Imprimer cet article

Bien emoticon Bien

affiche_37.jpg « Jonathan est devenu un peintre célèbre, une star de la peinture dont on s’arrache les tableaux “en toute confiance”. A l’occasion d’une rétrospective de ses oeuvres, dans une galerie chic de Londres, il est à la recherche de la “muse” de son premier tableau, qui a plus ou moins décidé de sa carrière et dont il était tombé amoureux. Il la retrouve près de Londres et ces retrouvailles remettent en question son regard sur son art, sur sa vie, sur ses origines ». Autant dire que la joie des cœurs et des esprits n’est pas au rendez-vous pour les personnages. Pour nous, c’est le contraire, dans cette belle salle de la comédie des Champs-Elysées, quasi comble.

Mon avis : A l’instar de Puzzle, la pièce est entièrement déconstruite, chaque scène étant une pièce dispersée de l’histoire. Mais ici pas de machination ou d’êtres pris à leur propre piège, mais des individus embarqués dans leur existence et leurs choix pour la vivre.

Autant le dire, c’est un grand plaisir. Pas de cette jubilation malsaine à se réjouir du malheur des autres, mais de la sincérité et la capacité des acteurs à entrer en empathie avec eux.

Le peintre (Jean Pierre Lorit) tout d’abord. La distorsion entre sa vie d’avant faite d’espoirs et d’exigences et sa vie de « coqueluche » des médias, star de la peinture. Il est au centre de tout. Perclus de remords, cynique, désabusé ? Tout à la fois. C’est la force de son personnage. On peut y voir (presque) ce que l’on veut. Cette ambiguïté est sa notoriété tout comme la perte de ses exigences. Et son argent, sa facilité. Tout lui réussit. Mais il n’échappe pas à son passé ; il se manifeste sous la forme d’un tableau en possession de son ex-muse. Il veut le récupérer. Ses intentions sont loin d’être nettes. Est-il honnête ? Sa notoriété est-elle méritée ? Est-il vraiment un artiste ? Les questions viennent de toute part. Les plus vives viennent de ceux qui sont sûrement les moins à même d’être les plus détachés.

Son ancienne compagne (Barbara Schultz) incarne sa liberté. Mais elle-même s’est éteinte. Enfermée dans son chagrin, elle semble attendre et vouloir souffrir de sa situation. Elle reste sur sa vie d’avant. Son mari (Jean Pierre Malo), homme de culture, archéologue fauché, est bourru, envieux et résigné. Il aime sa femme qui ne l’aime pas. Epousé par dépit, elle partage sa vie. Par devoir, culpabilité, par masochisme ? Un peu tout sans trop savoir, mais aussi parce qu’il n’est pas Jonathan. Il refuse la vie facile et l’art médiatique. De toute façon pour son mari, tout ce qui est contemporain n’est pas de l’art, et/ou moche et/ou pervers.

L’histoire d’amour est magnifique. Brodé sur le thème de l’impossibilité d’aimer, car de cultures, de religions et de traditions différentes, ce couple fait vivre la passion et l’espoir d’un possible amour libre. Ils le touchent du doigt. C’est Jonathan qui a lâché, il laisse tomber, pour le respect de sa culture. Il a souffert et « galéré » depuis. Mais c’est lui qui réussit au final, avec (grâce ?) à un bon plan média, qui révèle (créé ?) un talent et un don.

La pièce enchaîne les tableaux et les scènes. La confrontation entre l’ancien amant et le mari est dure et terrible et pourtant d’une justesse rare. Les hommes se révèlent odieux, la femme ne devenant que le trophée de leurs conquêtes devenues bien mesquines (l’expo pour l’un, l’argent pour l’autre). Et elle, elle abandonne, se range du côté de son mari. Peu lui importe d’être ce qu’elle ne voulait être.

D’autres scènes sont de cette émotion et de cette force. Margulies parvient à ce tour de force de mêler et rendre palpable la complexité d’une situation, où l’argent, la gloire, l’amour, la rancœur, l’envie, le désespoir… cohabitent en des contradictions magnifiées.

Parfois quelques baisses de tempo et une déconstruction un peu ardue de la narration, diminuent l’émotion. Mais la mise en scène, le jeu de lumière et surtout le jeu fin et précieux des acteurs emportent le spectateur dans leur histoire émouvante.

La scène finale, magnifique de bonheur et de beauté, est d’un désespoir sans limite au vu de ce que l’on sait des différents personnages et de ce qu’ils deviendront. L’happy end hollywoodien revisité. Un vrai régal d’émotions contrastées et diverses.

de Donald MARGULIES
adaptation et mise en scène Michel FAGADAU
avec Barbara SCHULZ, Jean-Pierre LORIT, Jean-Pierre MALO, Elodie NAVARRE
décors et costumes Florica MALUREANU
lumières Laurent BÉAL
son Bernard GUILLAUMAT

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Une Réponse »

  1. [...] profitant des réductions pour le théâtre que les matchs attendus suscite. Après le succès de En toute confiance, la Comédie des Champs Elysées reprend Dîner entre amis, du même, déjà joué il y a quelques [...]

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