Les Quatre morts de Marie au théâtre du Lucernaire
Par Arnaud • 18 nov, 2008 • Catégorie: Plebber, Théâtre •
Moyen
Samedi soir, salle à moitié pleine, et me semble-t-il un certain nombre d’amis et de connaissances des acteurs. On se sent en contrée conquise… « Marie part à l’école mais Marie est en retard. On raconte des histoires on se coiffe on s’embrasse on s’embrasse encore on rit on fait la liste des courses et sur le chemin de l’école Marie rencontre Pierrot et mange des gommes à la cerise et lui dit qu’elle ne mourra jamais et Mademoiselle Gervais en a assez de ces retards et quand Marie rentre avec les courses sa maman est partie et son père est revenu et s’éteint tout doucement… Mais Louis arrive il a une mission avec Marie qui a grandi qui est jolie et la camionnette explose parce que Marie veut faire comprendre au monde entier… Et Marie convoque son passé et ses souvenirs et organise une fête avec ses anciens amis et ses nouveaux amis et rit encore et elle s’étouffe avec les noyaux des cerises…Et Marie rame pour s’éloigner du bord et Marie rit encore et Marie est un tout petit point sur l’océan… »
Mon avis : Tout est raconté dans le pitch. Donc pas de surprise sur l’histoire. Ce qui n’est pas gênant, bien au contraire. La pièce est plutôt bien écrite (l’auteure est québécoise) et la mise en scène inventive, mais l’inconvénient du théâtre, c’est qu’on a besoin d’acteurs. Quel souci quand ceux-ci nous ennuient…
L’actrice qui joue Marie (Céline Jorrion) incarne avec jubilation et volubilité la petite fille, jouant avec son corps faite d’acrobaties de gambades et autres sauts de cabri. Toutefois, elle perd peu à peu de sa consistance. En vieillissant, le personnage prend en profondeur et sérieux, mais je ne marche pas. Ce n’est ni mal fait, ni même mal exécuté. Passée l’adolescence rebelle et terroriste où Marie déborde de sensualité, elle se fane puis s’affadit. C’est dans le personnage, et sûrement dans un choix de mise en scène, mais je perds l’empathie et l’intérêt de Marie. Dommage.
Alors je regarde les personnages secondaires. C’est assez inégal. Si l’autre actrice qui joue les différents personnages féminins (la mère, l’amie), ce soir-là interprétée par Julie Quesnay, est plutôt convaincante et touchante, notamment pour la mère, les autres personnages masculins pèchent un peu. A l’exception de Guillaume Tagnati, qui passe d’un personnage à l’autre aisément, avec un talent comique indéniable.
Mais que penser de Sylvain Savard ? Québécois d’origine, on peut comprendre tout l’intérêt de cette pièce écrite par sa compatriote. Et pourtant je l’ai senti étranger, d’une énergie autre, à part du reste de la troupe. Ecart générationnel ? Mise en scène trop détachée ? Je n’ai absolument pas adhéré à son personnage du père, que j’ai trouvé au mieux ennuyeux, voire franchement ridicule et facile dans son traitement. Dans le rôle de l’inconnu aimé, il est transparent. Je vois bien, ou tout du moins je peux deviner la volonté de mise en scène. Mais c’est raté.
Le dernier personnage masculin, ce soir là joué par Rafael Revès je crois, est sans aspérité, relégué à du caricatural, sommé de pousser la voix de manière criarde pour exister. Je n’ai pas cru, ni même compris ce qu’il faisait. La mise en scène nous fait passer à côté de lui.
En somme, vous l’aurez compris, je n’ai pas franchement été transporté par la pièce. C’est d’autant plus dommage, que le texte a de réels moments de grâce et de poésie. Frisant le théâtre de l’absurde ancré dans une réalité sociale marquée, plusieurs thèmes sont abordés avec finesse, tendresse et parfois révolte.
La mise en scène est pourtant inventive, mais impersonnelle. Elle ne semble pas faire corps avec ses acteurs, d’où peut-être ces prestations inégales. Certaines lumières, trop froides à mon goût, accentuent cette distance. Les accessoires et les décors sont un peu légers (je vais faire mon chieur, mais pour des beaux souliers vernis, ils sont bien abîmés et peu vernis…). La musique est plutôt réussie et concourt pertinemment à l’ambiance générale, même si là encore le son fait un peu « cheap ».
On peut s’amuser de quelques expressions québécoises persistant ici et là, comme « tabernac’ ». Le plus étonnant, la K7 enregistrée, avec les accents québécois, amis des personnages qui eux ne l’ont pas.
En définitive, j’ai passé un moment plutôt sympathique (j’aime être au théâtre !) sans avoir été transporté, ni convaincu. Ce qui vous pouvez vous en douter, ne fut pas le cas d’une partie de la salle, déjà acquise… Ou alors je ne comprends rien au québécois…
Auteur : Carole Fréchette
Mise en scène : François Ha Van
Avec : Céline Jorrion : Marie
Julie Quesnay ou Cécile Leterme ou Emilie Caillon : Simone, Sylvette
Guillaume Tagnati ou Fabrice Leroux : Pierrot, Pierre et Pierre-Jean
Sylvain Savard ou Jean-Louis Cassarino : Théo, Thomas
Rafael Revès ou Bertrand Usclat : Louis
Arnaud est Fondateur, webmaster et surtout rédac' chef du site, il est celui qui chapeaute et coordonne tout ce qui s'y passe. Il est là pour essuyer vos mécontentements, vos râles et autres reproches.
Si vous trouviez satisfaction sur ce site, merci d'y revenir...
Email à cet auteur | Tous les Articles par Arnaud | Cet auteur a posté 273
articles

