Les poissons ne meurent pas d’apnée au théâtre Marigny, salle Popesco
Par Arnaud • 9 oct, 2008 • Catégorie: Théâtre •
Moyen
Une semaine après Equus, retour à Marigny pour la programmation de la petite salle Popesco. De nombreuses affiches dans le métro signalent ce spectacle avec Tom Novembre et Roland Marchisio. Pourtant, tout au plus 50 personnes en ce vendredi soir sont venues les voir. « Sur un bord de piscine municipale, deux hommes se rencontrent et peut-être s’affrontent. Avec humour et dérision, ils refont le monde, leur monde, peuplé de requins et d’épinoches d’eau douce, comme autant de caractères. Toujours surprenants, maniant le verbe et la métaphore, ils nous entraînent avec eux dans leurs délires aquatiques. »
Mon avis : Bon… Mouais… comment dire… Marchisio, c’est de l’acteur sûr. Tom Novembre, c’est un univers. L’auteur (Emmanuel Robert Espalieu) est décrit comme talentueux. Et Christophe Lidon, c’est un grand metteur en scène (dont j’ai pu dernièrement grandement apprécier la mise en scène de l’Antichambre). Donc, oui, tout ça c’est bien prometteur, d’autant que les références vont jusqu’à Beckett et les Monthy Python pour le sujet et le traitement de la pièce. Bah oui. Mais il n’empêche que c’est d’un ennui !
L’ennui (nulle référence à Moravia), c’est le mot. Pièce courte, 1h10, mais qui semble longue. Les éclats de rires annoncés, je les attends encore. Alors soit, peut-être en était-il de ce soir comme d’un « jour sans », où la sauce ne prend pas et où le public ne suit pas. Sûrement, dirais-je pour être poli. Bien que, suis-je terriblement tenté de dire.
Car tout de même, le talent d’auteur annoncé, je ne l’ai pas vu. Le non-sens, le décalage (on parle de Beckett tout de même) est d’un convenu achevé. Peut-être est-ce surprenant dans ce décor de théâtre, mais cette remarque me convainc peu. Ce texte frise l’anecdotique, le gentiment doux-dingue, mais tellement prévisible, sans aspérité, sans élan. De cette langue coutumière ne naît rien d’autre que la sensation quotidienne.
Ce qui pourrait être bien, si seulement l’étrangeté de la situation pesait autrement qu’à la manière d’un effet de style gratuit et d’une posture de certain théâtre de l’absurde au comique attendu.
Donc, si, assez rapidement, j’ai mis le texte de côté, ne le prenant que comme prétexte à une métaphore de la « dinguerie » de la vie (c’est pratique, ça ne veut pas dire grand-chose et ça veut tout dire), je me suis attardé sur le contexte, l’ambiance.
Le décor tout d’abord. Il est assez original en effet. Des grands miroirs, ce sol bleu-blanc, les petits carreaux… oui ça ressemble assez à une piscine avec les plongeoirs et une petite échelle en avant-scène. On pourrait s’imaginer l’odeur du chlore si l’imagination se laisse bercer.
La pièce commence. Et je n’y crois plus une seconde. La bande sonore est ridiculement faible et trop éloignée (et disparaît trop rapidement). Le décor cesse d’évoquer la piscine pour évoquer un espace abstrait, vide, hors du temps (ça doit être ça qui fait penser à Godot de Beckett), mais si vide que rien ne vient le remplir.
Les intermèdes sont prévisibles, les chutes y aboutissant également. La musique (yeah ! vive les Beach Boys… je n’ai toujours pas compris le rapport, à moins que l’on ne doive y voir une allusion à la jeunesse des protagonistes pour qui la mer, l’eau et la piscine évoquent les senteurs de ces surfeurs californiens ; oui je sais je vais loin…) sonne celle d’une attente (ça tombe bien, on attend la scène suivante).
En somme, de l’ennui et de l’attente, et je cherche encore l’explication de texte qui pourrait relever le tout, car tout les beaux discours sur la différence, le monde de requins, les métaphores filées aquatiques sur le sens de la vie, de l’amitié et des rapports de force, je n’y vois ni la révélation de ce qu’on n’aurait pas vu auparavant, ni la pertinence douce-amère d’une humanité. Cela ne m’a rien montré qui ne fût mieux déjà traité ailleurs. La forme nouvelle n’est pas en soi une finalité.
Et les acteurs ? C’est ce qui m’embête le plus, je crois bien. Je les aime bien tous les deux. Si Marchisio incarne un personnage crédible, avec lequel il prend du plaisir (encore qu’à certains moments, on pouvait légitimement en douter), c’est avec dépit que l’on voit Tom Novembre en train de bredouiller son texte et manger certains mots. Je n’ai pas cru un seul instant à son personnage. Je ne l’ai pas vu, ni même jamais senti dedans, assez peu à l’écoute de son partenaire (à l’inverse de Marchisio). Seul dans son monde, son univers. Ce qui pourrait être une idée géniale de mise en scène ne fait ici que résonner dans le vide de la pièce. Il semblait engoncé dans son corps raide et pénible à regarder (désolé de le signaler, mais ils traînent tous les deux en slip de bain tout du long). Ils assument toutefois leurs corps et leurs imperfections, ce qui est très plaisant et rattrape quelque peu le tout.
Et la mise en scène ? Rien à en dire. Sans originalité. Quelle déception de la part de Lidon, d’autant que les acteurs semblent jouer en roue libre (combien de fois ai-je eu cette envie d’aller les arrêter de tourner en rond sur ce lino avec les pieds qui collent dessus !).
Et pourtant, malgré tout ce que je peux en dire, il y a un petit quelque chose. La promesse, certes non tenue, mais néanmoins palpable d’un ailleurs séduisant.
Je l’ai senti, mais je ne l’ai pas vu ; pas ici, pas ce soir-là. Ce qui me fait dire que je dois être trop sensible aux talents de chacun des protagonistes, pour ne pas croire en l’anecdotique profond de ce spectacle.
Va savoir…
de Emmanuel ROBERT-ESPALIEU
Mise en scène Christophe LIDON
Avec Tom NOVEMBRE & Roland MARCHISIO
Décors: Sophie JACOB
Lumières : Marie-Hélène PINON
Son : Michel WINOGRADOFF
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