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Puzzle de Woody Allen au théâtre du Palais Royal

Par Arnaud • 5 déc, 2007 • Catégorie: Plebber, Théâtre

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puzzle.JPGLa salle se remplit. Le théâtre du tambour royal a ce charme suranné d’antan. Le public est un peu distrait, peu concerné : ça sent « la pièce à voir sur paris ». « Si un homme construit son propre piège, il n’y a que lui pour savoir comment en sortir. Quand le passé n’en finit pas de vous hanter. Quand il faut choisir entre l’amour et l’argent. Chacun a droit au bonheur Mais jusqu’où peut-on aller pour l’obtenir ? Il y a tant de secrets dans cette famille, ce ne sera pas facile de rassembler les pièces du Puzzle. Un suspense psychologique, une comédie psychanalytique. Une pièce de Woody Allen. »

Mon avis : Autant le dire, j’aime beaucoup l’œuvre de Woody Allen. Michel Aumont à l’affiche ajoute à l’intérêt. L’histoire se tresse autour d’une trame assez simple, dont on sent le côté implacable dès le départ. Le drame tragique n’est pas loin. Mais c’est Allen, alors c’est léger, pas trop souligné. L’histoire est déconstruite, racontée sans ordre chronologique. On assiste à différentes scènes qui sont elles-mêmes des pièces d’un puzzle. Celui-ci se complète au final. Chaque personnage est une des pièces. Mais leurs vies elles-mêmes ne sont qu’une suite disparate de pièces. Pièces perdues de leur propre vie, pièces perdues dans la vie.

Le destin semble s’accomplir. Mais peut-être pas. Chaque homme construit son propre piège, comme le dit tant la sœur (honnie de la famille) à son frère (qui lui écrit encore). Et pourtant, tout ce qui pourrait aller vers le mieux se confronte à une réalité autrement plus pragmatique et désabusée. Les plus cyniques réussissent. Les résignés survivent. Les plus sensibles souffrent et subissent. C’est implacable. Ceux qui sont épris de liberté sont seuls et errent à la recherche de ce qu’ils ne trouveront pas. La vision est noire mais traitée avec finesse et légèreté. L’auteur s’en amuse.

On sent les premières réserves sur la pièce. Le drame est présent et pourtant tout semble détaché. Trop. La mise en scène alourdit cette impression. Les acteurs semblent subir ce drame dès le départ, sans pour autant les sentir empêtrés et concernés. Trop étouffés d’emblée pour ne plus laisser suffisamment la place à l’exploration des sentiments et des velléités.

La sœur, par exemple, semble trop détachée (même dans son dialogue avec sa mère). Son rôle est pourtant celle d’une narratrice omnisciente et impliquée. L’actrice ne semble pas en cause, mais bien plus un ton neutre (ou désabusé ?) imposé, que la langue française tend sûrement davantage à rendre monotone.

Les parents, par contre, excellent. Michel Aumont est LA figure rongée par ses remords et son ressentiment. Torturé entre ses envies, la bienséance, la conformité et ses aigreurs. Il n’a plus la richesse et son affaire (l’œuvre de sa vie) est en faillite ; pis, il a dû laisser filer son plus bel amour. Enfin c’est ce qu’il croit, ce que la femme laissée est encore pour lui. Celle qu’il aimait vraiment, il l’a sacrifiée (non sans raison, mais par raison justement). Aumont fait vivre cette passion avortée. Mais ses choix l’avaient déjà condamné. Aimer ne lui servait plus qu’à s’enfuir, s’échapper, espérer dans l’illusion.

Son fils reprend le flambeau. Il aurait pu à l’inverse de son père vivre cet amour. Il a fui et s’est battu, pour se donner une chance. Mais non, la femme qu’il aime (et qui l’aime, enfin le croit-on), épouse son oncle, riche et cynique, arrogant de sa clinquante réussite hollywoodienne. Elle devient futile et superficielle, elle, la socialiste convaincue. Le fils revient près de son père, épouse une femme, par dépit, qui l’aime pourtant énormément, mais que lui n’aime pas. Il sacrifie sa carrière pour celle de son père, et pour fuir sa douleur. Mais cette douleur va le rattraper, le happer. Pour la fuir, il sera aspiré puis condamné par elle.

Tout est joué. Le fils est une victime (il s’entretient à le rester et à devenir le bourreau des autres) des histoires précédant la sienne, qui le dépassent. Métaphore d’une histoire de l’humanité. Devenir égoïste semble être la seule solution pour un peu vivre en liberté ; mais à quel prix ?

Le propos est fort, l’histoire savamment construite. Labyrinthique et psychanalytique. On retrouve l’esprit de Woody Allen (l’histoire ressemble en de nombreux points à son dernier film Le rêve de Cassandre).

Pourtant, la sauce n’est pas des mieux assaisonnées. Des temps morts, des changements de décors intempestifs et lassant (sans compter le bruit des moteurs qui couvrent les voix), un jeu de lumière parfois approximatif avec le jeu des acteurs, étirent le temps. D’une langueur monotone, quoique agréable, mais préjudiciable. Il manque ce petit « truc » pour faire prendre une dimension moins anecdotique à la pièce.

Très plaisant, mais pas transcendant, ce fut une soirée agréable, où le désespoir et la noirceur se diluent dans l’anecdotique de la représentation théâtrale. Dommage.

Auteur : Woody ALLEN / Adaptateur : Sébastien AZZOPARDI / Metteur en scène : Annick BLANCHETEAU, Jean MOURIERE

Comédien(s)
Michel AUMONT, Lou
Geneviève FONTANEL, Fay
Gérard LARTIGAU, Phil
Anne LOIRET, Alma
Sébastien AZZOPARDI, Eddie
Julie DE BONA, Diane
Marie LE CAM, Béa

Décorateur : PACE / Assistant décorateur : Juliette AZZOPARDI / Son : Julien DAUPLAIS / Costumes : Pascale BORDET / Assistant costumes : Caroline MARTEL / Lumières : Jean-Frédéric BEAL

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Une Réponse »

  1. [...] avis : A l’instar de Puzzle, la pièce est entièrement déconstruite, chaque scène étant une pièce dispersée de [...]

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