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	<title>La plèbe &#187; Balzac</title>
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	<description>Le webzine culturel, politique, cinéma, concerts, théâtre, société, guitare...</description>
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		<title>Valentine idéale, ceinte de gemmes</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Feb 2009 00:37:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Balzac]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Raphaël a le bon goût d&#8217;avoir de Valentin pour patronyme : occasion, un peu facile, de voir quelle lumière son roman d&#8217;amour jette sur la fête des amoureux . Nous l&#8217;avons déjà vu au paroxysme d&#8217;une passion mortelle ; découvrons maintenant les prémices de ces improbables amours, qu&#8217;il raconte à un camarade d&#8217;orgie, pendant les passions orchestrées par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify; margin-left: 27pt"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/02/021609-0037-ceintedegem1.jpg" alt="" width="198" height="135" align="left" /><span style="font-family:Tahoma; font-size:10pt">Raphaël a le bon goût d&#8217;avoir de Valentin pour patronyme : occasion, un peu facile, de voir quelle lumière son roman d&#8217;amour jette sur la fête des amoureux . Nous l&#8217;avons déjà vu au <a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/un-loup-garou-en-rut-le-final-de-la-peau-de-chagrin">paroxysme d&#8217;une passion mortelle </a>; découvrons maintenant les prémices de ces improbables amours, qu&#8217;il raconte à un camarade d&#8217;orgie, pendant les passions orchestrées par un banquet s&#8217;assoupissent peu à peu.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify; margin-left: 27pt"><span style="font-family:Tahoma; font-size:10pt">Le romanesque y affleure déjà, mais quelque peu mis à mal. Pour être vécue, encore faut-il que l&#8217;amour soit soutenu : l&#8217;argent est ce miraculeux souteneur. S&#8217;il évoque belles dames et leurs soupirants, contes de fées et exploits chevaleresques, ce n&#8217;est que pour en révéler le prix tout sauf idéal. Ces images d&#8217;Épinal du romantisme littéraire, féru de Moyen-Âge, comme d&#8217;amoureux romantiques, ont une indéniable puissance évocatrice : elle achoppe contre ce regard analytique et précis, d&#8217;autant plus juste que ce jeune homme épris d&#8217;opulentes aristocrates ressemble fort à Balzac… qui a cependant su au besoin trouvé son plaisir avec sa concierge (qui inspire, dans <em>Le Cousin Pons,</em> le portrait, il est vrai nettement moins flatteur,  de madame Cibot).<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size:10pt"><strong><span style="font-family: Wingdings;"><span style="color: #003300;">ÑÐ</span></span><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></strong></span></p>
<p style="margin-left: 27pt; text-align: justify;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/02/021609-0037-ceintedegem2.jpg" alt="" align="right" /><span style="font-family:Book Antiqua">Quand je rentrais, je la trouvais chez moi, dans la toilette la plus modeste ; mais au moindre mouvement, sa taille souple et les attraits de sa personne se révélaient sous l&#8217;étoffe grossière. Elle avait un pied mignon dans d&#8217;ignobles souliers, comme l&#8217;héroïne du conte de Peau-d&#8217;Âne . Mais ses jolis trésors, sa richesse de jeune fille, tout ce luxe de beauté fut comme perdu pour moi. Je m&#8217;étais ordonné à moi-même de ne voir qu&#8217;une sœur en Pauline, j&#8217;aurais eu horreur de tromper la confiance de sa mère, j&#8217;admirais cette charmante fille comme un tableau, comme le portrait d&#8217;une maîtresse morte. Enfin, c&#8217;était mon enfant, ma statue. Pygmalion nouveau, je voulais faire d&#8217;une vierge vivante et colorée, sensible et parlante, un marbre. J&#8217;étais très-sévère avec elle, mais plus je lui faisais éprouver les effets de mon despotisme magistral, plus elle devenait douce et soumise. Si je fus encouragé dans ma retenue et dans ma continence par des sentiments nobles, néanmoins les raisons de procureur ne me manquèrent pas. Je ne comprends point la probité des écus sans la probité de la pensée. Tromper une femme ou faire faillite a toujours été même chose pour moi. Aimer une jeune fille ou se laisser aimer par elle constitue un vrai contrat dont les conditions doivent être bien entendues. Nous sommes maîtres d&#8217;abandonner la femme qui se vend, mais non pas la jeune fille qui se donne : elle ignore l&#8217;étendue de son sacrifice. J&#8217;aurais donc épousé Pauline, et c&#8217;eût été une folie : n&#8217;était-ce pas livrer une âme douce et vierge à d&#8217;effroyables malheurs ? Mon indigence parlait son langage égoïste, et venait toujours mettre sa main de fer entre cette bonne créature et moi. Puis, je l&#8217;avoue à ma honte, je ne conçois pas l&#8217;amour dans la misère. Peut-être est-ce en moi une dépravation due à cette maladie humaine que nous nommons la civilisation ; mais une femme, fût-elle attrayante autant que la belle Hélène, la Galatée d&#8217;Homère, n&#8217;a plus aucun pouvoir sur mes sens pour peu qu&#8217;elle soit crottée. Ah ! vive l&#8217;amour dans la soie, sur le cachemire, entouré des merveilles du luxe qui le parent merveilleusement bien, parce que lui-même est un luxe peut-être. J&#8217;aime à froisser sous mes désirs de pimpantes toilettes, à briser des fleurs, à porter une main dévastatrice dans les élégants édifices d&#8217;une coiffure embaumée. Des yeux brûlants, cachés par un voile de dentelle que les regards percent comme la flamme déchire la fumée du canon, m&#8217;offrent de fantastiques attraits. Mon amour veut des échelles de soie escaladées en silence, par une nuit d&#8217;hiver. Quel plaisir d&#8217;arriver couvert de neige dans une chambre éclairée par des parfums, tapissée de soies peintes, et d&#8217;y trouver une femme qui, elle aussi, secoue de la neige : car quel autre nom donner à ces voiles de voluptueuses mousselines à travers lesquels elle se dessine vaguement comme un ange dans son nuage, et d&#8217;où elle va sortir ? Puis il me faut encore un craintif bonheur, une audacieuse sécurité. Enfin je veux revoir cette mystérieuse femme, mais éclatante, mais au milieu du monde, mais vertueuse, environnée d&#8217;hommages, vêtue de dentelles, de diamants, donnant ses <img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/02/021609-0037-ceintedegem3.jpg" alt="" align="left" />ordres à la ville, et si haut placée et si imposante que nul n&#8217;ose lui adresser des vœux. Au milieu de sa cour, elle me jette un regard à la dérobée, un regard qui dément ces artifices, un regard qui me sacrifie le monde et les hommes ! Certes, je me suis vingt fois trouvé ridicule d&#8217;aimer quelques aunes de blondes, du velours, de fines batistes, les tours de force d&#8217;un coiffeur, des bougies, un carrosse, un titre, d&#8217;héraldiques couronnes peintes par des vitriers ou fabriquées par un orfèvre, enfin tout ce qu&#8217;il y a de factice et de moins femme dans la femme ; je me suis moqué de moi, je me suis raisonné, tout a été vain. Une femme aristocratique et son sourire fin, la distinction de ses manières et son respect d&#8217;elle-même m&#8217;enchantent ; quand elle met une barrière entre elle et le monde, elle flatte en moi toutes les vanités, qui sont la moitié de l&#8217;amour. Enviée par tous, ma félicité me paraît avoir plus de saveur. En ne faisant rien de ce que font les autres femmes, en ne marchant pas, ne vivant pas comme elles, en s&#8217;enveloppant dans un manteau qu&#8217;elles ne peuvent avoir, en respirant des parfums à elle, ma maîtresse me semble être bien mieux à moi : plus elle s&#8217;éloigne de la terre, même dans ce que l&#8217;amour a de terrestre, plus elle s&#8217;embellit à mes yeux. En France, heureusement pour moi, nous sommes depuis vingt ans sans reine : j&#8217;eusse aimé la reine ! Pour avoir les façons d&#8217;une princesse, une femme doit être riche. En présence de mes romanesques fantaisies, qu&#8217;était Pauline ? Pouvait-elle me vendre des nuits qui coûtent la vie, un amour qui tue et met en jeu toutes les facultés humaines ? Nous ne mourons guère pour de pauvres filles qui se donnent ! Je n&#8217;ai jamais pu détruire ces sentiments ni ces rêveries de poète. J&#8217;étais né pour l&#8217;amour impossible, et le hasard a voulu que je fusse servi par delà mes souhaits. Combien de fois n&#8217;ai-je pas vêtu de satin les pieds mignons de Pauline, emprisonné sa taille svelte comme un jeune peuplier dans une robe de gaze, jeté sur son sein une légère écharpe en lui faisant fouler les tapis de son hôtel et la conduisant à une voiture élégante. Je l&#8217;eusse adorée ainsi.<br />
</span></p>
<p style="margin-left: 27pt"><span style="font-family:Book Antiqua"><span style="color: #003300;">BALZAC, Honoré de. <em>La Peau de chagrin</em></span><br />
[En ligne]. Paris : Furne, 1846.[Consultation du 16 juin 2008].<br />
Disponible sur internet : <a href="http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm">http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm</a><br />
</span>
</p>
<p style="margin-left: 27pt"> </p>
<div style="text-align: center">
<table style="border-collapse:collapse" border="0">
<colgroup span="1"></colgroup>
<colgroup span="1">
<col style="width: 636px;" span="1"></col>
</colgroup>
<tbody>
<tr style="background: #f79646">
<td style="padding-left: 7px; padding-right: 7px; border-top:  solid #f9b074 1.0pt; border-left:  solid #f9b074 1.0pt; border-bottom:  solid #f9b074 1.0pt; border-right:  solid #f9b074 1.0pt">
<p style="text-align: center"><span style="color:white; font-family:Book Antiqua"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: arial black,avant garde;">UN ROMANESQUE TROMPEUR</span></span></span></p>
</td>
</tr>
<tr style="background: #fde4d0">
<td style="padding-left: 7px; padding-right: 7px; border-top:  none; border-left:  solid #f9b074 1.0pt; border-bottom:  solid #f9b074 1.0pt; border-right:  solid #f9b074 1.0pt">
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Malgré cette peu glorieuse entrée en matière, l&#8217;amour entre Raphaël et Pauline pourrait aisément sembler ensuite idyllique, sans la malédiction que fait peser la peau de chagrin sur Raphaël. Balzac s&#8217;en donne à cœur joie dans la description de cette amoureuse sublime, parée de toutes les grâces.<br />
</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Pourtant, après le final échevelé qui s&#8217;achève avec la mort de Raphaël, le romancier introduit un épilogue dont le ton rompt radicalement avec les pages précédentes, sous l&#8217;étrange forme d&#8217;un dialogue entre le lecteur et le narrateur. Celui-là s&#8217;enquiert de ce qu&#8217;est devenu Pauline. Les réponses sibyllines révèlent peu à peu que Pauline n&#8217;est qu&#8217;un rêve, une chimère, une illusion.<br />
</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Et de fait : Pauline est devenue riche, condition indispensable pour que Valentin puisse l&#8217;aimer. Au regard de l&#8217;extrait ci-dessus, peut-on douter que ce ne soit là encore que la réalisation d&#8217;un de ses vœux ?<br />
</span></span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Book Antiqua"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">« Vouloir nous brûle et Pouvoir nous consume » : l&#8217;amour parfait réduit à la pâle illusion destructrice d&#8217;une volonté mal réglée. Du romanesque, oui ; s&#8217;y arrêter, non. Balzac fait admirablement sentir l&#8217;amour romantique, dans l&#8217;élan même par lequel il le détruit.</span></span><strong><br />
</strong></span></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
<p style="margin-left: 27pt"> </p>
<p style="margin-left: 27pt"> </p>
<p style="text-align: center; margin-left: 27pt"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/02/021609-0037-ceintedegem4.gif" alt="" /><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center; margin-left: 27pt"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family:Book Antiqua"><strong>Dossier Balzac</strong></span></a><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify; margin-left: 27pt"><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
</span></p>
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		<title>Balzac entre greffes et griefs : splendeurs et misères en Palais</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Jan 2009 00:14:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Avocat de la défense : c&#8217;est ne pas croire aux coupables, mais aux pauvres types et aux accidents ; qui ne voit pas le salaud, le voleur, l&#8217;assassin, mais cherche d&#8217;abord. Tel était en substance le propos de Depardieu en Torrès, dans L&#8217;Abolition. Belle idée, idée précieuse, d&#8217;humanisme et de compassion… de complaisance, se disent sans doute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="TEXT-ALIGN: justify"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/012809-0014-balzacentre1.jpg" alt="" align="left" /><span style="font-family:Tahoma">Avocat de la défense : c&#8217;est ne pas croire aux coupables, mais aux pauvres types et aux accidents ; qui ne voit pas le salaud, le voleur, l&#8217;assassin, mais cherche d&#8217;abord. Tel était en substance le propos de Depardieu en Torrès, dans <a href="http://www.leblogtvnews.com/article-27184089.html"><em>L&#8217;Abolition</em></a>. Belle idée, idée précieuse, d&#8217;humanisme et de compassion… de complaisance, se disent sans doute certains d&#8217;entre vous, en nos heureux temps d&#8217;intolérance (« tolérance zéro ») galopante sous couvert d&#8217;exigence morale. Dommage, que puisse me sembler si nécessaire ce rappel, et bien au-delà de la peine de mort. « Coupable », « condamner » ont repris (les ont-ils jamais quittés ?) leurs vieux atours de « châtiment » de la pure conscience sur le vil criminel – feignons de croire qu&#8217;il ne se loge pas là quelque chose comme la vengeance d&#8217;une obscure frustration. « Coupable » : on s&#8217;émeut, le public fait bloc, prêt à être aussi horrifié et impitoyable qu&#8217;on le lui demande.<br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Tahoma">Je m&#8217;emporte, et le détour pour en arriver à Balzac s&#8217;accentue (quoique…). Je ne souscris pas à cette fausse morale que mon grand ami, Sarkozy, et ses sbires, font passer sous le manteau, au titre de la « France aux bons Français » (bah oui, stigmatiser les sans papiers ou les délinquants, c&#8217;est la même logique, et ça repose sur nos mêmes sentiments minables et puants). Quand séparera-t-on enfin clairement la justice de la morale, cette puante sangsue à la solde de toutes les hypocrysies, individuelles ou publiques ? La justice n&#8217;est pas morale, elle est pragmatique. Elle est là pour régler et réguler, pas pour faire la morale ! Sarko et ses manières de chattemite, mais assoiffée de pouvoir, vous croyez qu&#8217;il en a quoi que ce soit à foutre, de la morale ?<br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Tahoma">Après cette légère flambée (notamment causée, une fois de plus, par la brillante intelligence déversée sur les forums que Google ne sait toujours pas m&#8217;épargner), ouf ! Balzac, et retour en eaux bouillonnantes, mais au moins amusantes, réconfortantes, et pas si éloignées du sujet. Coup de sonde dans l&#8217;univers <strong><em><span style="color: #008000;">Splendeurs et misères des courtisanes</span></em>,</strong> où il écrit de façon vainement prémonitoire : <span style="color: #ff6600;">«</span><span style="color: #ff6600;"><span style="color: #ff6600;"> </span>Ceux qui proposent aujourd&#8217;hui le système pénitentiaire […] arriveront à punir les peccadilles presque aussi sévèrement que les plus grands crimes. » </span>(et voilà pour le « tout carcéral »)<br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Tahoma">Toile de fond : courtisane, amour, bagne, argent, homosexualité, mort… Savoureux programme. Le freluquet chouchou de la <em><span style="color: #008000;">Comédie humaine</span></em>, le Pôète délicat, faible et savoureux de ridicule subtil, le héros de ces dames, j&#8217;ai nommé Lucien de Rubempré, se retrouve incarcéré avec son âme damnée, don Carlos Herrera, sulfureux et machiavélique ecclésiastique, autre star de la <em>Comédie</em>, sur lequel vous saurez tout, tout, tout (…si du moins vous lisez en entier le roman, ou que suivez assidûment cet « effeuillage », puisque je ne pourrais manquer de revenir à cet inquiétant personnage). Lucien, soupçonné du meurtre d&#8217;Esther, est cependant innocent. Mais le voilà soumis à un interrogatoire, après son éminence grise, qui, en vieil habitué, leur a presque sauvé la mise auprès. Je laisse Balzac vous convaincre que la justice n&#8217;est pas morale. Il faudrait peut-être se demande si on veut qu&#8217;elle soit humaine. Pour Balzac, il semble préférer le divin, même si c&#8217;est ici discret. En tout cas, au milieu des sentiments sublimes auxquels la justice est aveugle, la procédure paraît aussi creuse que sont riches ces vies dont elle se saisit.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-family: Wingdings;"><span style="color: #008000;"><strong>ÑÐ</strong></span></span><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong>Dangers que court l&#8217;innocence au Palais<br />
</strong></span></p>
<p> </p>
<dt class="wp-caption-dt"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/012809-0014-balzacentre2.jpg" alt="" width="475" height="649" align="right" /></dt>
</p>
<p style="text-align: justify;">Vers deux heures, monsieur Camusot vit entrer Lucien de Rubempré, pâle, défait, les yeux rouges et gonflés, enfin dans un état d&#8217;affaissement qui lui permit de comparer la nature à l&#8217;art, le moribond vrai au moribond de théâtre. Le trajet fait de la Conciergerie au cabinet du juge entre deux gendarmes précédés d&#8217;un huissier avait porté le désespoir au comble chez Lucien. Il est dans l&#8217;esprit du poète de préférer un supplice à un jugement. En voyant cette nature entièrement dénuée du courage moral qui fait hésiter le juge et qui venait de se manifester si puissamment chez l&#8217;autre prévenu, monsieur Camusot eut pitié de cette facile victoire, et ce mépris lui permit de porter des coups décisifs, en lui laissant sur le terrain cette affreuse liberté d&#8217;esprit qui distingue le tireur quand il s&#8217;agit d&#8217;abattre des poupées.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Book Antiqua">– Remettez-vous, monsieur de Rubempré, vous êtes en présence d&#8217;un magistrat empressé de réparer le mal que fait involontairement la justice par une arrestation préventive, quand elle est sans fondement. Je vous crois innocent, vous allez être libre immédiatement. Voici la preuve de votre innocence. C&#8217;est une lettre gardée par votre portière en votre absence, et qu&#8217;elle vient d&#8217;apporter. Dans le trouble causé par la descente de la justice et par la nouvelle de votre arrestation à Fontainebleau, cette femme avait oublié cette lettre qui vient de mademoiselle Esther Gobseck&#8230; Lisez!</span>    </p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Lucien prit la lettre, la lut et fondit en larmes. Il sanglota sans pouvoir articuler une parole. Après un quart d&#8217;heure, temps pendant lequel Lucien eut beaucoup de peine à retrouver de la force, le greffier lui présenta la copie de la lettre et le pria de signer un pour copie conforme à l&#8217;original à représenter à première réquisition tant que durera l&#8217;instruction du procès, en lui offrant de collationner; mais Lucien s&#8217;en rapporta naturellement à la parole de Coquart quant à l&#8217;exactitude.</span> </p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">– Monsieur, dit le juge d&#8217;un air plein de bonhomie, il est néanmoins difficile de vous mettre en liberté sans avoir rempli nos formalités et sans vous avoir adressé quelques questions&#8230; C&#8217;est presque comme témoin que je vous requiers de répondre. À un homme comme vous, je croirais presque inutile de faire observer que le serment de dire toute la vérité n&#8217;est pas ici seulement un appel à votre conscience, mais encore une nécessité de votre position, ambiguë pour quelques instants. La vérité ne peut rien sur vous quelle qu&#8217;elle soit; mais le mensonge vous enverrait en Cour d&#8217;assises, et me forcerait à vous faire reconduire à la Conciergerie, tandis qu&#8217;en répondant franchement à mes questions vous coucherez ce soir chez vous, et vous serez réhabilité par cette nouvelle que publieront les journaux: &laquo;&nbsp;Monsieur de Rubempré, arrêté hier à Fontainebleau, a été sur-le-champ élargi après un très court interrogatoire.&nbsp;&raquo;</span> </p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Ce discours produisit une vive impression sur Lucien, et en voyant les dispositions de son prévenu, le juge ajouta : « Je vous le répète, vous étiez soupçonné de complicité dans un meurtre par empoisonnement sur la personne de la demoiselle Esther, il y a preuve de son suicide, tout est dit ; mais on a soustrait une somme de sept cent cinquante mille francs qui dépend de la succession, et vous êtes l&#8217;héritier ; il y a là malheureusement un crime. Ce crime a précédé la découverte du testament. Or, la justice a des raisons de croire qu&#8217;une personne qui vous aime, autant que vous aimait cette demoiselle Esther, s&#8217;est permis ce crime à votre profit&#8230; – Ne m&#8217;interrompez pas, dit Camusot en imposant silence à Lucien qui voulait parler, je ne vous interroge pas encore. Je veux vous faire comprendre combien votre honneur est intéressé dans cette question. Abandonnez le faux, le misérable point dhonneur qui lie entre eux les complices, et dites toute la vérité? »</span> </p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">On a dû déjà remarquer l&#8217;excessive disproportion des armes dans cette lutte entre les prévenus et les juges d&#8217;instruction. Certes la négation habilement maniée a pour elle l&#8217;absolu de sa forme et suffit à la défense du criminel ; mais c&#8217;est en quelque sorte une panoplie qui devient écrasante quand le stylet de l&#8217;interrogation y trouve un joint. Dès que la dénégation est insuffisante contre certains faits évidents, le prévenu se trouve entièrement à la discrétion du juge. Supposez maintenant un demi-criminel, comme Lucien, qui, sauvé d&#8217;un premier naufrage de sa vertu, pourrait s&#8217;amender et devenir utile à son pays, il périra dans les traquenards de l&#8217;instruction. Le juge rédige un procès-verbal très sec, une analyse fidèle des questions et des réponses ; mais de ses discours insidieusement paternels, de ses remontrances captieuses dans le genre de celle-ci, rien n&#8217;en reste. Les juges de la juridiction supérieure et les jurés voient les résultats sans connaître les moyens. Aussi, selon quelques bons esprits, le jury serait-il excellent, comme en Angleterre, pour procéder à l&#8217;instruction. La France a joui de ce système pendant un certain temps. Sous le code de brumaire an IV, cette institution s&#8217;appelait le jury d&#8217;accusation par opposition au jury de jugement. Quant au procès définitif, si l&#8217;on en revenait aux jurys d&#8217;accusation, il devrait être attribué aux cours royales, sans concours de jurés.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: center"><span style="font-family: Wingdings;"><span style="color: #008000;"><strong>ÑÐ</strong></span></span><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong>Où tous ceux qui ont fait des fautes trembleront de comparoir</strong></span><span style="font-family:Tahoma"> </span><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong>devant un tribunal quelconque</strong></span><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<p><span style="font-family:Book Antiqua">– Maintenant, dit Camusot après une pause, comment vous appelez-vous? Monsieur Coquart, attention!&#8230; dit-il au greffier.<br />
– Lucien Chardon, de Rubempré.<br />
– Vous êtes né ?<br />
– À Angoulême&#8230;<br />
Et Lucien donna le jour, le mois et l&#8217;année.<br />
– Vous n&#8217;avez pas eu de patrimoine ?<br />
– Aucun.<br />
– Vous avez néanmoins fait, pendant un premier séjour à Paris, des dépenses considérables, relativement à votre peu de fortune?<br />
– Oui, monsieur; mais à cette époque, j&#8217;ai eu dans mademoiselle Coralie une amie excessivement dévouée et que j&#8217;ai eu le malheur de perdre. Ce fut le chagrin causé par cette mort qui me ramena dans mon pays.<br />
– Bien, monsieur, dit Camusot. Je vous loue de votre franchise, elle sera bien appréciée.<br />
</span></p>
<p><span style="font-family:Book Antiqua">Lucien entrait, comme on le voit, dans la voie d&#8217;une confession générale.<br />
</span></p>
<p><span style="font-family:Book Antiqua">– Vous avez fait des dépenses bien plus considérables encore à votre retour d&#8217;Angoulême à Paris, reprit Camusot, vous avez vécu comme un homme qui aurait environ soixante mille francs de rentes.<br />
– Oui, monsieur&#8230;<br />
– Qui vous fournissait cet argent ?<br />
– Mon protecteur, l&#8217;abbé Carlos Herrera.<br />
– Où l&#8217;avez-vous connu ?<br />
– Je l&#8217;ai rencontré sur la grande route, au moment où j&#8217;allais me débarrasser de la vie par un suicide&#8230;<br />
– Vous n&#8217;aviez jamais entendu parler de lui dans votre famille, à votre mère ?&#8230;<br />
– Jamais.<br />
– Votre mère ne vous a jamais dit avoir rencontré d&#8217;Espagnol ?<br />
– Jamais.<br />
– Pouvez-vous vous rappeler le mois, l&#8217;année où vous vous êtes lié avec la demoiselle Esther ?<br />
– Vers la fin de 1823, à un petit théàtre du boulevard.<br />
– Elle a commencé par vous coûter de l&#8217;argent ?<br />
– Oui, monsieur.<br />
– Dernièrement, dans le désir d&#8217;épouser mademoiselle de Grandlieu, vous avez acheté les restes du château de Rubempré, vous y avez joint des terres pour un million, vous avez dit à la famille Grandlieu que votre sœur et votre beau-frère venaient de faire un héritage considérable et que vous deviez ces sommes à leur libéralité?&#8230; Avez-vous dit cela, monsieur, à la famille Grandlieu ?<br />
– Oui, monsieur.<br />
– Vous ignorez la cause de la rupture de votre mariage ?<br />
– Entièrement, monsieur.<br />
– Eh! bien, la famille de Grandlieu a envoyé chez votre beau-frère un des plus respectables avoués de Paris pour prendre des renseignements. À Angoulême, l&#8217;avoué, d&#8217;après les aveux mêmes de votre sœur et de votre beau-frère, a su que non seulement ils vous avaient prêté peu de chose, mais encore que leur héritage se composait d&#8217;immeubles, assez importants, il est vrai, mais la somme des capitaux s&#8217;élevait à peine à deux cent mille francs&#8230; Vous ne devez pas trouver étrange qu&#8217;une famille comme celle de Grandlieu recule devant une fortune dont l&#8217;origine ne se justifie pas&#8230; Voilà, monsieur, où vous a conduit un mensonge&#8230;<br />
</span></p>
<p><span style="font-family:Book Antiqua">Lucien fut glacé par cette révélation, et le peu de force d&#8217;esprit qu&#8217;il conservait l&#8217;abandonna.</span> </p>
<p><span style="font-family:Book Antiqua">– La Police et la Justice savent tout ce qu&#8217;elles veulent savoir, dit Camusot, songez bien à ceci. Maintenant, reprit-il en pensant à la qualité de père que s&#8217;était donnée Jacques Collin, connaissez-vous qui est ce prétendu Carlos Herrera ?<br />
– Oui, monsieur, mais je l&#8217;ai su trop tard&#8230;<br />
– Comment trop tard ? Expliquez-vous !<br />
– Ce n&#8217;est pas un prêtre, ce n&#8217;est pas un Espagnol, c&#8217;est&#8230;<br />
– Un forçat évadé, dit vivement le juge.<br />
– Oui, répondit Lucien. Quand le fatal secret me fut révélé, j&#8217;étais son obligé, j&#8217;avais cru me lier avec un respectable ecclésiastique&#8230;<br />
– Jacques Collin&#8230; dit le juge en commençant une phrase.<br />
– Oui, Jacques Collin, répéta Lucien, c&#8217;est son nom.<br />
– Bien. Jacques Collin, reprit monsieur Camusot, vient d&#8217;être reconnu tout à l&#8217;heure par une personne, et s&#8217;il nie encore son identité, c&#8217;est, je crois, dans votre intérêt. Mais je vous demandais si vous saviez qui est cet homme dans le but de relever une autre imposture de Jacques Collin.<br />
Lucien eut aussitôt comme un fer rouge dans les entrailles en entendant cette terrifiante observation.<br />
– Ignorez-vous, dit le juge en continuant, qu&#8217;il prétend être votre père pour justifier l&#8217;extraordinaire affection dont vous êtes l&#8217;objet ?<br />
– Lui ! mon père !&#8230; oh ! monsieur !&#8230; il a dit cela !<br />
– Soupçonnez-vous d&#8217;où provenaient les sommes qu&#8217;il vous remettait ; car, s&#8217;il faut en croire la lettre que vous avez entre les mains, la demoiselle Esther, cette pauvre fille, vous aurait rendu plus tard les mêmes services que la demoiselle Coralie ; mais vous êtes resté, comme vous venez de le dire, pendant quelques années à vivre, et très splendidement, sans rien recevoir d&#8217;elle.<br />
– C&#8217;est à vous, monsieur, que je demanderai de me dire, s&#8217;écria Lucien, où les forçats puisent de l&#8217;argent !&#8230; Un Jacques Collin mon père !&#8230; Oh ! ma pauvre mère&#8230;<br />
Et il fondit en larmes.<br />
– Greffier, donnez lecture au prévenu de la partie de l&#8217;interrogatoire du prétendu Carlos Herrera dans laquelle il s&#8217;est dit le père de Lucien de Rubempré.<br />
Le poète écouta cette lecture dans un silence et dans une contenance qui fit peine à voir.<br />
– Je suis perdu! s&#8217;écria-t-il.<br />
– On ne se perd pas dans la voie de l&#8217;honneur et de la vérité, dit le juge.<br />
– Mais vous traduirez Jacques Collin en Cour d&#8217;assises ? dernanda Lucien.<br />
– Certainement, répondit Camusot qui voulut continuer à faire causer Lucien. Achevez votre pensée.<br />
</span></p>
<p> 
</p>
<p style="text-align: center"><span style="font-family:Wingdings"><strong><span style="color: #008000;">ÑÐ</span></strong></span><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong><span style="font-family:Book Antiqua"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/012809-0014-balzacentre3.jpg" alt="" align="left" /></span>Les deux morales<br />
</strong></span>
</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Mais, malgré les efforts et les remontrances du juge, Lucien ne répondit plus. La réflexion était venue trop tard, comme chez tous les hommes qui sont esclaves de la sensation. Là est la différence entre le poète et l&#8217;homme d&#8217;action: l&#8217;un se livre au sentiment pour le reproduire en images vives, il ne juge qu&#8217;après; tandis que l&#8217;autre sent et juge à la fois. Lucien resta morne, pâle, il se voyait au fond du précipice où l&#8217;avait fait rouler le juge d&#8217;instruction à la bonhomie de qui, lui poète, il s&#8217;était laissé prendre. Il venait de trahir non pas son bienfaiteur, mais son complice qui, lui, avait défendu leur position avec un courage de lion, avec une habileté tout d&#8217;une pièce. Là où Jacques Collin avait tout sauvé par son audace, Lucien, l&#8217;homme d&#8217;esprit, avait tout perdu par son inintelligence et par son défaut de réflexion. Ce mensonge infâme et qui l&#8217;indignait servait de paravent à une plus infâme vérité. Confondu par la subtilité du juge, épouvanté par sa cruelle adresse, par la rapidité des coups qu&#8217;il lui avait portés en se servant des fautes d&#8217;une vie mise à jour comme de crocs pour fouiller sa conscience, Lucien était là semblable à l&#8217;animal que le billot de l&#8217;abattoir a manqué. Libre et innocent, à son entrée dans ce cabinet, en un instant, il se trouvait criminel par ses propres aveux. Enfin, dernière raillerie sérieuse, le juge, calme et froid, faisait observer à Lucien que ses révélations étaient le fruit d&#8217;une méprise. Camusot pensait à la qualité de père prise par Jacques Collin, tandis que Lucien, tout entier à la crainte de voir son alliance avec un forçat évadé devenir publique, avait imité la célèbre inadvertance des meurtriers d&#8217;Ibicus.</span> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">L&#8217;une des gloires de Royer-Collard</span><span style="font-family:Tahoma"> </span><span style="font-family:Book Antiqua">est d&#8217;avoir proclamé le triomphe constant des sentiments naturels sur les sentiments imposés, d&#8217;avoir soutenu la cause de l&#8217;antériorité des serments en prétendant que la loi de l&#8217;hospitalité, par exemple, devait lier au point d&#8217;annuler la vertu du serment judiciaire. Il a confessé cette théorie à la face du monde, à la tribune française; il a courageusement vanté les conspirateurs, il a montré qu&#8217;il était humain d&#8217;obéir à l&#8217;amitié plutôt qu&#8217;à des lois tyranniques tirées de l&#8217;arsenal social pour telle ou telle circonstance. Enfin le Droit naturel a des lois qui n&#8217;ont jamais été promulgées et qui sont plus efficaces, mieux connues que celles forgées par la société. Lucien venait de méconnaître, et à son détriment, la loi de solidarité qui l&#8217;obligeait à se taire et à laisser Jacques Collin se défendre ; bien plus, il l&#8217;avait chargé ! Dans son intérêt, cet homme devait être pour lui et toujours, Carlos Herrera.</span> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Monsieur Camusot jouissait de son triomphe, il tenait deux coupables, il avait abattu sous la main de la justice l&#8217;un des favoris de la mode, et trouvé l&#8217;introuvable Jacques Collin. Il allait être proclamé l&#8217;un des plus habiles juges d&#8217;instruction. Aussi laissait-il son prévenu tranquille ; mais il étudiait ce silence de consternation, il voyait les gouttes de sueur s&#8217;accroître sur ce visage décomposé, grossir et tomber enfin mêlées à deux ruisseaux de larmes.</span> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">– Pourquoi pleurer, monsieur de Rubempré? vous êtes, comme je vous l&#8217;ai dit, l&#8217;héritier de mademoiselle Esther, qui n&#8217;a pas d&#8217;héritiers ni collatéraux ni directs, et sa succession se monte à près de huit millions, si l&#8217;on retrouve les sept cent cinquante mille francs égarés.</span> </p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Ce fut le dernier coup pour le coupable. De la tenue pendant dix minutes, comme le disait Jacques Collin dans son billet, et Lucien atteignait au but de tous ses désirs! il s&#8217;acquittait avec Jacques Collin, il s&#8217;en séparait, il devenait riche, il épousait mademoiselle de Grandlieu. Rien ne démontre plus éloquemment que cette scène la puissance dont sont armés les juges d&#8217;instruction par l&#8217;isolement ou par la séparation des prévenus […].<br />
</span></p>
<p style="text-align: right"><span style="font-family:Book Antiqua; font-size:10pt">BALZAC, Honoré de. <em>Splendeurs et misères des courtisanes</em> [En ligne]. Paris : Furne, 1843.<br />
[Consultation du 16 juin 2008].<br />
Disponible sur internet : <a href="http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm">http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm</a><br />
</span></p>
<p> </p>
<p> </p>
<div>
<table style="border-collapse:collapse" border="0">
<colgroup span="1">
<col style="width: 636px;" span="1"></col>
</colgroup>
<tbody>
<tr style="background: #e6eed5">
<td style="padding-left: 7px; padding-right: 7px; border-top:  solid #b3cc82 1.0pt; border-left:  solid #b3cc82 1.0pt; border-bottom:  solid #b3cc82 1.0pt; border-right:  solid #b3cc82 1.0pt"><span style="font-family:Tahoma"><strong><span style="color: #ff6600;">Camusot :</span></strong> on suit ses tribulations dans Le Cabinet des antiques et Le Cousin Pons. Son grand souci est d&#8217;arriver, et sa femme attise et dirige ce désir. Sa grande affaire dans ce procès est d&#8217;obliger le plus puissant, ceux qui seront à même de lui assurer une position</span></td>
</tr>
<tr style="background: #cdddac">
<td style="padding-left: 7px; padding-right: 7px; border-top:  none; border-left:  solid #b3cc82 1.0pt; border-bottom:  solid #b3cc82 1.0pt; border-right:  solid #b3cc82 1.0pt"><span style="font-family:Tahoma"><span style="color: #ff6600;"><strong>Don Carlos Herrera :</strong> </span>assez habile pour berner la justice, il commet la seule erreur de vouloir dissuader Camusot d&#8217;interroger son tendre protégé, ce que le juge s&#8217;empresse donc de faire. Lui-même s&#8217;en tirera si bien qu&#8217;il finit par travailler pour la police.</span></td>
</tr>
<tr style="background: #e6eed5">
<td style="padding-left: 7px; padding-right: 7px; border-top:  none; border-left:  solid #b3cc82 1.0pt; border-bottom:  solid #b3cc82 1.0pt; border-right:  solid #b3cc82 1.0pt"><span style="font-family:Tahoma"><strong><span style="color: #008000;"><span style="color: #ff6600;">Lucien de Rubempré :</span> </span></strong><em>« Enfin il devint, en un moment rapide comme l&#8217;éclair, ce qu&#8217;était Jacques Collin, un homme de bronze. »</em> Il se ressaisit après l&#8217;interrogatoire, mais pour assurer une plus sûre issue à sa « méditation fatale », comme l&#8217;appelle Balzac : il se suicide.</span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
</div>
<p> </p>
<p> 
</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/012809-0014-balzacentre5.gif" border="0" alt="" /></a><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></a><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family:Tahoma">Dossier Balzac</span></a><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<img src="http://www.plebe-web.com/?ak_action=api_record_view&id=1731&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Grandville écrit par Balzac</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Jan 2009 22:30:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour clore à peu près le cycle sur Grandville (que l&#8217;on retrouvera tout de même pour illustrer à propos tel ou tel texte), je vous propose le dialogue imaginé par Balzac à partir de Mœurs aquatiques (sur lequel j&#8217;ai enfin mis la main !), ainsi que deux critiques, consacrée pour l&#8217;une à l&#8217;album Voyage pour l&#8217;éternité, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Tahoma"><img class="alignleft size-full wp-image-1701" style="float: left;" title="plume2" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/plume2.jpg" alt="plume2" width="196" height="185" />Pour clore à peu près le cycle sur Grandville (que l&#8217;on retrouvera tout de même pour illustrer à propos tel ou tel texte), je vous propose le dialogue imaginé par Balzac à partir de <em>Mœurs aquatiques</em> (sur lequel j&#8217;ai enfin mis la main !), ainsi que deux critiques, consacrée pour l&#8217;une à l&#8217;album <em>Voyage pour l&#8217;éternité</em>, pour l&#8217;autre à la caricature <em>Bacchanales de 1831_carnaval politique</em>.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Tahoma">Les deux derniers textes n&#8217;ont rien de rare, quoique s&#8217;y lise le goût de Balzac pour Grandville, et une certaine parenté de leur inspiration, rendue plus nette par la prose fantaisiste du romancier lui-même que par bien des discours. Mais on peut encore lui reprocher de maintenir ainsi la supériorité du texte sur le dessin. Le dialogue, en revanche, absurde et ridicule, présente une approche plus fine. Sous prétexte de comprendre, chacun y va de son interprétation plus ou moins obscure, ce qui laisse en fait le dernier mot à l&#8217;illustrateur.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Tahoma">On y remarquera également le goût prononcé de Balzac pour le « !&#8230; », un rien agaçant. Étant de parti pris, j&#8217;y vois la marque d&#8217;une écriture au rythme rapide (pas le temps de fignoler, c&#8217;est alimentaire) et à l&#8217;étroit dans le format exigé par la presse. Balzac n&#8217;a pas le loisir d&#8217;épancher les trouvailles, qui se pressent autour de son front génial, et qu&#8217;il ne chasse pas assez promptement pour que son texte n&#8217;en porte cette trace, les points de suspension… Oui, je ne suis sans doute pas objective !<br />
</span></p>
<p> 
</p>
<p style="text-align: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong>Mœurs aquatiques<br />
</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Tahoma">« Mœurs aquatiques_ un rapt » : un dessin grotesque et contre-nature, et voilà que fusent les interprétations qui rivalisent de finesse et de remarques pleine d&#8217;à propos. On peut certes lire ce texte comme illustration et définition de l&#8217;allégorie (« Tout est dans tout »). Mais c&#8217;est, je crois, lui faire beaucoup d&#8217;honneur. Balzac se moque surtout des hommes : chacun voit midi à sa porte, et n&#8217;envisage du monde que ce qu&#8217;il en connaît.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/011509-2230-granvillecr1.jpg" alt="" /><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span><span style="font-size:10pt"><em><span style="color: #008000;">Mœurs aquatiques : un rapt</span></em></span><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">«  Que croyez-vous que Grandville ait voulu faire ? demandai-je à un membre de la Chambre des députés.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Ça, dit-il en regardant, c&#8217;est l&#8217;ordonnance sur la dissolution . Cela représente la France et le ministère.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Qui est la France ?<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Parbleu, c&#8217;est la grenouille, répondit-il.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Qu&#8217;en pensez-vous, monsieur le comte ? dis-je à un pair de France.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Mais M. le député se trompe, c&#8217;est le départ de notre flotte pour Alger. La France cherche à retenir sa marine.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Eh bien vous êtes dans l&#8217;erreur, reprit un ancien bénédictin : c&#8217;est un jésuite et la France au XIXe siècle.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Bah ! dit un publiciste, c&#8217;est le refus de l&#8217;impôt, car en out temps la grenouille a été l&#8217;emblème de notre bourse, et le rat est un percepteur.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Non, dit un journaliste, c&#8217;est <em>L&#8217;Universel</em> et sa seule abonnée.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Messieurs, dit un homme grave, c&#8217;est un bon citoyen empêchant un suicide.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Ne serait-ce pas plutôt un médecin qui cherche à retenir la pituite ? … dit une dame âgée.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Madame, je crois que cela représente la contrainte par corps, reprit un négociant.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Dieu, pouvez-vous vous abuser à ce point ! Vous n&#8217;avez que vos idées en tête !&#8230; s&#8217;écria M.Vienne… C&#8217;est la scène du canapé entre Christine et Monaldeschi !&#8230;<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Non, dit un acteur, c&#8217;est Mlle Mars se retirant du théâtre, et retenue par un amateur.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Hé ! Vous ne voyez donc pas que c&#8217;est un député désirant la pairie », reprit un ancien secrétaire général.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">M.J*** le classique s&#8217;avance, sourit et dit : «  C&#8217;est Apollon et Daphné. »<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">Un peintre qui veut faire école se mit à rire en répliquant : «  Ce sont des académies ! »<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">Un magistrat qui contemplait la caricature depuis un instant, impose le silence en disant : «  C&#8217;est une allusion à l&#8217;ordonnance de M.Maugin sur ces demoiselles. Le rat est un gendarme.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Ça, dit M.G***-Saint-Hil***, c&#8217;est un rat bicéphale. »<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">M.B***y moraliste de l&#8217;enfance, s&#8217;écrie : « Eh ! Messieurs, c&#8217;est un père retenant sa fille unique qui joue imprudemment au fond d&#8217;une onde claire…<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Ça ! dit un professeur de philosophie, c&#8217;est <em>l&#8217;appétition de l&#8217;unité dans l&#8217;infini ! un dualisme, la réalité de l&#8217;identité</em>.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Ah bah ! s&#8217;écria M.B.C***, vous êtes singuliers ! c&#8217;est Corinne improvisant au bord de la mer.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Ou peut-être la liberté de la presse et le pouvoir, lui fit observer un avocat.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Peut-être la régence de dona Maria dans l&#8217;île de Terceire et Lord Wellingtn, s&#8217;écria un diplomate.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Ne serait-ce pas un vieux rentier qui veut épouser une veuve, demanda une dame.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Maman, dit une jeune fille, l&#8217;estampe est peut-être faite pour dire qu&#8217;il faut des époux assortis.<br />
</span><span style="font-family:Book Antiqua">– Pardonnez-moi, mademoiselle, répondit un professeur, ceci est la <em>méthode Jacotot</em> ; la caricature prouve que <em>tout est dans tout</em>. »<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: right"><span style="font-size:10pt">Paru dans <em>La Silhouette</em>, 20 mai 1830</span></p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana"><strong><span style="font-size:14pt">Voyage pour l&#8217;éternité<br />
</span><span style="font-size:12pt">Service Général des Omnibus Accélérés<br />
<em>Départ à toute heure et de tous les points du globe</em></span></strong></span>
</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Où croyez-vous aller en suivant cette prestigieuse et céleste créature, au pied léger, au châle onduleux, dont les plis tombés accusent des formes ravissantes ? Elle étincelle de fraîcheur, elle sourit, elle voltige, elle ressemble à une flamme, elle passe rapide, brillante. Eh bien ?&#8230; – Elle vous entraîne à la MORT.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Que croyez-vous voir dans la personne de ce gros garçon, joufflu, prosaïque, au nez rond, aux cheveux plats, au pied large, largement chaussé dans une large botte, qui divise des paquets d&#8217;assa-foetida, et qui, drogue lui-même, vit au milieu des drogues ? – C&#8217;est un garçon apothicaire, un élève en pharmacie ? – Non, c&#8217;est une Erreur, une personnification de l&#8217;erreur ; c&#8217;est la MORT dans une ordonnance médicale, comme une faillite se trouve dans une addition mal faite.</span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/011509-2230-granvillecr2.jpg" alt="" width="584" height="427" /><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
</span><span style="font-size:10pt"><em><span style="color: #008000;"><span style="font-size: x-small;">« Soyez tranquille, j&#8217;ai un garçon qui ne se trompe jamais »</span></span></em></span><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Book Antiqua">Le champagne mousse, les convives crient, le ministre se fait une chambre complaisante, le député se fait ministre, l&#8217;électeur député, le prolétaire électeur. La vie apparaît magnifique, en ce moment de délire gastronomique. En effet, le dessert est un des plus fermes bâtons de l&#8217;échelle au moyen de laquelle Jacob voulait monter au ciel. Alors, il n&#8217;y a pas de spéculation qui ne réussisse, d&#8217;amour qui résiste, d&#8217;amitié qui ne soit douce. Les femmes, les vins, les mets, tout est fondant, liquoreux, amoureux, toutes les puissances vitales grandissent. Eh bien, la mort est là, un bonnet de coton sur l&#8217;oreille qu&#8217;elle n&#8217;a pas, et apportant des champignons.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">« Clic, clac, pif, kit, kit, o hé, hup, xi, baoûnd&nbsp;&raquo;, a dit Nodier dans le <em>Roi de Bohême</em>. Admirable onomatopée postillonnesque dont l&#8217;oreille est frappée au moment où l&#8217;on aperçoit le clocher de Vendreville (ou tout autre clocher), lieu chéri, où vous avez joué sous un poirier, où vous avez élevé des châteaux de boue, et arrosé des branches d&#8217;arbres qui ne poussaient pas !&#8230; Vous êtes en proie à une de ces douces rêveries dans lesquelles vous plongent le mouvement voluptueusement oscillatoire d&#8217;une rapide voiture. Ce sont les plus frais tableaux de votre existence qui vous apparaissent. Ils fuient comme les ravissants aspects d&#8217;un mirage, au moment où vous atteignez le but de votre voyage. Si vous viviez dans le passé, ou peut-être dans l&#8217;avenir, toute cette fantasmagorie disparaît devant le bonheur présent, vous arrivez… Mais il y a là une pierre, un fossé, le postillon vous a mené au cercueil.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/011509-2230-granvillecr3.jpg" alt="" /><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
<span style="font-size: xx-small;"><span style="color: #008000;"><span style="font-size: x-small;">« </span></span></span></span><span style="font-size:10pt"><em><span style="font-size: xx-small;"><span style="color: #008000;"><span style="font-size: x-small;">Oui, Madame, ce sera bien la promenade la plus délicieuse ? Une<br />
voiture dans le dernier goût ! un cheval qui fend l&#8217;air, et le meilleur groom de France. »</span><br />
</span></span></em></span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Mais vous êtes-vous jamais trouvé, après un dîner corsé, pesant comme un serpent boa, couché sur un doux canapé, devant le feu qui chatouille et lubrifie toutes les fibres. L&#8217;esprit a succombé sous la matière, sous cette riche et vigoureuse matière qui triomphe de toutes les idéalités allemandes. Nargue de l&#8217;intelligence !&#8230; Vous êtes pour cette vie en dehors, avec ses cent mille livres de rente, ses chevaux, ses voitures brillantes, ses suaves musiques, ses triomphes d&#8217;amour-propre qui écrasent les jouissances de l&#8217;âme. C&#8217;est la terre qui insulte au Ciel. La conscience et les sentiments purs sont sacrifiés à des crachats, à des rubans rouges. Vous digérez, tout va bien ! Vous vous moquez de tout. Vous êtes le symbole de toute philosophie ; car toute la question entre Spinoza et Malebranche est posée, quand on met un ventre truffé devant un bon feu, et un livre sur l&#8217;immortalité de l&#8217;âme à terre. Eh bien vous êtes là, pensant à la richesse de votre organisation palpitante, tout à coup la MORT arrive sous forme d&#8217;indigestion.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Que diable chantent les fabricants d&#8217;odes, de méditations, de sermons, en nous prétendant que la mort est chose triste ? Où a-t-on donc vu qu&#8217;on doive la représenter comme un squelette, comme un épouvantail, avec des larmes, des cierges, des prêtres, des urnes. La mort est, la plupart du temps, chose gaie, rieuse, douce. Il y a deux morts : celle des jeunes gens, couronnée de roses, tenant un verre de champagne, assise sur un canapé, se laissant longuement courtiser, agaçante comme une courtisane. Puis la mort des vieillards, noir comme don Gomez dans <em>Hernani</em>, hideuse comme la décrépitude, sale comme un égout. La Mort, sous la figure d&#8217;une vieille garde qui vous ôte une chemise et vous refroidit quand vous avez besoin d&#8217;une chaleur céleste. Un homme naît avec une jolie figure ou laid comme un Osage, et l&#8217;on meurt bien ou mal, voilà toute la question. Mourir jeune, c&#8217;est se trouver en bonne fortune.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Telle est l&#8217;analyse du délicieux album de Grandville. Nous en avons faiblement traduit la spirituelle moralité, les tableaux comiques. De la profondeur philosophique et de la caricature, voilà ce qu&#8217;on ne fait qu&#8217;en France et qu&#8217;à Paris. M.Grandville avait donné de la bêtise aux hommes, de l&#8217;esprit aux animaux, il vient de donner de la gaieté à la mort.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: right"><span style="font-size:10pt">Paru dans <em>La Silhouette, </em>15 avril 1830</span></p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong>« Les Bacchanales de 1831 »<br />
</strong></span>
</p>
<p style="text-align: justify;"> <span style="font-family:Tahoma">Cette caricature-ci est assurément une satire de l&#8217; actualité, son sous-titre de « carnaval politique » l&#8217;indique d&#8217;ailleurs assez. Et cette fois-ci, Balzac joue vraiment le jeu de l&#8217;interpréter sous nos yeux, laissant apparaître le lien qui rattache sa propre œuvre à la caricature : exagération et allégorie que l&#8217;on retrouve à tout bout de champ dans ses descriptions. Et je me demande d&#8217;ailleurs si l&#8217;on ne peut pas trouver quelque parenté entre l&#8217;homme à la « dégaine historique » et au « dévouement sénile d&#8217;un amant fidèle jusqu&#8217;au tombeau ! » et le cousin Pons (je vous laisserai juger sur pièce, avec un extrait du roman éponyme).</span></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/carnaval-politique2-32.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-full wp-image-1714" title="carnaval-politique2-32" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/carnaval-politique2-32.jpg" alt="carnaval-politique2-32" width="451" height="313" /></a></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/carnaval-politique2-33.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-full wp-image-1715" title="carnaval-politique2-33" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/carnaval-politique2-33.jpg" alt="carnaval-politique2-33" width="450" height="310" /></a> <a href="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/carnaval-politique39.jpg" target="_blank"></a></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size:10pt"><span style="color: #008000;"><em>Bacchanale 1831 : carnaval politique</em> (cliquez pour agrandir)</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Si l&#8217;on vous avait demandé de mettre seize caricatures sur une seule feuille de papier, d&#8217;y exprimer une révolution consommée, d&#8217;en indiquer une nouvelle, de n&#8217;oublier ni les doctrines, ni les personnes qui les représentent, de composer un carnaval politique, et de nous faire tremblé d&#8217;avoir ri ?&#8230; Croiriez-vous la chose possible ?&#8230; L&#8217;entreprise était difficile ; mais la CARICATURE se devait à elle-même de dominer la bouffonnerie des rues, celle des affaires publiques, et celle des orateurs… Pour réussir, il a suffi de regarder, d&#8217;entendre et de copier.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Il y a dans la caricature de Grandville une traduction si vive de l&#8217;histoire contemporaine, que l&#8217;on croit lire une page où Molière, Juvénal et Tacite ont déposé tour à tour leurs pensées diversement originales.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Où est l&#8217;article du journal qui ait plus artistement stigmatisé la politique de notre diplomatie que ce costume de Polonais loué à notre ministère ?&#8230;<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Un habit d&#8217;arlequin est réclamé par un pair de France !&#8230; Quoi, un seul !&#8230; Ah ! l&#8217;honnête homme. Eh ! qui ne pouffera de rire en voyant un avocat célèbre déguisé en homme de courage et M.G*** en carmagnole, lui disant : « Tu as beau faire, tu as peur !&#8230; »<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Puis l&#8217;Académie enveloppée dans les bandelettes d&#8217;une momie restant immobile dans une sorte de <em>statu quo</em> metterniquois… Oh ! comme on voit bien qu&#8217;elle a dû élire Viennet, et refuser Benjamin Constant…<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">La liberté sort de l&#8217;hôpital, soutenue par <em>L&#8217;Avenir</em> en charlatan, et par un vétéran dont la <em>dégaine</em> historique est si admirablement bien rendue, qu&#8217;il y a dans cette figure toute une biographie inexorable. Ne rend-elle pas le dévouement sénile d&#8217;un amant fidèle » jusqu&#8217;au tombeau !<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Le pape et la papesse dansant une valse, sont de ces figures que rien ne saurait payer. La ravissante papesse ayant un vieux pape qui défaille entre ses bras et se retient de galoper… est peut-être une double épigramme. Est-ce Rome qui chancelle devant un nouveau culte étourdi ?<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Mais voyez les ruines de la Contemporaine déguisée en amour, faisant reculer un célèbre abbé revêtu des insignes de la folie, et qui néanmoins conserve assez de bon sens pour apercevoir, derrière lui, l&#8217;antagoniste de Lisfranc, le plus célèbre de nos chirurgiens qui redoute pour l&#8217;<em>avenir</em> les suites de cette rencontre. Tout est là, même Rossini qui joue un air à réveiller les morts… Mayeux prend le costume de Napoléon, et le plus gros citoyen de France considère la défroque de Charles X, pendue à un clou !&#8230;<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Mais voici la création la plus prophétique ! Six jours avant les vengeances populaires, l&#8217;impitoyable dessinateur montrait l&#8217;archevêque tenant d&#8217;un bras la palme du martyre, de l&#8217;autre un verre de vin de Champagne, et faisant la nique aux vainqueurs de juillet qui ont de grands nez.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Il y a dans tout cela des leçons pour tout le monde, et nous ne savons si l&#8217;expression du temps présent, lithographiée d&#8217;une manière si incisive, suggèrera quelque pensé utile aux pantins politiques ; s&#8217;ils s&#8217;occuperont de redresser les griefs ; – s&#8217;ils voudront voir ce qu&#8217;il y a entre les saint-simonistes et l&#8217;abbé de Lamen …, entre l&#8217;abbé de Lamen… et l&#8217;archevêque de Paris ?&#8230;&#8230;. l&#8217;anarchie, la royauté, les saturnales populaires !&#8230; un croque-mort !<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Napoléon devenant la proie de Mayeux est la satire des déplorables tentatives que les vaudevillistes ont faire de mettre la Colonne en pièces de six liards.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Nous sommes de notre avis, de l&#8217;avis de cette honnête et bonne CARICATURE qui rit tant, tant et tant d&#8217;un député du centre laissant tomber ses brioches à l&#8217;approche de M.Mauguin, dont les discours l&#8217;effraient, qu&#8217;elle laisse tomber elle-même son fouet et son bonnet. – <em>Rideamus quoque.</em><br />
</span></p>
<p style="text-align: right"><span style="font-size:10pt">Paru dans <em>La Caricature, </em>n°16, 17 février 1831<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/011509-2230-granvillecr6.gif" border="0" alt="" /></a><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></a><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family:Tahoma">Dossier Balzac</span></a><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<img src="http://www.plebe-web.com/?ak_action=api_record_view&id=1700&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Balzac : amours grandioses et minuscules</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Jan 2009 01:05:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Imaginez : les amours de deux cochenilles ! Tel est le sujet des « Amours de deux bêtes données en exemple aux gens d'esprit », qui nous narre simultanément les amours d'un prince cochenille et celles d'Anne, la fille du naturaliste qui les observe. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/010109-1828-balzacamour1.jpg" alt="" align="left" /><span style="font-family:Tahoma">« Un des ces ouvrages stupides comme<em> La Vie privée des animaux</em> qui se vendent à 25 000 exemplaires à cause des vignettes » : Balzac semble tenir en bien piètre estime l&#8217;auteur des vignettes, Grandville, tout autant que l&#8217;ouvrage dont il est le pivot, <em><span style="color: #008000;">Scènes de la vie publique et privée des animaux</span></em>, édité par Hetzel, et tant pis pour l&#8217;hommage que lui rend le titre. Dépit amoureux de l&#8217;écrivain qui pâtit de l&#8217;infidélité dun public volage ? Il est vrai en tout cas que les nouvelles qu&#8217;il livre à Hetzel font bouillir la marmite : sa participation a aussi des raisons alimentaires.<br />
Et sans doute est-il ainsi détourné de son grand œuvre, mais il y laisse au moins libre cours à un fantasque jubilatoire. Stupide ? Assurément, stupide et grandiloquent. Mais Balzac ne semble pourtant pas y bouder son plaisir.<br />
Imaginez : les amours de deux cochenilles ! Tel est le sujet des <span style="color: #008000;"><strong>« Amours de deux bêtes données en exemple aux gens d&#8217;esprit »,</strong></span> qui nous narre simultanément les amours d&#8217;un prince cochenille et celles d&#8217;Anne, la fille du naturaliste qui les observe. On y apprend certes que les bêtes sont plus sensées que les hommes, dont la raison complique singulièrement les choses, et qui se révèlent incapables d&#8217;être fidèles à leurs sentiments. On y a assiste surtout à une fantasque reprise de <em>Paul et Virginie</em>, pleine de romanesque échevelé et un brin moqueur à l&#8217;égard des Romantiques. Balzac décore ses &laquo;&nbsp;héros&nbsp;&raquo; comme des sapins de Noël, et ironise sans se soucier d&#8217;être trop pertinent : bref, on s&#8217;amuse.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong>II. S. A. R. le prince Jarpéado<br />
</strong></span>
</p>
<p style="text-align: center"> </p>
<p style="text-align: justify"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/010109-1828-balzacamour2.jpg" alt="" align="right" /><span style="font-family:Book Antiqua">Ce que Jarpéado trouvait de plus extraordinaire à Paris était lui-même, comme le doge de Gênes à Versailles. C&#8217;était, d&#8217;ailleurs, un garçon bien pris dans sa petite taille, remarquable par la beauté de ses traits, ayant peut-être les jambes un peu grêles; mais elles étaient chaussées de bottines chargées de pierreries, et relevées à la poulaine de trois côtés. Il portait sur le dos, selon la mode de la Cactriane, son pays, une chape de chantre qui eût fait honte à celles des dignitaires ecclésiastiques du sacre de Charles X ; elle était couverte d&#8217;arabesques en semences de diamants sur un fond de lapis-lazuli, et fendue en deux parties égales comme les deux vantaux d&#8217;un bahut; puis ces parties tenaient par une charnière d&#8217;or et se levaient- de bas en haut, à volonté, à l&#8217;instar des surplis des prêtres. En signe de sa dignité, car il était prince des Coccirubri, il portait un joli hausse-col en saphir, et sur sa tête deux aigrettes filiformes qui eussent fait honte, par leur délicatesse, à tous les pompons que les princes mettent à leurs shakos, les jours de fête nationale.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Anna le trouva charmant, excepté ses deux bras excessivement courts et décharnés ; mais comment aurait-on pensé à ce léger défaut à l&#8217;aspect de sa riche carnation qui annonçait un sang pur en harmonie avec le soleil, car les plus beaux rayons rouges de cet astre semblaient avoir servi à rendre ce sang vermeil et lumineux?<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: right;"> <a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k203884z">Balzac, « Les Amours de deux bêtes », <em>Vie privée et publique des animaux</em>, Hetzel, 1842</a></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p style="text-align: center"><span style="font-family:Wingdings">ÑÐ</span><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
</span>
</p>
<p style="text-align: center"> </p>
<p style="text-align: center"><span style="color:#e36c0a; font-family:Verdana; font-size:14pt"><strong>VIII. Le Paul et Virginie des Animaux</strong></span></p>
<p style="text-align: center"> </p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">L&#8217;attention d&#8217;Anna fut bientôt attirée par l&#8217;air heureux du prince Jarpéado, qui jouait du luth en chantant son bonheur par une romance digne de Victor Hugo. Certes cette cantate aurait pu figurer avec honneur dans les <em>Orientales</em>, car elle était composée, de onze cent onze stances, sur chacune des onze cent onze beautés de Zashazli (prononcez Virginie), la plus charmante des filles Ranagridiennes. Ce nom, de même que les noms persans, avait une signification, et voulait dire <em>vierge faite de lumière</em>. Avant de devenir <em>cinabre, minium</em>, enfin tout ce qu&#8217;il y a de plus rouge au monde, cette précieuse créature était destinée aux trois incarnations entomologiques que subissent toutes les créatures de la Zoologie, y compris l&#8217;Homme. .<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/010109-1828-balzacamour3.jpg" alt="" width="685" height="787" /><span style="font-family:Book Antiqua"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">La première forme de Virginie restait sous un pavillon qui aurait stupéfait les admirateurs de l&#8217;architecture moresque ou sarrasine, tant il surpassait les broderies de l&#8217;Alhambra, du Généralife et des plus célèbres mosquées <em>(Voir, au surplus, l&#8217;album du Nopalistan orné de sept mille gravures.)</em> Situé dans une profonde vallée sur les coteaux de laquelle s&#8217;élevaient des forêts immenses, comme celles que Chateaubriand a décrites dans <em>Atala</em>, ce pavillon se trouvait gardé par un cours d&#8217;eau parfumée, auprès de laquelle l&#8217;eau de Cologne, celle de Portugal et d&#8217;autres cosmétiques sont tout juste ce que l&#8217;eau noire, sale et puante de la Bièvre est à l&#8217;eau de Seine filtrée. De nombreux soldats habillés de garance, absolument comme les troupes françaises, gardaient les abords de la vallée en aval, et des postes, non moins nombreux veillaient en amont. Autour du pavillon, des Bayadères dansaient et chantaient. Le prince allait et venait très-effaré, donnant des ordres multipliés. Des sentinelles, placées à de grandes distances, répétaient les mots d&#8217;ordre. En effet, dans l&#8217;état où elle se trouvait, la jeune personne pouvait être la proie d&#8217;un Génie féroce nommé MISOCAMPE. Vêtu d&#8217;un corselet comme les hallebardiers du moyen âge, protégé par une robe verte d&#8217;une dureté de diamant, et doué d&#8217;une figure terrible, le Misocampe, espèce d&#8217;ogre, jouit d&#8217;une férocité sans exemple. Loin de craindre mille Jarpéadiens, un seul Misocampe se réjouit de les rencontrer en groupe, il n&#8217;en déjeune et n&#8217;en soupe que mieux. En voyant de loin un Misocampe, Ia pauvre Anna se rappela les Espagnols de Fernand Cortez débarquant au Mexique. Ce féroce guerrier a des yeux brillants comme des lanternes de voiture, et s&#8217;élance avec la même rapidité, sans avoir besoin, comme les voitures, d&#8217;être aidé par des chevaux, car il a des jambes d&#8217;une longueur démesurée, fines comme des raies de papier à musique et d&#8217;une agilité de danseuse. Son estomac, transparent comme un bocal, digère en même temps qu&#8217;il mange. Le prince Paul avait publié des proclamations affichées dans toutes les forêts, dans tous les villages du Nopalistan pour ordonner aux masses intelligentes de se précipiter entre le Misocampe et le pavillon, afin d&#8217;étouffer le Monstre ou de le rassasier. Il promettait l&#8217;immortalité aux morts, la seule chose qu&#8217;on puisse leur offrir. La fille du professeur admirait l&#8217;amour du prince Paul Jarpéado qui se révélait dans ces inventions de haute politique. Quelle tendresse! quelle délicatesse! La jeune princesse ressemblait parfaitement aux <em>babys </em>emmaillottés que l&#8217;aristocratie anglaise porte avec orgueil dans Hyde-Park, pour leur faire prendre l&#8217;air. Aussi l&#8217;amour du prince Paul avait-il toutes les allures de la maternité la plus inquiète pour sa chère petite Virginie, qui cependant n&#8217;était encore qu&#8217;un vrai <em>baby</em>.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">« Que sera-ce donc, se dit Anna, quand elle sera nubile? »<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Bientôt le prince Paul reconnut en Zashazli les symptômes de la crise à laquelle sont sujettes ces charmantes créatures. Par ses ordres, des capsules chargées de substances explosibles annoncèrent au monde entier que la princesse allait, jusqu&#8217;au jour de son mariage, se renfermer dans un couvent. Selon l&#8217;usage, elle serait enveloppée de voiles gris et plongée dans un profond sommeil, pour être plus facilement soustraite aux enchantements qui pouvaient la menacer. Telle est la volonté suprême de la fée Physine, qui a voulu que toutes les créations, depuis les êtres supérieurs aux Hommes, et même les Mondes, jusqu&#8217;aux Infiniment Petits, eussent la même loi. D&#8217;invisibles religieuses roulèrent la petite princesse dans une étoffe brune, avec la délicatesse que les esclaves de la Havane mettent à rouler les feuilles blondes des cigares destinés à George Sand ou à quelque princesse espagnole. Sa tête mignonne se voyait à peine au bout de ce linceul dans lequel elle resta sage, vertueuse et résignée. Le prince Paul Jarpéado demeura sur le seuil du couvent, sage, vertueux et résigné, mais impatient! Il ressemblait à Louis XV qui, devinant dans une enfant de sept ans, assise avec son père sur la terrasse des Tuileries, la belle mademoiselle de Romans telle qu&#8217;elle devait être à dix-huit ans, en prit soin et la fit élever loin du monde.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Anna fut témoin de la joie du prince Paul quand, semblable à la Vénus antique sortant des ondes, Virginie quitta son linceul doré. Comme l&#8217;Ève de Milton, qui est une Ève anglaise, elle sourit à la lumière, elle s&#8217;interrogea pour savoir si elle était elle-même, et fut dans l&#8217;enchantement de se voir si <em>comfortable</em>. Elle regarda Paul et dit : « <em>Oh !</em> &#8230; » ce superlatif de l&#8217;étonnement anglais.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Le prince s&#8217;offrit avec une soumission d&#8217;esclave à lui montrer le chemin dans la vie, à travers les monts et les vallées de son empire.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">«  Ô toi que j&#8217;ai pendant si longtemps attendue, reine de mon cœur, bénis par tes regards et les sujets et le prince ; viens enchanter ces lieux par ta présence. »<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Paroles qui sont si profondément vraies, qu&#8217;elles ont été mises en musique dans tous les opéras!<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Virginie se laissa conduire en devinant qu&#8217;elle était l&#8217;objet d&#8217;une adoration infinie, et marcha d&#8217;enchantements en enchantements, écoutant la voix sublime de la nature, admirant les hautes collines vêtues de fleurs embaumées et d&#8217;une verdure éternelle, mais encore plus sensible aux soins touchants de son compagnon. Arrivée au bord d&#8217;un lac joli comme celui de Thoune, Paul alla chercher une petite barque faite en écorce et d&#8217;une beauté miraculeuse. Ce charmant esquif, semblable à la coque d&#8217;une viole d&#8217;amour, était rayé de nacre incrustée dans la pellicule brune de ce tégument délicat. Jarpéado fit asseoir sa chère bien-aimée sur un coussin de pourpre, et traversa le lac dont l&#8217;eau ressemblait à un diamant avant d&#8217;être rendu solide.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">« Oh! qu&#8217;ils sont heureux! dit Anna. Que ne puis-je comme euxvoyager en Suisse et voir les lacs!&#8230; »<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">L&#8217;opposition du Nopalistan a prétendu, dans <em>le Charivari</em>  de la capitale, que ce prétendu lac avait été formé par une gouttelette tombée d&#8217;une vitre située à onze cents milles de hauteur; distance équivalant à trente-six mètres de France. Mais on sait le cas que les amis du gouvernement doivent faire des plaisanteries de l&#8217;opposition.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family:Book Antiqua">Paul offrait à Virginie les fruits les plus mûrs et les meilleurs, il les choisissait, et se contentait des restes, heureux de boire à la même tasse. Virginie était d&#8217;une blancheur remarquable et vêtue d&#8217;une étoffe lamée de la plus grande richesse; elle ressemblait à cette fameuse Esméralda tant célébrée par Victor Hugo. Mais Esméralda était une femme, et Virginie était un ange: Elle n&#8217;aurait pas, pour la valeur d&#8217;un monde, aimé l&#8217;un des maréchaux de la cour, et encore moins un colonel. Elle ne voyait que Jarpéado, elle ne pouvait rester sans le voir, et comme il ne savait pas refuser sa chère Zashazli, le pauvre Paul fut bientôt sur les dents, car, hélas! dans toutes les sphères, l&#8217;amour n&#8217;est illimité que moralement. Quand, épuisé de fatigue, Paul s&#8217;endormit, Virginie s&#8217;assit près de lui, le regarda dormant, en chassant les Vorticelles aériennes qui pouvaient troubler son sommeil. N&#8217;est-ce pas une des plus douces scènes de la vie privée? On laisse alors l&#8217;âme s&#8217;abandonner à toute la portée de son vol, sans la retenir dans les conventions de la coquetterie. On aime alors ostensiblement autant qu&#8217;on aime secrètement. Quand Jarpéado s&#8217;éveilla, ses yeux s&#8217;ouvrirent sous la lumière de ceux de Virginie, et il la surprit exprimant sa tendresse sans aucun des voiles dont s&#8217;enveloppent les femmes à l&#8217;aide des mots, des gestes ou des regards. Ce fut une ivresse si contagieuse, que Paul saisit Virginie, et ils se livrèrent à une sarabande d&#8217;un mouvement qui rappelait assez la gigue des Anglais. Ce qui prouve que dans toutes les sphères, par les moments de joie excessive où l&#8217;être oublie ses conditions d&#8217;existence, on éprouve le besoin de sauter, de danser! (Voir <em>les Considérations sur la pyrrhique des anciens</em>, par M. Cinqprunes de Vergettes, membre de l&#8217;Institut.) En Nopalistan comme en France, les bourgeois imitent la cour. Aussi dansait-on jusque dans les plus petites bourgades.<img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/010109-1828-balzacamour4.jpg" alt="" /><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Paul s&#8217;arrêta frappé de terreur.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">« Qu&#8217;as-tu, cher amour ? dit Virginie.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">- Où allons –nous ? dit le prince. Si tu m&#8217;aimes et si je t&#8217;aime, nous aurons de belles noces ; mais après ? &#8230; Après, sais-tu, cher ange, quel sera ton destin?<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">- Je le sais, répondit-elle. Au lieu de périr sur un vaisseau, comme la Virginie de la librairie ; ou dans mon lit, comme Clarisse, ou dans un désert, comme Manon Lescaut ou comme Atala, je mourrai<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">de mon prodigieux enfantement, comme sont mortes toutes les mères de mon espèce: destinée peu romanesque. Mais t&#8217;aimer pendant toute une saison, n&#8217;est-ce pas le plus beau destin du monde ? Puis mourir jeune avec toutes ses illusions, avoir vu cette belle nature dans son printemps, laisser une nombreuse et superbe famille, enfin obéir à Dieu! Quelle plus splendide destinée y a-t-il sur la terre? Aimons, et laissons aux Génies à prendre soin de l&#8217;avenir. »<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Cette morale un peu décolletée fit son effet. Paul mena sa fiancée au palais où resplendissaient les Iumières, où tous les diamants de sa couronne étaient sortis du garde-meuble, et où tous les esclaves de son empire, les Bayadères échappées au fléau du Volvoce, dansaient et chantaient. C&#8217;était cent fois plus magnifique que les fêtes de la grande allée des Champs-Élysées aux journées de Juillet. Un grand mouvement se préparait. Les Neutres, espèce de sœurs grises chargées de veiller sur les enfants à provenir du mariage impérial, s&#8217;apprêtaient à leurs travaux. Des courriers partirent pour toutes les provinces y annoncer le futur mariage du prince avec Zashazli la Ranagridienne et demander les énormes provisions nécessaires à la subsistance des principicules. Jarpéado reçut les félicitations de tous les corps d&#8217;État et fit un millier de fois la même phrase en les remerciant. Aucune des cérémonies, religieuses ne fut omise, et le Prince Paul y mit des façons pleines de lenteur, par lesquelles il prouva son amour, car il ne pouvait ignorer qu&#8217;il perdrait sa chère Virginie, et son amour pour elle était plus grand que son amour pour sa postérité.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">« Ah! disait-il à sa charmante épouse, j&#8217;y vois clair maintenant. J&#8217;aurais dû fonder mon empire avec Finna, et faire de toi ma maîtresse idéale. Ô Virginie! n&#8217;es-tu pas l&#8217;idéal, cette fleur céleste dont la vue </span><span style="font-family:Book Antiqua">nous suffit ? Tu me serais alors restée, et Finna seule aurait péri. »<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">Ainsi, dans son désespoir, Paul inventait la bigamie, il arrivait aux doctrines des anciens de l&#8217;Orient en souhaitant une femme chargée de faire la famille, et une femme destinée à être la poésie de sa vie, admirable conception des temps primitifs qui, de nos jours, passe pour être une combinaison immorale. Mais la reine Jarpéada rendit ces souhaits inutiles. Elle recommença plus oluptueusement encore la scène de Finna, sur le même terrain, c&#8217;est-à-dire sous les ombrages odoriférants du parc, par une nuit étoilée où les parfums dansaient leurs boléros, où tout inspirait l&#8217;amour. Paul, dont la résistance avait été héroïque aux prestiges de Finna, ne put se dispenser d&#8217;emporter alors la reine Jarpéada dans un furieux transport d&#8217;amour.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family:Book Antiqua">« Pauvres petites bêtes du bon Dieu! se dit Anna, elles sont bienheureuses, quelles poésies !&#8230; L&#8217;amour est la loi des mondes inférieurs, aussi bien que des mondes supérieurs; tandis que chez l&#8217;Homme, qui est entre les Animaux et les Anges, la raison gâte tout! »<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: right"><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k203884z">Balzac, « Les Amours de deux bêtes », <em>Vie privée et publique des animaux</em>, Hetzel, 1842</a></p>
<p> </p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2009/01/010109-1828-balzacamour5.gif" border="0" alt="" /></a><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></a><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family:Tahoma">Dossier Balzac</span></a><span style="font-family:Tahoma"><br />
</span></p>
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		<title>Grandville, illustrateur (presque) surréaliste</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Nov 2008 19:37:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts]]></category>
		<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[arts plastiques]]></category>
		<category><![CDATA[Balzac]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;œuvre de Balzac se nourrit de son temps et d&#8217;images ; tableaux de peintres célèbres, sans doute, mais aussi caricatures et illustrations sont de constantes références sous sa plume, et l&#8217;on sait que l&#8217;édition Furne de la Comédie humaine accorde une large place à de tels dessins. Grandville n&#8217;est pas l&#8217;un des illustrateurs du Furne ; il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei1.jpg" alt="" width="83" height="264" align="left" /><span style="font-family: Tahoma;">L&#8217;œuvre de Balzac se nourrit de son temps et d&#8217;images ; tableaux de peintres célèbres, sans doute, mais aussi caricatures et illustrations sont de constantes références sous sa plume, et l&#8217;on sait que l&#8217;édition Furne de la <em>Comédie humaine</em> accorde une large place à de tels dessins. <strong><span style="color: #ff6600;">Grandville</span></strong> n&#8217;est pas l&#8217;un des illustrateurs du Furne ; il a en revanche travaillé avec Balzac une première fois en 1840 pour <em>La Monographie du rentier</em>, paru dans <em>Les Français peints par eux-mêmes</em> et surtout pour<em> <span style="color: #ff6600;">Scènes de la vie publique et privée des animaux.</span></em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Balzac y contribua en effet largement. Il est étonnant d&#8217;ailleurs que cette association n&#8217;ait pas mené plus loin, quand on contaste la similitude de leur projet : classer les différents types sociaux à la manière dont Buffon a pu classer les animaux. Notons aussi la métaphore du théâtre, chaque se grimant et jouant un rôle, commune aux deux artistes. Et de fait, le titre de <em>Scènes de la vie privée et publique des animaux</em> est un évident clin d&#8217;œil à Balzac, tandis que c&#8217;est l&#8217;illustrateur qui est cependant censé être le maître de cet ouvrage.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: Tahoma; color: #92d050;"><strong><a href="http://www.plebe-web.com/photos/grandville" target="_blank">&gt;&gt;&gt;&gt; Accédez à la galerie&lt;&lt;&lt;&lt;</a><br />
</strong></span></p>
<p style="text-align: center; margin-left: 72pt"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei2.jpg" alt="" /><span style="font-size: 14pt; font-family: Verdana; color: #e36c0a;"><strong><br />
</strong></span><span style="font-size: 10pt; font-family: Arial; color: #ffc000;">Balzac porté par ses admiratrices, détail<em><br />
</em>de<em> la Grande course au clocher académique</em></span><span style="font-size: 14pt; font-family: Verdana; color: #e36c0a;"><strong><br />
</strong></span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei3.gif" alt="" align="right" /><span style="font-size: 14pt; font-family: Verdana; color: #e36c0a;"><strong>I/ Parcours</strong></span><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Jean-Ignace-Isidore Gérard, dit J.J. Grandville, naît à Nancy le <strong>3 septembre 1803</strong> et c&#8217;est dans l&#8217;atelier de son père qu&#8217;il se forme avant de s&#8217;installer à Paris en 1925, où ses talents seront vite reconnus. Il meurt en <strong>1847</strong>, l&#8217;année de la mort de son fils, dans un asile d&#8217;aliénés.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;"><br />
Il s&#8217;inscrit certes dans son époque, romantique, par certains de ses thèmes, comme la mort, le rêve, le surnaturel et leurs monstres. Mais il va puiser aussi à des sources plus anciennes, même dans ce cadre : <span style="color: #ff6600;">Brueghel</span>, <span style="color: #ff6600;">Bosch</span>, ou <span style="color: #ff6600;">Léonard de Vinci</span>. Il illustre d&#8217;ailleurs bien des <strong>auteurs classiques</strong> : <span style="color: #ff6600;"><em>Les Fables</em> de la Fontaine</span>, en 1838, qui lui font connaître un grand succès, mais aussi des <em>Œuvres</em> de <span style="color: #ff6600;">Boileau</span> en 1840, <span style="color: #ff6600;">La Bruyère</span>, <span style="color: #ff6600;"><em>Le Bourgeois gentihomme</em> de Molière</span> (dont il rêvait d&#8217;illustrer toute l&#8217;œuvre), et encore <span style="color: #ff6600;"><em>Don Quichotte</em> </span>de Cervantès ou <span style="color: #ff6600;"><em>Les Voyages de Gulliver</em> </span>de Swift. Cette liste indique d&#8217;ailleurs une <strong>ambition moraliste</strong> que ne renierait pas Balzac.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei4.jpg" alt="" /><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span><em><span style="font-size: 10pt; font-family: Arial; color: #ffc000;">Le Bourgeois gentilhomme</span><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Cette abondance s&#8217;explique en partie par la déferlante de l&#8217;image. Entre 1835 et 1845, l&#8217;illustration devient langage à part entière. Et Grandville n&#8217;est pas le dernier à vouloir lui obtenir ses lettres de noblesse. Il présente en effet ses œuvres au Salon, mais renonce à devenir artiste officiel devant le mauvais accueil qui leur est fait.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Il ne se contente néanmoins pas pour autant du statut mineur accordé à l&#8217;illustrateur face à l&#8217;écrivain dont il ne ferait qu&#8217;agrémenter le texte. <span style="color: #ff6600;"><em>Scènes de la vie des animaux</em> </span>est un premier pas dans cette démarche : l&#8217;éditeur, Hetzel, souligne que son projet est de laisser libre cours au génie de Grandville, et que les textes devront illustrer ses dessins, non l&#8217;inverse. Il n&#8217;empêche que cette entreprise se garantit d&#8217;écrivains célèbres, et que le texte domine..<br />
S&#8217;il arrive à gagner une certaine légitimité par le discours littéraire qui apprécient ses animaux, les avis sur lui restent souvent plus critiques. Seuls Dumas et Balzac l&#8217;admirent sans conteste.<br />
Son exigence de la <strong>primauté du dessin sur le texte</strong> se poursuit en tout cas avec <em><span style="color: #ff6600;">Un autre monde</span></em>, qu&#8217;il signe en 1843, et sur lequel nous allons revenir. C&#8217;est d&#8217;après ses notes que le texte est rédigé par Taxile Delord, et il vérifie avec un soin jaloux que ses indications sont bien suivies. Mais l&#8217;ouvrage est très mal accueilli, car jugé trop saugrenu.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Réserve un peu regrettable. Outre qu&#8217;il a pu être revendiqué par le surréalisme comme un précurseur, Grandville a aussi inspiré des talents aussi divers que <span style="color: #ff6600;">Daumier, Méliès, ou Disney</span>. Son œuvre est de fait ambitieuse, et la caricature n&#8217;est que le moyen d&#8217;un dessein plus vaste : <strong>modifier notre perception</strong>, en variant le point de vue. Mille moyens y contribuent : zoomorphisme, jeux d&#8217;échelle proche de l&#8217;anamorphose, perspectives extravagantes, création de monstres, ou encore une certaine façon de prendre un dessin au mot.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei5.jpg" alt="" /><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei6.jpg" alt="" /><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: 14pt; font-family: Verdana; color: #e36c0a;"><strong>II/ L&#8217;illustrateur zoomorphe<br />
</strong></span>
</p>
<p style="text-align: justify;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei7.jpg" alt="" align="left" /><span style="font-family: Tahoma;">C&#8217;est par ses animaux que Grandville se fait d&#8217;abord connaître, avec <em>les Fables</em> de la Fontaine et <em>Les Scènes de la vie des animaux</em> déjà évoquées, mais aussi, et surtout, avec <em>les <span style="color: #ff6600;">Métamorphoses du jour</span></em><span style="color: #ff6600;"> </span>(1829), dont il est l&#8217;exclusif auteur. Entre l&#8217;homme et l&#8217;animal, les frontières sont brouillées à dessein : est-ce l&#8217;animal qui ressemble à l&#8217;homme, ou l&#8217;inverse ? C&#8217;est en tout cas, cette hésitation qui donne notamment aux <em>Métamorphoses du jour</em> sa portée critique, et en fait une <strong>satire</strong> qui exhibe les travers de la société de son temps, menus ou pas.</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei8.jpg" alt="" align="right" />On salue ainsi également son<em> « art de dégager la bête qui est en nous »</em> ou, à l&#8217; inverse, de <em>« deviner l&#8217;humanité de l&#8217;animal ».</em> Toujours est-il que, pour lui, <em><strong>« tous les hommes sont des bêtes plus ou moins travesties ».</strong></em><br />
La satire se fait d&#8217;ailleurs plus spécifiquement politique, parfois, et c&#8217;est ainsi que certaines illustrations de <em>Scènes de la vie des animaux</em> ont bien été perçues comme des charges contre les personnalités de l&#8217;époque (Thiers et Lamartine, pour citer les plus connus), au point d&#8217;ailleurs que l&#8217;une d&#8217;elle, se rapportant à Napoléon, fut censurée.</p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei9.jpg" alt="" /><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span><span style="font-size: 10pt; font-family: Arial; color: #ffc000;">Orgueil et bassesse, in<em> Les Métamorphoses du jour</em></span><span style="font-family: Tahoma;"><em><br />
</em></span></p>
<p><span style="font-family: Tahoma;"><em><span style="color: #006600;">Pour aller plus loin : consultez</span><br />
<a href="http://www.caricaturesetcaricature.com/article-12805654.html">Le Buffon de l&#8217;humanité La zoologie politique de J.-J. Grandville (1803-1847)</a></em>, <em><span style="color: #006600;">article par Philippe Kaenel</span><br />
</em></span></p>
<p><a href="http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2200171r.item.r=lune.f1.langFR"><span style="font-family: Tahoma;"><em>Les Fables</em> de la Fontaine illustrées par Grandville</span></a><span style="font-family: Tahoma;"><br />
<span style="color: #006600;">sont disponibles sur Gallica.</span><br />
</span>
</p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: 14pt; font-family: Verdana; color: #e36c0a;"><strong>III/ L&#8217;illustrateur surréaliste : <em>Un autre monde<br />
</em></strong></span>
</p>
<p style="text-align: justify;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei10.jpg" alt="" align="left" /><span style="font-family: Tahoma;"><em>Un autre monde</em> présente une facette (ou <em>des</em> facettes, plus exactement, une multitude) bien plus singulière. Il ne s&#8217;agit plus seulement d&#8217;animaux étrangement humanisés, ou de défauts habilement croqués à travers eux, dessins efficaces ou charmants, mais qui finissent par lasser et n&#8217;évitent pas toujours un certain académisme. <em>Un autre monde</em> porte bien son titre, et son sous-titre est un alléchant programme qui se révélera merveilleusement rempli :<strong> &laquo;&nbsp;transformations, visions, ascensions, locomotions, explorations, pérégrinations, excursions, stations, cosmogonies, fantasmagories, rêveries, lubies, facéties, fôlatries, métamorphoses, zoomorphoses, lithomorphoses, métempsychose, apothéose et autres choses&nbsp;&raquo;.</strong></span></p>
<div style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;"></p>
<div style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;"><span style="font-family: Tahoma;"> </span></span></div>
<p></span></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Cet autre monde est découvert par un crayon qui part en vadrouille (après une dispute avec laplume d&#8217;un écrivain, bien sûr !). C&#8217;est une œuvre troublante, où Grandville excelle en effet à perturber son spectateur : les objets y sont doués d&#8217;une vie autonome, les époques entrent en collision à la faveur d&#8217;anachronismes ridicules, les contrées séparées tant par l&#8217;espace que par les mœurs se téléscopent pareillement, des monstrueux assemblages de bouts d&#8217;animaux contemplent le lecteur. Les repères de la logique sont bel et bien abolis, et l&#8217;on oscille entre charme et terreur, dans ce voyage plein d&#8217;une véritable poésie, qui évoque à la fois <span style="color: #ff6600;">Eluard </span>dans ce qu&#8217;il a de plus lumineux, et les ténèbres de <span style="color: #ff6600;">Lautréamont</span>. Ce qui justifie sans doute l&#8217;avis de <span style="color: #ff6600;">Baudelaire</span>, qui n&#8217;aimait guère l&#8217;illustrateur, et en disait <em><strong>« Il y a des gens superficiels que Grandville divertit ; quant à moi, il m&#8217;effraie. »</strong></em> Hommage tout négatif, sans doute, mais n&#8217;est-ce pas déjà une preuve de talent que de susciter l&#8217;effroi ?</span></p>
<p><a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k101975j"><span style="font-family: Tahoma;"><em>L&#8217;autre monde</em></span></a> <span style="font-family: Tahoma;"><span style="color: #006600;">est disponible sur Gallica.</span></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-family: Tahoma; color: #006600;"><a href="http://www.plebe-web.com/photos/grandville" target="_blank"><strong>&gt;&gt;&gt;&gt; Accédez à la galerie&lt;&lt;&lt;&lt;</strong></a></span></p>
<div><span style="font-family: Tahoma;"><span style="color: #006600;"><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #000000;">Bibliographie de Grandville : </span></span><span style="color: #006600;"> </span></p>
<p></span><span style="font-family: Tahoma;"> </span></p>
<p></span><span style="font-family: Tahoma;"><em><span style="font-size: x-small;">Les Métamorphoses du jour, Paris, Aubert, 1829<br />
<em>Le Dimanche d’un bon bourgeois ou Les Tribulations de la petite propriété, </em>Paris, Langlumé, 1827<br />
<em>Fables de la Fontaine, </em>1e édition, 1838, Garnier Frères, Paris, 1864<br />
<em>Les Français peints par eux-mêmes </em>1840<br />
<em>Scènes de la vie privée et publique des animaux </em>Paris, Hetzel et Paulin, 1842<br />
<em>Petites misères de la vie humaine, </em>Paris, Fournier, 1843<br />
<em>Autre monde. Transformations, visions, incarnations, ascensions, locomotions, explorations, pérégrinations, excursions, stations, cosmogonies, fantasmagories, rêveries, folâtreries, facéties, lubies, métamorphoses, zoomorphoses, lithomorphoses, métempsycoses, apothéoses et autres choses, </em>Paris H. Fournier, 1844<br />
<em>Cent proverbes, </em>Paris, H. Fournier, 1845<br />
<em>Le Diable à Paris : Paris et les Parisiens. Mœurs et coutumes, caractères et portraits des habitants de Paris, tableau complet de leur vie privée, publique, politique et artistique… </em>Précédée d’une histoire de Paris par Théophile Lavallée, Paris, J. Hetzel, 1845-1846<br />
<em>Jérôme Paturot à la recherche d’une position sociale </em>de Louis Reybaud, Édition illustrée par J.-J. Grandville. Paris, Dubochet, 1846<br />
<em>Les Étoiles. Dernière féerie </em>par J.-J. Grandville, Texte par Méry. <em>Astronomie des dames par le Comte Foelix. </em>Paris, G. de Gonet, 1849<br />
<em>Catalogue Illustré de la Collection Dessins et Croquis Originaux</em>, Paris, Plon Frères, 1853<br />
<em>Aventures de Robinson Crusoé</em>, Traduction nouvelle. Édition illustrée par J.-J. Grandville. Paris, Garnier frères, 1870<br />
</span></em></span><span style="font-family: Tahoma;"><span style="font-size: x-small;"><em>Les Fleurs animées, </em>illustrées par Grandville, Texte par Alphonse Karr, Taxile Delord et le Comte Fœlix.<br />
<em>Fables de Florian, de Tobie et de Ruth, </em>Nouvelle édition. Paris, ~1870 Garnier Frères <span style="font-size: x-small;"> </span></p>
<p></span><span style="font-family: Tahoma;"> </span></p>
<p></span></div>
<div><span style="font-family: Tahoma; color: #92d050;"><span style="font-family: Tahoma; color: #92d050;"> </span></span></div>
<p><span style="font-family: Tahoma; color: #92d050;"><span style="font-family: Tahoma; color: #92d050;"> </span></span></p>
<p style="text-align: center">
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112408-2349-grandvillei12.jpg" alt="" /><span style="font-family: Tahoma; color: #006600;"><br />
</span>
</p>
<p style="text-align: right">
<div style="text-align: right"><span style="font-size: 10pt; font-family: Arial;"><em>Sources : <a href="http://gallica2.bnf.fr/?lang=fr">Gallica</a>, <a href="http://www.amazon.fr/J-J-Grandville-Annie-Renonciat/dp/2867700094/ref=sr_11_1?ie=UTF8&amp;qid=1226931892&amp;sr=11-1">Fines arts Museum of San Francisco</a>, l&#8217;ouvrage <a href="http://www.amazon.fr/J-J-Grandville-Annie-Renonciat/dp/2867700094/ref=sr_11_1?ie=UTF8&amp;qid=1226931892&amp;sr=11-1">d&#8217;Annie Renonciat, </a></em>Grandville</span></div>
<p style="text-align: right"><em><br />
</em></p>
<img src="http://www.plebe-web.com/?ak_action=api_record_view&id=1504&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Balzac : financiers et crises de foi _ Théorie, magouille et luttes intestines</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Nov 2008 18:28:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Balzac]]></category>
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		<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<description><![CDATA[
Retour à La Maison Nucingen, l&#8217;un des romans les plus « économiques » de Balzac, écrit en même temps que César Birotteau, et refusé par Girardin, qui avait publié La Vieille fille dans son journal (c&#8217;est finalement en volume, chez Werdet, qu&#8217;il paraîtra d&#8217;abord). Peut-être l&#8217;homme de presse n&#8217;appréciait-il guère la critique de la spéculation qui s&#8217;y [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: Tahoma;"><img style="float: left; margin: 5px;" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112208-1828-balzacfinan1.jpg" alt="" width="242" height="330" align="left" /></span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Retour à <span style="color: #ff6600;"><em>La Maison Nucingen</em></span>, l&#8217;un des romans les plus « économiques » de Balzac, écrit en même temps que <em>César Birotteau</em>, et refusé par <a href="http://www.terresdecrivains.com/Emile-de-GIRARDIN">Girardin</a>, qui avait publié <em>La Vieille fille</em> dans son journal (c&#8217;est finalement en volume, chez Werdet, qu&#8217;il paraîtra d&#8217;abord). Peut-être l&#8217;homme de presse n&#8217;appréciait-il guère la critique de la spéculation qui s&#8217;y déployait. Ou, plus simplement, doutait-il de son succès.<br />
En effet, c&#8217;est un roman sans actions autres que bancaires, et il est assez dur de suivre les traits d&#8217;esprit des convives de Balzac sans connaître aussi bien qu&#8217;eux le contexte et les théories économiques de l&#8217;époque. Au détour de ces considérations, c&#8217;est le gouvernement qu&#8217;on critique aussi : impôts et étatisme<br />
Pourtant, c&#8217;est la nature humaine qui demeure au cœur de ces spirituels propos de table. Le baron Nucingen est un « génie de la finance » : les morales les mieux assises, les théories les plus justes, n&#8217;annulent en rien la séduction qu&#8217;exerce le mythe du Grand Homme. Les passions des petites gens, l&#8217;appât du gain généralisé, sont eux aussi fort peu abstraits.<br />
<em>Nihil novi sub sole</em> : c&#8217;est la triste vertu de ce roman que de nous le rappeler. L&#8217;arnaque n&#8217;est pas le fait d&#8217;un système, mais des hommes. Tout au plus le système leur donne-t-il des moyens plus ou moins considérables. Bref, Balzac ne peut nous faire porter qu&#8217;un regard extrêmement sceptique sur notre actualité et ses déclarations enflammées. Mais cela n&#8217;entrave nullement la gaieté du repas ni ses taits d&#8217;esprit, fussent-ils cyniques.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: 14pt; color: #e36c0a; font-family: Verdana;"><strong>I/ &laquo;&nbsp;L&#8217;argent des sots est de droit divin le patrimoine des gens d&#8217;esprit&nbsp;&raquo;<br />
</strong></span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Dans cet extrait, un cynisme tout fait de bon sens vient souligner l&#8217;inévitable séduction qu&#8217;exerce la possibilité de s&#8217;enrichir aisément, et le génie de qui sait en tirer aussi habilement profit que le baron de Nucingen.<br />
( Les convives qui tiennent ces propos sont : Couture, spéculateur ; Bixiou, fonctionnaire, caricaturiste et « misanthrope », selon le narrateur ; Blondet : journaliste, « brillant et paresseux », séduisant et capricieux ; Finot : journaliste qui a réussi à force de flatterie, le « seul des quatre est parvenu, mais seulement au pied de l&#8217;échelle »)<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="color: #008000; font-family: Wingdings;"><strong>ÑÐ</strong></span><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span>– L&#8217;Industrie y gagne, dit Couture sans prendre garde à l&#8217;interruption. Tout Gouvernement qui se mêle du Commerce et ne le laisse pas libre, entreprend une coûteuse sottise : il arrive ou au <em>Maximum</em></span><span> ou au Monopole. Selon moi, rien n&#8217;est plus conforme aux principes sur la liberté du commerce que les Sociétés par actions ! Y toucher, c&#8217;est vouloir répondre du capital et des bénéfices ce qui est stupide. En toute affaire, les bénéfices sont en proportion avec les risques ! Qu&#8217;importe à l&#8217;Etat la manière dont s&#8217;obtient le mouvement rotatoire de l&#8217;argent, pourvu qu&#8217;il soit dans une activité perpétuelle ! Qu&#8217;importe qui est riche, qui est pauvre, s&#8217;il y a toujours la même quantité de riches imposables ? D&#8217;ailleurs, voilà vingt ans que les Sociétés par actions, les commandites</span></span><span><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span style="font-size:10pt">,</span> primes sous toutes les formes, sont en usage dans le pays le plus commercial du monde, en Angleterre, où tout se conteste, où les Chambres pondent mille ou douze cents lois par session, et où jamais un membre du <img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112208-1828-balzacfinan2.jpg" alt="" width="347" height="529" align="right" />Parlement ne s&#8217;est levé pour parler contre la méthode&#8230;<br />
</span></span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span>– Curative des coffres pleins, et par les végétaux ! dit Bixiou, <em>les carottes</em> ! </span></span><span><br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span>– Voyons ? dit Couture enflammé. Vous avez dix mille francs, vous prenez dix actions de chacune mille dans dix entreprises différentes. Vous êtes volé neuf fois&#8230; (Cela n&#8217;est pas ! le public est plus fort que qui que ce soit ! mais je le suppose) une seule affaire réussit ! (par hasard !– D&#8217;accord ! – On ne l&#8217;a pas fait exprès ! – Allez ! blaguez ?) Eh ! bien, le <em>ponte</em> </span></span><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span>assez sage pour diviser ainsi ses masses, rencontre un superbe placement, comme l&#8217;ont trouvé ceux qui ont pris les actions des mines de Wortschin .</span><span> Messieurs, avouons entre nous que les gens qui crient sont des hypocrites au désespoir de n&#8217;avoir ni l&#8217;idée d&#8217;une affaire, ni la puissance de la proclamer, ni l&#8217;adresse de l&#8217;exploiter. La preuve ne se fera pas attendre. Avant peu vous verrez l&#8217;Aristocratie, les gens de cour, les Ministériels descendant en colonnes serrées dans la Spéculation, et avançant des mains plus crochues et trouvant des idées plus tortueuses que les nôtres, sans avoir notre supériorité. Quelle tête il faut pour fonder une affaire à une époque où l&#8217;avidité de l&#8217;actionnaire est égale à celle de l&#8217;inventeur ? Quel grand magnétiseur doit être l&#8217;homme qui crée un Claparon,</span></span><span><span style="font-family: book antiqua,palatino;"> qui trouve des expédients nouveaux ! Savez-vous la morale de ceci ? Notre temps vaut mieux que nous ! nous vivons à une époque d&#8217;avidité où l&#8217;on ne s&#8217;inquiète pas de la valeur de la chose, si l&#8217;on peut y gagner en la repassant au voisin : on la repasse au voisin parce que l&#8217;avidité de l&#8217;Actionnaire qui croit à un gain, est égale à celle du Fondateur qui le lui propose !<br />
</span></span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">– Est-il beau, Couture, est-il beau ! dit Bixiou à Blondet, il va demander qu&#8217;on lui élève des statues comme à un bienfaiteur de l&#8217;Humanité.<br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">– Il faudrait l&#8217;amener à conclure que l&#8217;argent des sots est de droit divin le patrimoine des gens d&#8217;esprit, dit Blondet.<br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">– Messieurs, reprit Couture, rions ici pour tout le sérieux que nous garderons ailleurs quand nous entendrons parler des respectables bêtises que consacrent les lois faites à l&#8217;improviste.</span><br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify">
<p style="text-align: center"><span style="font-size: 14pt; color: #e36c0a; font-family: Verdana;"><strong>II/ Leçons de l&#8217;Histoire<br />
</strong></span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Plusieurs épisodes historiques viennent ici illustrer la critique de l&#8217;économie. Tout d&#8217;abord, <a href="http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=18311122">la révolte des Canuts</a>, ouvriers de la soie, à Lyon, à partir du 21 novembre 1831, qui protestaient contre la baisse de leurs salaires sous le mot d&#8217;ordre « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». La garnison est envoyée. Elle n&#8217;aboutit pas, les engagements ne sont pas tenus, et, selon Balzac, cette déception transforme l&#8217;ouvrier honnête en fait un voleur, qui gâche ce qu&#8217;il produit. C&#8217;est ensuite le personnage de Richard Lenoir sur lequel on s&#8217;attarde. Balzac, rappelons-le, admiraient les scientifiques et les inventeurs autant que les artistes, et Richard Lenoir, également spéculateur, est une référence fréquente sous sa plume. Il avait découvert le secret de fabrication du coton anglais, et en espérait de substantiels bénéfices. Il fut ruiné suite à la suppression des droits d&#8217;imporation exigée par l&#8217;Angleterre en 1814.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="color: #008000; font-family: Wingdings;"><strong>ÑÐ</strong></span><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">– Il a raison. Quel temps, messieurs, dit Blondet, qu&#8217;un temps où dès que le feu de l&#8217;intelligence apparaît, on l&#8217;éteint vite par l&#8217;application d&#8217;une loi de circonstance. Les législateurs, partis presque tous d&#8217;un petit arrondissement où ils ont étudié la société dans les journaux, renferment alors le feu dans la machine. Quand la machine saute, arrivent les pleurs et les grincements de dents ! Un temps où il ne se fait que des lois fiscales et pénales ! Le grand mot de ce qui se passe, le voulez-vous ? <em>Il n&#8217;y a plus de religion dans d&#8217;Etat !</em><br />
</span>
</p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span>– Ah ! dit Bixiou, bravo, Blondet ! tu as mis le doigt sur la plaie de la France, la Fiscalité qui a plus ôté de conquêtes à notre pays que les vexations de la guerre. Dans le Ministère où j&#8217;ai fait six ans de galères, accouplé avec des bourgeois, il y avait un employé, homme de talent, qui avait résolu de changer tout le système des finances. Ah ! bien, nous l&#8217;avons joliment dégommé. La France eût été trop heureuse, elle se serait amusée à reconquérir l&#8217;Europe, et nous avons agi pour le repos des nations : je l&#8217;ai tué par une caricature !</span></span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">– Quand je dis le mot <em>religion</em>, je n&#8217;entends pas dire une capucinade, j&#8217;entends le mot en grand politique, reprit Blondet.<br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">– Explique-toi, dit Finot.<br />
</span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112208-1828-balzacfinan3.gif" alt="" align="right" /><span>– Voici, reprit Blondet. On a beaucoup parlé des affaires de Lyon, de la République canonnée dans les rues, personne n&#8217;a dit la vérité. La République s&#8217;était emparée de l&#8217;émeute comme un insurgé s&#8217;empare d&#8217;un fusil. La vérité, je vous la donne pour drôle et profonde. Le commerce de Lyon est un commerce sans âme, qui ne fait pas fabriquer une aune de soie sans qu&#8217;elle soit commandée et que le paiement soit sûr. Quand la commande s&#8217;arrête, l&#8217;ouvrier meurt de faim, il gagne à peine de quoi vivre en travaillant, les forçats sont plus heureux que lui. Après la révolution de juillet, la misère est arrivée à ce point que les CANUTS ont arboré le drapeau : <em>Du pain ou la mort !</em> une de ces proclamations que le gouvernement aurait dû étudier, elle était produite par la cherté de la vie à Lyon. Lyon veut bâtir des théâtres et devenir une capitale, de là des Octrois insensés. Les républicains ont flairé cette révolte à propos du pain, et ils ont organisé les <em>Canuts</em> qui se sont battus en partie double. Lyon a eu ses trois jours, mais tout est rentré dans l&#8217;ordre, et le Canut dans son taudis. Le Canut, probe jusque-là, rendant en étoffe la soie qu&#8217;on lui pesait en bottes, a mis la probité à la porte en songeant que les négociants le victimaient, et a mis de l&#8217;huile à ses doigts : il a rendu poids pour poids, mais il a vendu la soie représentée par l&#8217;huile</span><span>, et le commerce des soieries françaises a été infesté <em>d&#8217;étoffes graissées</em>, ce qui aurait pu entraîner la perte de Lyon et celle d&#8217;une branche de commerce français. Les fabricants et le gouvernement, au lieu de supprimer la cause du mal, ont fait, comme certains médecins, rentrer le mal par un violent topique</span><span>. Il fallait envoyer à Lyon un homme habile, un de ces gens qu&#8217;on appelle immoraux, un abbé Terray</span><span>, mais l&#8217;on a vu le côté militaire ! Les troubles ont donc produit les gros de Naples</span><span> à quarante sous l&#8217;aune. Ces gros de Naples sont aujourd&#8217;hui vendus, on peut le dire, et les fabricants ont sans doute inventé je ne sais quel moyen de contrôle. Ce système de fabrication sans prévoyance devait arriver dans un pays où RICHARD LENOIR, un des plus grands citoyens que la France ait eus, s&#8217;est ruiné pour avoir fait travailler six mille ouvriers sans commande, les avoir nourris, et avoir rencontré des ministres assez stupides pour le laisser succomber à la révolution que 1814 a faite dans le prix des tissus. Voilà le seul cas où le négociant mérite une statue. Eh ! bien, cet homme est aujourd&#8217;hui l&#8217;objet d&#8217;une souscription</span><span> sans souscripteurs, tandis que l&#8217;on a donné un million aux enfants du général Foy .</span></span><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"> Lyon est conséquent : il connaît la France, elle est sans aucun sentiment religieux. L&#8217;histoire de Richard Lenoir est une de ces fautes que Fouché trouvait pire qu&#8217;un crime.</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112208-1828-balzacfinan4.jpg" alt="" /><span style="font-family: Book Antiqua;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: 14pt; color: #e36c0a; font-family: Verdana;"><strong>III/ Du charlatanisme : conclusions à en tirer<br />
</strong></span></p>
<p style="TEXT-ALIGN: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Nature humaine : chacun est charlatan. Balzac nous offre une nouvelle anecdote, et le coup de génie d&#8217;un ouvrier, « Nucingen des casquettes ». Chacun veut s&#8217;enrichir. Et Blondet d&#8217;enfoncer le clou : l&#8217;honnêteté est mauvaise conseillère, les hommes d&#8217;Etat ne sont efficaces qu&#8217;amoraux, « scélérats abstraits ». Il nous prédit aussi, au passage, la « queue de l&#8217;argent » aux Caisses d&#8217;Epargne.<br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="color: #008000; font-family: Wingdings;"><strong>ÑÐ</strong></span><span style="font-family: Book Antiqua;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span>– Si dans la manière dont les affaires se présentent, reprit Couture en se remettant au point où il était avant l&#8217;interruption, il y a une teinte de charlatanisme, mot devenu flétrissant et mis à cheval sur le mur mitoyen du juste et de l&#8217;injuste, car je demande où commence, où finit le charlatanisme, ce qu&#8217;est le charlatanisme ? Faites moi l&#8217;amitié de me dire qui n&#8217;est pas charlatan ? Voyons ? un peu de bonne foi, l&#8217;ingrédient social le plus rare ! Le commerce qui consisterait à aller chercher la nuit ce qu&#8217;on vendrait dans la journée serait un non-sens. Un marchand d&#8217;allumettes a l&#8217;instinct de l&#8217;accaparement. Accaparer la marchandise est la pensée du boutiquier de la rue Saint-Denis dit le plus vertueux, comme de spéculateur dit le plus effronté. Quand les magasins sont pleins, il y a nécessité de rendre. Pour vendre, il faut allumer le chaland, de là l&#8217;enseigne du Moyen-Age et aujourd&#8217;hui le Prospectus ! Entre appeler la pratique et la forcer d&#8217;entrer, de consommer, je ne vois pas la différence d&#8217;un cheveu ! Il peut arriver, il doit arriver, il arrive souvent que des marchands attrapent des <img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112208-1828-balzacfinan5.jpg" alt="" width="455" height="324" align="left" />marchandises avariées, car le vendeur trompe incessamment l&#8217;acheteur. Eh ! bien, consultez les plus honnêtes gens de Paris, les notables commerçants enfin ?&#8230; tous vous raconteront triomphalement la rouerie qu&#8217;ils ont alors inventée pour écouler leur marchandise quand on la leur avait vendue mauvaise. La fameuse maison Minard a commencé par des rentes de ce genre. La rue Saint-Denis ne vous vend qu&#8217;une robe de soie graissée, elle ne peut que cela. Les plus vertueux négociants vous disent de l&#8217;air le plus candide ce mot de l&#8217;improbité la plus effrénée : <em>On se tire d&#8217;une mauvaise affaire comme on peut.</em> Blondet vous a fait voir les affaires de Lyon dans leurs causes et leurs suites ; moi, je vais à l&#8217;application de ma théorie par une anecdote. Un ouvrier en laine, ambitieux et criblé d&#8217;enfants par une femme trop aimée, croit à la République. Mon gars achète de la laine rouge, et fabrique ces casquettes en laine tricotée que vous avez pu voir sur la tête de tous les gamins de Paris, et vous allez savoir pourquoi. La République est vaincue. Après l&#8217;affaire de Saint-Méry</span><span>, les casquettes étaient invendables. Quand un ouvrier se trouve dans son ménage avec femme, enfants et dix mille casquettes en laine rouge dont ne veulent plus les chapeliers d&#8217;aucun bord, il lui passe par la tête autant d&#8217;idées qu&#8217;il en peut venir à un banquier bourré de dix millions d&#8217;actions à placer dans une affaire dont il se défie. Savez-vous ce qu&#8217;a fait l&#8217;ouvrier, ce Law</span></span><span style="font-family: book antiqua,palatino;"> faubourien, ce Nucingen des casquettes ? Il est allé trouver un dandy d&#8217;estaminet, un de ces farceurs qui font le désespoir des sergents-de-ville dans les bals champêtres aux Barrières, et l&#8217;a prié de jouer le rôle d&#8217;un capitaine américain pacotilleur, logé hôtel Meurice, d&#8217;aller <em>désirer</em> dix mille casquettes en laine rouge, chez un riche chapelier qui en avait encore <em>une </em>dans son étalage. Le chapelier flaire une affaire avec l&#8217;Amérique, accourt chez l&#8217;ouvrier, et se rue au comptant sur les casquettes. Vous comprenez : plus de capitaine américain, mais beaucoup de casquettes. Attaquer la liberté commerciale à cause de ces inconvénients, ce serait attaquer la Justice sous prétexte qu&#8217;il y a des délits qu&#8217;elle ne punit pas, ou accuser la Société d&#8217;être mal organisée à cause des malheurs qu&#8217;elle engendre ! Des casquettes et de la rue Saint-Denis, aux Actions et à la Banque, concluez !<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112208-1828-balzacfinan6.jpg" alt="" width="336" height="841" align="right" /><span>– Couture, une couronne ! dit Blondet en lui mettant sa serviette tortillée sur sa tête. Je vais plus loin, messieurs. S&#8217;il y a vice dans la théorie actuelle, à qui la faute ? à la Loi ! à la Loi prise dans son système entier, à la législation ! à ces grands hommes d&#8217;Arrondissement que la Province envoie bouffis d&#8217;idées morales, idées indispensables dans la conduite de la vie à moins de se battre avec la justice, mais stupides dès qu&#8217;elles empêchent un homme de s&#8217;élever à la hauteur où doit se tenir le législateur. Que les lois interdisent aux passions tel ou tel développement (le jeu, la loterie, les Ninons de la borne, tout ce que vous voudrez), elles n&#8217;extirperont jamais les passions. Tuer les passions, ce serait tuer la Société, qui, si elle ne les engendre pas, du moins les développe. Ainsi vous entravez par des restrictions l&#8217;envie de jouer qui gît au fond de tous les coeurs, chez la jeune fille, chez l&#8217;homme de province, comme chez le diplomate, car tout le monde souhaite une fortune <em>gratis</em>, le Jeu s&#8217;exerce aussitôt en d&#8217;autres sphères. Vous supprimez stupidement la Loterie, les cuisinières n&#8217;en volent pas moins leurs maîtres, elles portent leurs vols à une Caisse d&#8217;Epargne, et la mise est pour elles de deux cent cinquante francs au lieu d&#8217;être de quarante sous, car les actions industrielles, les commandites, deviennent la Loterie, le Jeu sans tapis, mais avec un râteau invisible et un <em>refait</em></span><span> calculé. Les Jeux sont fermés, la Loterie n&#8217;existe plus, voilà la France bien plus morale, crient les imbéciles, comme s&#8217;ils avaient supprimé les pontes ! on joue toujours ! seulement le bénéfice n&#8217;est plus à l&#8217;Etat, qui remplace un impôt payé avec plaisir par un impôt gênant, sans diminuer les suicides, car le joueur ne meurt pas, mais bien sa victime ! Je ne vous parle pas des capitaux à l&#8217;étranger, perdus pour la France, ni des loteries de Francfort, contre le colportage desquelles la Convention avait décerné la peine de mort, et auquel se livraient les procureurs-syndics ! Voilà le sens de la niaise philanthropie de notre législateur. L&#8217;encouragement donné aux Caisses d&#8217;Epargne est une grosse sottise politique. Supposez une inquiétude quelconque sur la marche des affaires, le gouvernement aura créé la <em>queue de l&#8217;argent</em>, comme on a crée dans la Révolution la <em>queue du p</em>ain. Autant de caisses, autant d&#8217;émeutes. Si dans un coin trois gamins arborent un seul drapeau, voilà une révolution. Un grand politique doit être un scélérat abstrait, sans quoi les Sociétés sont mal menées. Un politique honnête homme est une machine à vapeur qui sentirait, ou un pilote qui ferait l&#8217;amour en tenant la barre : le bateau sombre. Un premier ministre qui prend cent millions et qui rend la France grande et heureuse, n&#8217;est-il pas préférable à un ministre enterré aux frais de l&#8217;Etat, mais qui a ruiné son pays ? Entre Richelieu, Mazarin, Potemkin, riches tous trois à chaque époque de trois cents millions, et le vertueux Robert Lindet </span></span><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;"> qui n&#8217;a su tirer parti ni des assignats, ni des Biens Nationaux, ou les vertueux imbéciles qui ont perdu Louis XVI, hésiteriez-vous ?</span><br />
</span></p>
<p style="text-align: right"><span style="font-family: Book Antiqua;">BALZAC, Honoré de. <em>Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau</em> [En ligne]. Paris : Furne, 1844.<br />
[Consultation du 24 septembre 2008].<br />
Disponible sur internet : <a href="http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm">http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm</a><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme" target="_blank"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/11/112208-1828-balzacfinan7.gif" border="0" alt="" /></a><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-family: Tahoma;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme" target="_blank">Dossier Balzac</a></span><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></p>
<img src="http://www.plebe-web.com/?ak_action=api_record_view&id=1473&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Balzac : financiers et crises de foi _ Cynisme et philosophie</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Oct 2008 01:13:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Balzac]]></category>
		<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
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		<description><![CDATA[
Actes et discours : d&#8217;un côté l&#8217;Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau – le titre parle de lui-même ; de l&#8217;autre, d&#8217;élégants dîneurs faisant assaut d&#8217;esprit dans un discours qui ne manque pas de sel. On y découvre certes l&#8217;origine de la fortune de Rastignac, et l&#8217;histoire de La Maison Nucingen. On [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img style="vertical-align: text-top; margin: 5px;" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/102808-0113-balzacfinan1.jpg" alt="" width="287" height="254" align="left" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Actes et discours : d&#8217;un côté <em>l&#8217;Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau </em>– le titre parle de lui-même ; de l&#8217;autre, d&#8217;élégants dîneurs faisant assaut d&#8217;esprit dans un discours qui ne manque pas de sel. On y découvre certes l&#8217;origine de la fortune de Rastignac, et l&#8217;histoire de <em>La Maison Nucingen</em>. On y palabre aussi beaucoup, on débat, on se contredit. On n&#8217;aboutit pas, mais est-il meilleur sujet de <span style="font-family: tahoma,arial,helvetica,sans-serif;">fiction que</span> l&#8217;économie fictive ?</span></p>
<p><span style="font-family: Tahoma;"><br />
</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ff6600; font-family: Verdana;"><strong><span style="font-family: verdana,geneva;">Spéculation immobilière</span><br />
</strong></span>
</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">César Birotteau, parfumeur, est riche, et décoré. De quoi attiser son ambition… et appâter quelques peu scrupuleuses connaissances. À Claparon, dans le rôle du tentateur, de lui faire partager son enthousiasme pour la spéculation, définie de manière toute lapidaire : tondre le public. Et des relents de poujadisme dont je ne jurerais pas que certain discours pas si anciens aient été parfaitement dénués.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">—Tondez le public, entrez dans la Spéculation.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">—La spéculation ? dit le parfumeur, quel est ce commerce ?<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— C&#8217;est le commerce abstrait, reprit Claparon, un commerce qui restera secret pendant une dizaine d&#8217;années encore, au dire du grand Nucingen, le Napoléon de la finance, et par lequel un homme embrasse les totalités des chiffres, écrème les revenus avant qu&#8217;ils n&#8217;existent, une conception gigantesque, une façon de mettre l&#8217;espérance en coupes réglées, enfin une nouvelle Cabale ! Nous ne sommes encore que dix ou douze têtes fortes initiées aux secrets cabalistiques de ces magnifiques combinaisons.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">César ouvrait les yeux et les oreilles en essayant de comprendre cette phraséologie composite.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— Écoutez, dit Claparon après une pause, de semblables coups veulent des hommes. Il y a l&#8217;homme à idées qui n&#8217;a pas le sou, comme tous les gens à idées. Ces gens-là pensent et dépensent, sans faire attention à rien. Figurez-vous un cochon qui vague dans un bois à truffes ! Il est suivi par un gaillard, l&#8217;homme d&#8217;argent, qui attend le grognement excité par la trouvaille. Quand l&#8217;homme à idées a rencontré quelque bonne affaire, l&#8217;homme d&#8217;argent lui donne alors une tape sur l&#8217;épaule et lui dit : Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que ça ? Vous vous mettez dans la gueule d&#8217;un four, mon brave, vous n&#8217;avez pas les reins assez forts ; voilà mille francs, et laissez-moi mettre en scène cette affaire. Bon ! le banquier convoque les industriels. Mes amis, à l&#8217;ouvrage ! des prospectus ! la blague à mort ! On prend des cors de chasse et on crie à son de trompe : Cent mille francs pour cinq sous ! ou cinq sous pour cent mille francs, des mines d&#8217;or, des mines de charbon. Enfin tout l&#8217;<em>esbrouffe (1)</em> du commerce. On achète l&#8217;avis des hommes de science ou d&#8217;art, la parade se déploie, le public entre, il en a pour son argent, la recette est dans nos mains. Le cochon est chambré sous son toit avec des pommes de terre, et les autres se chafriolent (2) dans les billets de banque. Voilà, mon cher monsieur. Entrez dans les affaires. Que voulez-vous être ? cochon, dindon, paillasse ou millionnaire ? Réfléchissez à ceci : je vous ai formulé la théorie des emprunts modernes. Venez me voir, vous trouverez un bon garçon toujours jovial.<br />
</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: Times New Roman;">BALZAC, Honoré de. <em>Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau</em> [En ligne]. Paris : Furne, 1844.<br />
</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: Times New Roman;">[Consultation du 24 septembre 2008].<br />
</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: Times New Roman;">Disponible sur internet : <a href="http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm">http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm</a><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ff6600; font-family: verdana,geneva;"><strong>Le pâté aux truffes : valeurs fictives<br />
</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Très didactique, Bixiou dresse un éclairant parallèle avec des « petits pâtés » pour nous expliquer le principe des valeurs fictives. Et l&#8217;on en vient bien vite à parler politique et vertu… <em>&laquo;&nbsp;Voilà les vrais principes de l&#8217;âge d&#8217;or où nous vivons ! &laquo;&nbsp;</em><br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— Blondet vous a dit en gros les deux premières liquidations de Nucingen, voici la troisième en détail, reprit Bixiou. Dès la paix de 1815, Nucingen avait compris ce que nous ne comprenons qu&#8217;aujourd&#8217;hui : que l&#8217;argent n&#8217;est une puissance que quand il est en quantités disproportionnées. Il jalousait secrètement les frères Rostchild(3). Il possédait cinq millions, il en voulait dix ! Avec dix millions, il savait pouvoir en gagner trente, et n&#8217;en aurait eu que quinze avec cinq. Il avait donc résolu d&#8217;opérer une troisième liquidation ! Ce grand homme songeait alors à payer ses créanciers avec des valeurs fictives, en gardant leur argent. Sur la place, une conception de ce genre ne se présente pas sous une expression si mathématique. Une pareille liquidation consiste à donner un petit pâté pour un louis d&#8217;or à de grands enfants qui, comme les petits enfants d&#8217;autrefois, préfèrent le pâté à la pièce, sans savoir qu&#8217;avec la pièce ils peuvent avoir deux cents pâtés.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/102808-0113-balzacfinan2.gif" alt="" align="right" /><span style="font-family: Book Antiqua;">— Qu&#8217;est-ce que tu dis donc là, Bixiou ? s&#8217;écria Couture, mais rien n&#8217;est plus loyal, il ne se passe pas de semaine aujourd&#8217;hui que l&#8217;on ne présente des pâtés au public en lui demandant un louis. Mais le public est-il forcé de donner son argent ? n&#8217;a-t-il pas le droit de s&#8217;éclairer ?<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— Vous l&#8217;aimeriez mieux contraint d&#8217;être actionnaire, dit Blondet.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— Non, dit Finot, où serait le talent ?<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— C&#8217;est bien fort pour Finot, dit Bixiou.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— Qui lui a donné ce mot-là, demanda Couture.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— Enfin, reprit Bixiou, Nucingen avait eu deux fois le bonheur de donner, sans le vouloir, un pâté qui s&#8217;était trouvé valoir plus qu&#8217;il n&#8217;avait reçu. Ce malheureux bonheur lui causait des remords. De pareils bonheurs finissent par tuer un homme. Il attendait depuis dix ans l&#8217;occasion de ne plus se tromper, de créer des valeurs qui auraient l&#8217;air de valoir quelque chose et qui&#8230;<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">— Mais, dit Couture, en expliquant ainsi la Banque, aucun commerce n&#8217;est possible. Plus d&#8217;un loyal banquier a persuadé, sous l&#8217;approbation d&#8217;un loyal Gouvernement, aux plus fins boursiers de prendre des fonds qui devaient, dans un temps donné, se trouver dépréciés. Vous avez vu mieux que cela ! N&#8217;a-t-on pas émis, toujours avec l&#8217;aveu, avec l&#8217;appui des Gouvernements, des valeurs pour payer les intérêts de certains fonds, afin d&#8217;en maintenir le cours et pouvoir s&#8217;en défaire. Ces opérations ont plus ou moins d&#8217;analogie avec la liquidation à la Nucingen.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Book Antiqua;">—En petit, dit Blondet, l&#8217;affaire peut paraître singulière ; mais en grand, c&#8217;est de la haute finance. Il y a des actes arbitraires qui sont criminels d&#8217;individu à individu, lesquels arrivent à rien quand ils sont étendus à une multitude quelconque, comme une goutte d&#8217;acide prussique devient innocente dans un baquet d&#8217;eau. Vous tuez un homme, on vous guillotine. Mais avec une conviction gouvernementale quelconque, vous tuez cinq cents hommes, on respecte le crime politique. Vous prenez cinq mille francs dans mon secrétaire, vous allez au Bagne. Mais avec le piment d&#8217;un gain à faire habilement mis dans la gueule de mille boursiers, vous les forcez à prendre les rentes de je ne sais quelle république ou monarchie en faillite, émises, comme dit Couture, pour payer les intérêts de ces mêmes rentes : personne ne peut se plaindre. Voilà les vrais principes de l&#8217;âge d&#8217;or où nous vivons !<br />
</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: Times New Roman;">BALZAC, Honoré de. <em>Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau</em> [En ligne]. Paris : Furne, 1842.<br />
</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: Times New Roman;">[Consultation du 24 septembre 2008].<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-family: Times New Roman;">Disponible sur internet : <a href="http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm">http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm</a></span></p>
<div><span style="font-family: Times New Roman;">NOTES :1 :<em>esbrouffe</em> est utilisé comme masculin par Balzac, et indiqué comme tel chez Littré (1892) et Guérin.</span></div>
<div><span style="font-family: Times New Roman;">2 : <em>se chafrioler : </em>se délecter</span></div>
<p style="text-align: justify;">3: et en effet, contrairement à l&#8217;avis couramment répandu, ce n&#8217;est pas Rotschild qui a servi de modèle au personnage du baron de Nucingen, mais Achille Fould, banquier tout aussi puissant. Sur les liens entre les Fould et Balzac, et pour plus de détails, cf. la préface par Anne-Marie Meininger de <em>La Maison Nucingen</em> en Folio.</p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: center"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/102808-0113-balzacfinan3.gif" border="0" alt="" /></a><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><span style="font-family: Times New Roman;"><br />
</span></a></p>
<p style="text-align: center"><span style="font-family: Times New Roman;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme">Dossier Balzac</a><br />
</span></p>
<img src="http://www.plebe-web.com/?ak_action=api_record_view&id=1292&type=feed" alt="" />]]></content:encoded>
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		<title>Balzac ni « écrivain » ni réaliste</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Oct 2008 20:08:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Balzac]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>

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		<description><![CDATA[Balzac : sacré monstre plus que monstre sacré. Le monstre sacré m&#8217;ennuie, et vous n&#8217;avez pas besoin de moi pour lui. Les biographies pullulent, précises ou synthétiques, accompagnées de bibliographie à l&#8217;exhaustivité aléatoire, mise en relation avec sa vie, avec ou sans acharnement. Bien forcée de me plier à l&#8217;exercice introducteur, je vais essayer d&#8217;être aussi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/100908-2108-balzacnestn1.gif" alt="" align="left" /><span style="font-family: Tahoma;">Balzac : sacré monstre plus que monstre sacré. Le monstre sacré m&#8217;ennuie, et vous n&#8217;avez pas besoin de moi pour lui. Les biographies pullulent, précises ou synthétiques, accompagnées de bibliographie à l&#8217;exhaustivité aléatoire, mise en relation avec sa vie, avec ou sans acharnement. Bien forcée de me plier à l&#8217;exercice introducteur, je vais essayer d&#8217;être aussi brève qu&#8217;il m&#8217;est possible.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Ca reste souvent diablement trop long. Mais je vous rassure : ce titre aussi cinglant que spirituel est un résumé nécessaire et suffisant de la suite. Vous pouvez donc passer votre chemin, en haussant les épaules devant cette grossière provocation, et entamer directement la lecture de l&#8217;œuvre du monsieur, aimablement débitée par mes bons soins.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Sinon, eh bien : feu !<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Sacré monstre, donc : dans sa vie, il accumula des dettes colossales, des ambitions démesurées, d&#8217;impressionnants appétits, des rêves de gloire grandioses. Dans son œuvre, la tragédie ne craint pas toujours le mélodrame, le comique devient facilement burlesque, et les calembours alternent avec d&#8217;amples considérations philosophiques. Ajoutez-y le beau sujet que ferait sa propre vie dans la <em>Comédie humaine</em>.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Rarement la tentation aura été si grande, que de lire l&#8217;homme dans l&#8217;œuvre, et inversement, alors même que je suis plutôt rétive à ce type d&#8217;exercice. Plonger dans Balzac : la métonymie, qui substitue l&#8217;homme à l&#8217;œuvre, peut difficilement cesser à ce point d&#8217;être une figure de style. Dans le moindre de ses romans, il est aussi exigeant que ce proche qui vous raconte sa vie, ne vous épargne aucun des détails qui l&#8217;ont marqué, aucune de ses opinions pleines d&#8217;assurance, aucune de ses indignations ou de ses exaltations. Oui, Balzac est bavard, parfois trop, et ce n&#8217;est pas un secret que certains de ses romans sont loin d&#8217;être des chefs d&#8217;œuvre. Mais cette abondance, jointe au systématisme de son projet, donne à sa voix une force inégalée.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Par quel miracle ? Quels souffles de génie la muse insuffla-t-elle en cette poitrine puissante ? Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j&#8217;y vois deux raisons profondes.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">1/ Balzac n&#8217;est pas un écrivain.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">2/ Bazac n&#8217;est pas un réaliste.  <br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"> <br />
 </p>
<p style="text-align: center"><span style="color: #ff6600; font-family: Verdana;"><strong>Balzac n&#8217;est pas un écrivain </strong> <br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/100908-2108-balzacnestn2.gif" alt="" align="right" /><span style="font-family: Tahoma;">Balzac voulait être noble. Il s&#8217;est d&#8217;ailleurs effrontément octroyé une particule ignorée par son paternel, Bernard-François Balssa.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Balzac voulait être riche. Il se lança dans diverses entreprises, dont une plantation de bananier à Sèvres.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Balzac voulait écrire, oui. Mais parce qu&#8217;il voulait la gloire, aussi. Et qu&#8217;il pensait que ce pouvait être rentable. Il a d&#8217;ailleurs également été <a href="http://balzac.typographie.org/bio/balzac1.html">éditeur, imprimeur, fondeur de lettres de plomb</a>, la source de son durable endettement.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Balzac a écrit, oui, mais aussi pour avoir de quoi manger, même si café et œufs à la coque lui suffisait lorsqu&#8217;il était en plein rédaction.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Bref, Balzac n&#8217;a rien d&#8217;un écrivain éthéré, tout entier pris dans la recherche d&#8217;un style pur. Sa muse est vénale. Il écrit parfois mal, et c&#8217;est un jeu facile que de débusquer certaines inepties dans ses phrases. Et puis il en fait des tonnes.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Il a l&#8217;esprit assez large pour se le permettre, peut-être. Tout le fascine : la littérature, oui, mais pas plus que la philosophie, ou la science, et ses inventions technique. Un peu mystique, il réhabilite même les sciences occultes : qui nous dit que demain, ce qui nous paraît grotesque ne sera pas démontré très rigoureusement ? Il cherche le génie partout, et l&#8217;y voit partout. À moins qu&#8217;il ne l&#8217;y suscite.  <br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">D&#8217;ailleurs, son projet n&#8217;est pas littéraire. Il veut être historien (« La Société française allait être l&#8217;historien, je ne devais être que le secrétaire. », dit-il avec une remarquable fausse modestie), et moraliste (« peut-être pouvais-je arriver à écrire l&#8217;histoire oubliée par tant d&#8217;historiens, celle des mœurs »). Et même, un peu philosophe, (comme l&#8217;indique d&#8217;ailleurs le <a href="http://hbalzac.free.fr/plan.php">plan de la <span style="color: #99cc00; text-decoration: underline;"><em>Comédie Humaine</em></span></a><em>,</em> avec ses études philosophiques), puisqu&#8217;il espère « surprendre le sens caché dans cet immense assemblage de figures, de passions et d&#8217;événements ».<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Il est étrange que cette force de la nature qui s&#8217;épuisa à essayer vainement d&#8217;achever son œuvre colle finalement si mal à la sainteté du sacerdoce littéraire. Étrange que, imbu de sa personne quoique sincèrement admiratif devant d&#8217;autres, il nous semble avoir si peu, ou si mal, posé à l&#8217;écrivain. Comme, de ne pas échapper au ridicule, il s&#8217;épargnait la préciosité, ridicule suprême. Non, Balzac n&#8217;est pas (qu&#8217;)un écrivain : il en est plus sûrement écrivain, sa plume ne pisse pas un filet d&#8217;encre, elle convoque une voix.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/100908-2108-balzacnestn3.gif" alt="" align="left" /> </p>
<p style="text-align: center"><span style="color: #ff6600; font-family: Verdana;"><strong>Balzac n&#8217;est pas un réaliste </strong> <br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Ah, les assommantes (paraît-il…) descriptions balzaciennes, typiquement réalistes ! Pensez : elles accumulent les détails. Si c&#8217;est pas réaliste, ça ! Mouais. A voir. Vous en connaissez beaucoup, de logis qui sécrètent leurs personnages ? Ou l&#8217;inverse ? Des rues, des boutiques, des théâtres qui, à force d&#8217;être observés à la loupe, révèlent un microcosme si précis et minutieux que l&#8217;on croirait à une hallucination, comme autant d&#8217;excroissance suscitées par le délire ? Ici, les galeries du Palais Royal deviennent angoissant palais d&#8217;une fée Carabosse ; là, la scène et les coulisses du théâtre se métamorphosent en sérail des Mille et Une Nuits.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Guère surprenant, chez un auteur qui a <em>aussi </em>écrit des récits fantastiques.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Sauf qu&#8217;il n&#8217;y a pas un Balzac réaliste et un Balzac fantastique, pas plus qu&#8217;un Balzac des « Scènes » (de la vie parisienne, de la vie de Province etc) et un Balzac des « Etudes » (études philosophiques et études analytiques). Le réel observé par Balzac est fantastique, et c&#8217;est bien ce qui fait de lui un romantique plus qu&#8217;un réaliste. Le romantique dans ce qu&#8217;il a mignard, certes. Mais aussi, mais surtout le reste : les romantiques allemands, comme Novalis <a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-ni-ecrivain-ni-realiste#Novalis">(1)</a> , se targuent d&#8217;être philosophes autant qu&#8217;écrivains. Et le socle de leur réflexion, c&#8217;est précisément de savoir dans quelle mesure le rêve <em>fait partie</em> de la réalité, <em>est</em> réel.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Balzac écrit ; Balzac montre le réel. Mais, dans cette conjonction de l&#8217;écriture et du réel, c&#8217;est le réel tel qu&#8217;il le voit qu&#8217;il nous montre. L&#8217;expression « vision du monde » lui est comme taillée sur mesure. Cette vision est drainée par une imagination puissante, une force d&#8217;interprétation soutenue par un jeu de mises en relation constantes. Son coup de génie, le retour de personnages d&#8217;un roman à l&#8217;autre, ne fait que rendre manifeste ce qui était déjà perceptible : une mise en réseau systématique, qui recherche l&#8217;exhaustivité. La seule logique permanente de ce réseau, c&#8217;est l&#8217;imagination de Balzac, sa façon de voir les mondes. Et les multiples contradictions que l&#8217;on peut trouver entre sa vie et son œuvre, ou au sein même de son œuvre, cessent ainsi d&#8217;être paralysantes : elles sont comme les différentes phases d&#8217;un mouvement, celui de la pensée de Balzac, qui avait la prétention de tout englober. C&#8217;est de ce mouvement que son œuvre tire une nécessité que je ne sais qualifier autrement que d&#8217;individuelle : propre à Balzac ; mais qui finit du coup par être ressentie comme vitale, parce que c&#8217;est l&#8217;homme tout entier que l&#8217;on devine derrière. Oui, il a le don de nous faire partager le temps d&#8217;un roman sa vision du monde ; il nous l&#8217;impose, dans ce qu&#8217;elle de plus excessif. Quitte, en même temps, à nous agacer.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Si le réel qu&#8217;il nous montre est si convaincant, ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;il minutieux, mais animé, habité tout entier par le regard infiniment subjectif de Balzac, ce Balzac qui ne cesse de commenter, dans ses romans, ses personnages et leurs moindres faits et gestes pour nous délivrer de hautes vérités.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Si Balzac est cet écrivain magistral, c&#8217;est moins pour avoir voulu écrire que pour avoir été Balzac, sûr (jusqu&#8217;à l&#8217;arrogance) de son génie plus que de sa plume.</span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><img class="alignnone size-medium wp-image-1224" title="balzacmini" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/balzacmini.gif" alt="" width="70" height="85" /><strong><span style="font-family: Verdana;">Dossier Balzac</span></strong><strong><span style="color: #008000; font-family: Verdana;"> </span></strong></a></p>
<p style="text-align: justify"><span style="color: #008000; font-family: Tahoma;"><strong><a name="Novalis"></a>Note :</strong></span></p>
<p><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Tahoma;">1 : C&#8217;est d&#8217;ailleurs de son roman <em>Henri d&#8217;Ofterdingen</em> que vient l&#8217;expression « fleur bleue » (plus d&#8217;informations<a href="http://www.expressio.fr/expressions/etre-fleur-bleue.php"> ici</a>), si proche en français du terme « romantique » dans son acception courante et non pas littéraire.</span> </span></p>
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		<title>Balzac : financiers et crises de foi _ Melmoth réconcilié</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Oct 2008 20:00:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Déjà, la haute finance ouvrait son paradis effréné à d’avides spéculateurs, géniaux ou sordides, un paradis tout peuplé des combinaisons curieusement abstraites. Beaux mirages que Balzac, qui se rêvait aussi fortuné et noble qu’il était ruiné et plébéien, ne fut pas le dernier à éteindre. Mais si son propre génie ne servit qu’à l’enrichir de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong></strong><span style="font-family: Tahoma;"><a href="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/wharol.jpg"><span style="font-size: x-small;"><img class="alignleft alignnone size-full wp-image-1172" style="float: left; border: 1px solid black; margin: 5px;" title="wharol" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/wharol.jpg" alt="" width="94" height="142" /></span></a><span style="font-size: x-small; font-family: tahoma,arial,helvetica,sans-serif;">Déjà, la haute finance ouvrait son paradis effréné à d’avides spéculateurs, géniaux ou sordides, un paradis tout peuplé des combinaisons curieusement abstraites. Beaux mirages que Balzac, qui se rêvait aussi fortuné et noble qu’il était ruiné et plébéien, ne fut pas le dernier à éteindre. Mais si son propre génie ne servit qu’à l’enrichir de dettes écrasantes, du moins nous faut-il quelques railleuses définitions. </span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: tahoma,arial,helvetica,sans-serif;">Les brumes du fantastique sont moins chargées que dans le final de la<em><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/un-loup-garou-en-rut-le-final-de-la-peau-de-chagrin"> Peau de chagrin</a></em>, mais on les quitte pas encore tout à fait pour autant. Étrange collusion, en effet, qui se joue dans <strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="color: #008000;">Melmoth réconcilié</span></em></strong> : le fantastique y entre dans le milieu qu’on lui croit le plus opposé qui soit, la Bourse. Craintes immémoriales remises au goût du jour, le dix-neuvième siècle de Balzac, pas si éloigné du nôtre.<em> Tout commence avec d’irréels châteaux en Espagne : Castanier, minable petit employé de banque, part avec la caisse dont il a la charge. Pour ne pas être découvert, il accepte le pacte que lui propose Melmoth, qui veut s’en débarrasser lui-même. Le voilà tout-puissant, en échange de son salut éternel. Sauf que la toute-puissance vous rend terriblement blasé et déprimé. Un seul désir subsiste : être aux côtés de Dieu pour l’éternité. <span style="mso-bidi-font-family: Tahoma; mso-bidi-theme-font: minor-latin;">À</span> son tour donc de se trouver « une âme à négocier ». Occasion pour Balzac d’asséner une ou deux leçons de cynisme, balancées par une métamorphose saisissante, quand les destins s’échangent. Deux extraits à déguster.</em></span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: small; color: #ff6600; font-family: tahoma,arial,helvetica,sans-serif;">La Bourse ou la vie : où l’on perd son âme </span></strong><span style="color: #ff6600; line-height: 115%; font-family: &quot;Verdana&quot;,&quot;sans-serif&quot;;"><strong></strong></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Il est un endroit où l&#8217;on cote ce que valent les rois, où l&#8217;on soupèse les peuples, où l&#8217;on juge les systèmes, où les gouvernements sont rapportés à la mesure de l&#8217;écu de cent sous, où les idées, les croyances sont chiffrées, où tout s&#8217;escompte, où Dieu même emprunte et donne en garantie ses revenus d&#8217;âmes, car le pape y a son compte courant. Si je puis trouver une âme à négocier, n&#8217;est-ce pas là ? </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">Castanier alla joyeux à la Bourse, en pensant qu&#8217;il pourrait trafiquer d&#8217;une âme comme on y commerce des fonds publics. Un homme ordinaire aurait eu peur qu&#8217;on ne s&#8217;y moquât de lui ; mais Castanier savait par expérience que tout est sérieux pour l&#8217;homme au désespoir. Semblable au condamné à mort qui écouterait un fou s&#8217;il venait lui dire qu&#8217;en prononçant d&#8217;absurdes paroles il pourrait s&#8217;envoler à travers la serrure de sa porte, celui qui souffre est crédule et n&#8217;abandonne une idée que quand elle a failli, comme la branche qui a cassé sous la main du nageur entraîné. Vers quatre heures Castanier parut dans les groupes qui se formaient après la fermeture du cours des effets publics, et où se faisaient alors les négociations des effets particuliers et les affaires purement commerciales. Il était connu de quelques négociants, et pouvait, en feignant de chercher quelqu&#8217;un, écouter les bruits qui couraient sur les gens embarrassés. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;"><a href="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/ingodwetrust_184.jpg"><img class="size-medium wp-image-1171 aligncenter" title="ingodwetrust_184" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/ingodwetrust_184.jpg" alt="" width="184" height="122" /></a></span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Plus souvent, mon petit, que je te négocierai du Claparon et compagnie ! Ils ont laissé remporter par le garçon de la Banque les effets de leur paiement ce matin, dit un gros banquier dans son langage sans façon. Si tu en as, garde-le. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">Ce Claparon était dans la cour, en grande conférence avec un homme connu pour faire des escomptes usuraires. Aussitôt Castanier se dirigea vers l&#8217;endroit où se trouvait Claparon, négociant connu pour hasarder de grands coups qui pouvaient aussi bien le ruiner que l&#8217;enrichir. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">Quand Claparon fut abordé par Castanier, le marchand d&#8217;argent venait de le quitter, et le spéculateur avait laissé échapper un geste de désespoir. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Eh ! bien, Claparon, nous avons cent mille francs à payer à la Banque, et voilà quatre heures : cela se sait, et nous n&#8217;avons plus le temps d&#8217;arranger notre petite faillite, lui dit Castanier. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Monsieur ! </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Parlez plus bas, répondit le caissier ; si je vous proposais une affaire où vous pourriez ramasser autant d&#8217;or que vous en voudriez&#8230; </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Elle ne paierait pas mes dettes, car je ne connais pas d&#8217;affaire qui ne veuille un temps de cuisson. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Je connais une affaire qui vous les ferait payer en un moment, reprit Castanier mais qui vous obligerait à&#8230; </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– A quoi ? </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– A vendre votre part du paradis. N&#8217;est-ce pas une affaire comme une autre ? Nous sommes tous actionnaires dans la grande entreprise de l&#8217;éternité. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Savez-vous que je suis homme à vous souffleter ?&#8230; dit Claparon irrité, il n&#8217;est pas permis de faire de sottes plaisanteries à un homme dans le malheur. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Je parle sérieusement, répondit Castanier en prenant dans sa poche un paquet de billets de banque. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– D&#8217;abord, dit Claparon, je ne vendrais pas mon âme au diable pour une misère. J&#8217;ai besoin de cinq cent mille francs pour aller&#8230; </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Qui vous parle de lésiner ? reprit brusquement Castanier. Vous auriez plus d&#8217;or que n&#8217;en peuvent contenir les caves de la Banque. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">Il tendit une masse de billets qui décida le spéculateur. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Fait ! dit Claparon. Mais comment s&#8217;y prendre ? </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Venez là-bas, à l&#8217;endroit où il n&#8217;y a personne, répondit Castanier en montrant un coin de la cour. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">Claparon et son tentateur échangèrent quelques paroles, chacun le visage tourné contre le mur. Aucune des personnes qui les avaient remarqués ne devina l&#8217;objet de cet à parte, quoiqu&#8217;elles fussent assez vivement intriguées par la bizarrerie des gestes que firent les deux parties contractantes. Quand Castanier revint, une clameur d&#8217;étonnement échappa aux boursiers. Comme dans les assemblées françaises où le moindre événement distrait aussitôt, tous les visages se tournèrent vers les deux hommes qui excitaient cette rumeur, et l&#8217;on ne vit pas sans une sorte d&#8217;effroi le changement opéré chez eux. A la Bourse, chacun se promène en causant, et tous ceux qui composent la foule se sont bientôt reconnus et observés, car la Bourse est comme une grande table de bouillotte où les habiles savent deviner le jeu d&#8217;un homme et l&#8217;état de sa caisse d&#8217;après sa physionomie. Chacun avait donc remarqué la figure de Claparon et celle de Castanier. Celui-ci, comme l&#8217;Irlandais, était nerveux et puissant, ses yeux brillaient, sa carnation avait de la vigueur. Chacun s&#8217;était émerveillé de cette figure majestueusement terrible en se demandant où ce bon Castanier l&#8217;avait prise ; mais Castanier, dépouillé de son pouvoir, apparaissait fané, ridé, vieilli, débile. Il était, en entraînant Claparon, comme un malade en proie à un accès de fièvre, ou comme un thériaki</span><a style="mso-endnote-id: edn1;" name="_ednref1" href="http://www.plebe-web.com/wp-admin/#_edn1"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="line-height: 115%; font-family: &quot;Book Antiqua&quot;,&quot;serif&quot;;"><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #9bbb59;">[1]</span></span></span></span></span></span></a><span style="font-family: Book Antiqua;"> dans le moment d&#8217;exaltation que lui donne l&#8217;opium, mais en revenant, il était dans l&#8217;état d&#8217;abattement qui suit la fièvre, et pendant lequel les malades expirent, ou il était dans l&#8217;affreuse prostration que causent les jouissances excessives du narcotisme. L&#8217;esprit infernal qui lui avait fait supporter ses grandes débauches était disparu ; le corps se trouvait seul, épuisé, sans secours, sans appui contre les assauts des remords et le poids d&#8217;un vrai repentir. Claparon, de qui chacun avait deviné les angoisses, reparaissait au contraire avec des yeux éclatants et portait sur son visage la fierté de Lucifer. La faillite avait passé d&#8217;un visage sur l&#8217;autre. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Allez crever en paix, mon vieux, dit Claparon à Castanier. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">– Par grâce, envoyez-moi chercher une voiture et un prêtre, le vicaire de Saint- Sulpice, lui répondit l&#8217;ancien dragon en s&#8217;asseyant sur une borne. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">Ce mot : « Un prêtre ! » fut entendu par plusieurs personnes, et fit naître un brouhaha goguenard que poussèrent les boursiers, tous gens qui réservent leur foi pour croire qu&#8217;un chiffon de papier, nommé une inscription, vaut un domaine. Le Grand-livre est leur Bible.</span></span></p>
<p class="Plbe-rfrences" style="text-align: justify;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Times New Roman;">BALZAC, Honoré de. <em style="mso-bidi-font-style: normal;">Melmoth réconcilé</em> [En ligne]. Paris : Furne, 1846.</span></span><span style="color: #000000;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Times New Roman;">[Consultation du 26 septembre 2008].</span></span></span></p>
<p class="Plbe-rfrences" style="text-align: justify;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Times New Roman;">Disponible sur internet : </span></span><a href="http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm"><span style="text-decoration: underline;"><span style="font-size: x-small; color: #4f6128; font-family: Times New Roman;">http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm</span></span></a></p>
<p class="Plbe-rfrences" style="text-align: justify;"> </p>
<p class="Plbe-normal1" style="text-align: justify;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Wingdings;"><span style="mso-char-type: symbol; mso-symbol-font-family: Wingdings;">Ñ</span></span><span style="font-family: Wingdings;"><span style="mso-char-type: symbol; mso-symbol-font-family: Wingdings;">Ð</span></span></span></p>
<p class="Plbe-normal1" style="text-align: justify;"><strong><span style="font-size: small; color: #ff6600; font-family: tahoma,arial,helvetica,sans-serif;">Descente aux Enfers ?</span></strong></p>
<p class="Plbe-normal1" style="text-align: justify;"> <span style="font-size: x-small; font-family: tahoma,arial,helvetica,sans-serif;"><em>Une façon radicale de « moraliser la Bourse » ? Pas si sûr, quand la dévaluation s’emballe à une cadence infernale. Le fantastique s’estompe tandis que le rythme s’accélère, et que nous descendons les échelons de la société. Les majestueuses ténèbres s’évanouissent sur le pavé parisien croqué d’une plume goguenarde.</em></span></p>
<p class="Plbe-normal1" style="text-align: justify;"> </p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;"><a href="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/tab_-crise-02.jpg"><img class="alignright alignnone size-medium wp-image-1173" style="float: right; border: 1px solid black; margin: 5px;" title="tab_-crise-02" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/tab_-crise-02.jpg" alt="" width="250" height="250" /></a></span></span>Un fiacre emporta le moribond. Le spéculateur alla promptement payer ses effets à la Banque. L&#8217;impression produite par le soudain changement de physionomie de ces deux hommes fut effacée dans la foule, comme un sillon de vaisseau s&#8217;efface sur la mer. Une nouvelle de la plus haute importance excita l&#8217;attention du monde négociant. A cette heure où tous les intérêts sont en jeu, Moïse, en paraissant avec ses deux cornes lumineuses, obtiendrait à peine les honneurs d&#8217;un calembour, et serait nié par les gens en train de faire des <em>reports</em>. Lorsque Claparon eut payé ses effets, la peur le prit. Il fut convaincu de son pouvoir, revint à la Bourse et offrit son marché aux gens embarrassés. L&#8217;inscription sur le grand-livre de l&#8217;enfer, et les droits attachés à la jouissance d&#8217;icelle, mot d&#8217;un notaire que se substitua Claparon, fut achetée sept cent mille francs. Le notaire revendit le traité du diable cinq cent mille francs à un entrepreneur en bâtiment, qui s&#8217;en débarrassa pour cent mille écus en le cédant à un marchand de fer ; et celui-ci le rétrocéda pour deux cent mille francs à un charpentier. Enfin, à cinq heures, personne ne croyait à ce singulier contrat, et les acquéreurs manquaient faute de foi. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;">A cinq heures et demie, le détenteur était un peintre en bâtiment qui restait accoté contre la porte de la Bourse provisoire, bâtie à cette époque rue Feydeau. Ce peintre en bâtiment, homme simple, ne savait pas ce qu&#8217;il avait en lui-même. <span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">–</span></span> <em>Il était tout chose</em>, dit-il à sa femme quand il fut de retour au logis. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;">La rue Feydeau est, comme le savent les flâneurs, une de ces rues adorées des jeunes gens qui, faute d&#8217;une maîtresse, épousent tout le sexe. Au premier étage de la maison la plus bourgeoisement décente, demeurait une de ces délicieuses créatures que le ciel se plaît à combler des beautés les plus rares, et qui, ne pouvant être ni duchesses ni reines, parce qu&#8217;il y a beaucoup plus de jolies femmes que de titres et de trônes, se contentent d&#8217;un agent de change ou d&#8217;un banquier de qui elles font le bonheur à prix fixe. Cette bonne et belle fille, appelée Euphrasie</span><a style="mso-endnote-id: edn2;" name="_ednref2" href="http://www.plebe-web.com/wp-admin/#_edn2"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="line-height: 115%; font-family: &quot;Book Antiqua&quot;,&quot;serif&quot;;"><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #9bbb59;">[2]</span></span></span></span></span></span></a><span style="font-family: Book Antiqua;">, était l&#8217;objet de l&#8217;ambition d&#8217;un clerc de notaire démesurément ambitieux. En effet, le second clerc de maître Crottat, notaire, était amoureux de cette femme comme un jeune homme est amoureux à vingt-deux ans. Ce clerc aurait assassiné le pape et le sacré collége des cardinaux, afin de se procurer une misérable somme de cent louis, réclamée par Euphrasie pour un châle qui lui tournait la tête, et en échange duquel sa femme de chambre l&#8217;avait promise au clerc. L&#8217;amoureux allait et venait devant les fenêtres de madame Euphrasie, comme vont et viennent les ours blancs dans leur cage, au Jardin-des-Plantes. Il avait sa main droite passée sous son gilet, sur le sein gauche, et voulait se déchirer le cœur, mais il n&#8217;en était encore qu&#8217;à tordre les élastiques de ses bretelles. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">–</span></span>Que faire pour avoir dix mille francs ? se disait-il, prendre la somme que je dois porter à l&#8217;enregistrement pour cet acte de vente. Mon Dieu ! mon emprunt ruinera-t-il l&#8217;acquéreur, un homme sept fois millionnaire ? Eh ! bien, demain, j&#8217;irai me jeter à ses pieds, je lui dirai : « Monsieur, je vous ai pris dix mille francs, j&#8217;ai vingt-deux ans, et j&#8217;aime Euphrasie, voilà mon histoire. Mon père est riche, il vous remboursera, ne me perdez pas ! N&#8217;avez-vous pas eu vingt-deux ans et une rage d&#8217;amour ? » Mais ces fichus propriétaires, ça n&#8217;a pas d&#8217;âme ! Il est capable de me dénoncer au procureur du roi, au lieu de s&#8217;attendrir. Sacredieu ! si l&#8217;on pouvait vendre son âme au diable ! Mais il n&#8217;y a ni Dieu ni diable, c&#8217;est des bêtises, ça ne se voit que dans les livres bleus ou chez les vieilles femmes. Que faire ? </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">–</span></span> Si vous voulez vendre votre âme au diable, lui dit le peintre en bâtiment devant qui le clerc avait laissé échapper quelques paroles, vous aurez dix mille francs. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%;"><span style="font-family: Book Antiqua;">–</span></span> J&#8217;aurai donc Euphrasie, dit le clerc en topant au marché que lui proposa le diable sous la forme d&#8217;un peintre en bâtiment. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;">Le pacte consommé, l&#8217;enragé clerc alla chercher le châle, monta chez madame Euphrasie ; et, comme il avait le diable au corps, il y resta douze jours sans en sortir en y dépensant tout son paradis, en ne songeant qu&#8217;à l&#8217;amour et à ses orgies au milieu desquelles se noyait le souvenir de l&#8217;enfer et de ses priviléges. </span></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; line-height: 115%; mso-fareast-font-family: Tahoma; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: Book Antiqua;">L&#8217;énorme puissance conquise par la découverte de l&#8217;Irlandais, fils du révérend Maturin, se perdit ainsi. </span><a style="mso-endnote-id: edn3;" name="_ednref3" href="http://www.plebe-web.com/wp-admin/#_edn3"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="line-height: 115%; font-family: &quot;Book Antiqua&quot;,&quot;serif&quot;;"><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #9bbb59;">[3]</span></span></span></span></span></span></a></span></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><a href=" http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme"><img class="alignleft alignnone size-medium wp-image-1224" style="float: left;" title="balzacmini" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/balzacmini.gif" alt="" width="70" height="85" /></a>BALZAC, Honoré de. <em style="mso-bidi-font-style: normal;">Melmoth réconcilé</em> [En ligne]. Paris : Furne, 1846.</span></span><span style="color: #000000;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Times New Roman;">[Consultation du 26 septembre 2008].</span></span></span></p>
<p class="Plbe-rfrences" style="text-align: justify;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: Times New Roman;">Disponible sur internet : </span></span><a href="http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm"><span style="text-decoration: underline;"><span style="font-size: x-small; color: #4f6128; font-family: Times New Roman;">http://www.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm</span></span></a></p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"> </p>
<p class="Plbe-normaltexte2" style="text-align: justify;"><span style="color: #008000; font-family: verdana,geneva;"><strong><a href=" http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-effeuille-demandez-le-programme">Dossier Balzac </a></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/balzacmini.gif"></a> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"> </p>
<div id="edn1" style="text-align: justify; mso-element: endnote;">
<p class="MsoEndnoteText" style="margin: 0cm 0cm 0pt;"><span style="color: #008000;"><strong>Notes</strong></span></p>
<p class="MsoEndnoteText" style="margin: 0cm 0cm 0pt;"><a style="mso-endnote-id: edn1;" name="_edn1" href="http://www.plebe-web.com/wp-admin/#_ednref1"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="line-height: 115%; font-family: &quot;Tahoma&quot;,&quot;sans-serif&quot;;"><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #9bbb59;">[1]</span></span></span></span></span></span></a><span style="font-size: x-small; font-family: Tahoma;"> Theriaki : mangeur d’opium</span></p>
</div>
<div id="edn2" style="text-align: justify; mso-element: endnote;">
<p class="MsoEndnoteText" style="margin: 0cm 0cm 0pt;"><a style="mso-endnote-id: edn2;" name="_edn2" href="http://www.plebe-web.com/wp-admin/#_ednref2"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="line-height: 115%; font-family: &quot;Tahoma&quot;,&quot;sans-serif&quot;;"><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #9bbb59;">[2]</span></span></span></span></span></span></a><span style="font-size: x-small; font-family: Tahoma;"> On retrouvera Euphrasie dans <em style="mso-bidi-font-style: normal;">La Peau de chagrin</em>… et certainement sur la Plèbe.</span></p>
</div>
<div id="edn3" style="text-align: justify; mso-element: endnote;">
<p class="MsoEndnoteText" style="text-align: justify;"><a style="mso-endnote-id: edn3;" name="_edn3" href="http://www.plebe-web.com/wp-admin/#_ednref3"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoEndnoteReference"><span style="line-height: 115%; font-family: &quot;Tahoma&quot;,&quot;sans-serif&quot;;"><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #9bbb59;">[3]</span></span></span></span></span></span></a><span style="font-size: x-small; font-family: Tahoma;"> <em style="mso-bidi-font-style: normal;">Melmoth réconcilié</em> s’inspire de <em style="mso-bidi-font-style: normal;">Melmoth ou l’homme errant</em>, de Charles Robert Maturin, dans lequel John Melmoth reçoit de Satan des pouvoirs illimités en échange du salut de son âme. C’est ce John auquel Balzac fait allusion par la dénomination « fils du révérend Maturin ».</span></p>
</div>
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		<title>Balzac effeuillé : demandez le programme</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Oct 2008 19:45:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Noëlle</dc:creator>
				<category><![CDATA[La plèbe d'en bas]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Balzac]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
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		<description><![CDATA[J&#8217;avoue que l&#8217;image peut laisser songeur, mais guère faire rêver. On a quelque mal à imaginer un Balzac en petite tenue à froufrous. Un hippopotame en tutu, peut-être.

Pourtant, quelle jouissance que d&#8217;égrener page à page l&#8217;œuvre de ce jouisseur sans entraves ! Oh, je sais. Notre grand homme est bien poussiéreux. Il sent la classe, la sueur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><img src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/100908-2238-balzaceffeu1.jpg" alt="" align="left" /><span style="font-family: Tahoma;">J&#8217;avoue que l&#8217;image peut laisser songeur, mais guère faire rêver. On a quelque mal à imaginer un Balzac en petite tenue à froufrous. Un hippopotame en tutu, peut-être.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Pourtant, quelle jouissance que d&#8217;égrener page à page l&#8217;œuvre de ce jouisseur sans entraves ! Oh, je sais. Notre grand homme est bien poussiéreux. Il sent la classe, la sueur rance de cerveaux pressés sous quelque incompréhensible nécessité et le respect contrit, ou le lent téléfilm remarquable d&#8217;ennui par sa soigneuse reconstitution. Au mieux, si ce n&#8217;est au pire, l&#8217;exaltation de quelques illuminés.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Balzac est trop dense, trop abondant, trop installé, en un mot trop gras pour être sexy. Quel dommage, pourtant ! Il a la vue perçante et la plume vigoureuse. Les portraits et les situations qu&#8217;il croque n&#8217;ont rien perdu de leur mordant. J&#8217;entreprends donc de lui faire subir un régime drastique, et d&#8217;en prélever les meilleurs morceaux. « Florilège » parfaitement subjective, qui lorgnera un brin du côté de l&#8217;actualité, histoire de. L&#8217;ambition en est à la fois excessive, et minime : que, parmi les textes qui seront peu à peu réunis ici, l&#8217;un réussisse à vous étonner, à vous amuser ou à vous séduire.<br />
</span>
</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Le principe en sera simple : un ou deux extraits par semaine. Je les accompagnerai bien d&#8217;un petit texte, selon l&#8217;humeur et le texte du jour. Mais ce sera sommaire, introduction plus qu&#8217;explication, au gré d&#8217;une anecdote ou d&#8217;une mise en parallèle.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">L&#8217;entreprise elle-même peut paraître un peu vaine, mais je trouve tout de même presque légitime cette espèce de retour au source. Après tout, les romans de Balzac paraissait de son temps en feuilletons, dans les journaux. Il s&#8217;en plaignait, certes, et ne cessait de critiquer le cahier des charges que ce mode de parution créa peu à peu : du sensationnel à chaque page, pour tenir le lecteur en haleine, et l&#8217;inciter à s&#8217;abonner. Ça le rendait amer. Et pour cause ! Du coup, Eugène Sue et ses <em>Mystères de Paris</em> lui volait la vedette. Et les contrats. Nul doute que de nos jours, éreinter internet aurait été un de ses sports favoris. En même temps qu&#8217;il en aurait toutes les ressources possibles.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Tahoma;">Bon, cette idée de « parution » régulière n&#8217;est peut-être pas seulement inepte, après tout. Il y aura certainement les textes attendus, « morceaux d&#8217;anthologie » ; d&#8217;autres moins connus, de la <em>Comdédie humaine</em>, mais aussi des <em>Contes drôlatiques</em>, largement méconnus. Et vos commentaires et suggestions seront les bienvenus.<br />
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</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;">Mais trêves de bavardages. Vous retrouverez sur cette page la liste des extraits à venir ou déjà en ligne sur <em>la Plèbe</em>.<br />
</span></p>
<p style="text-align: justify"><span style="font-family: Tahoma;"><br />
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</p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #ff6600; font-family: Verdana;"><strong><span style="font-size: small;">En ligne</span><img class="alignright" style="float: right;" src="http://www.plebe-web.com/wp-content/uploads/2008/10/100908-2238-balzaceffeu2.gif" alt="" width="242" height="278" align="right" /></strong></span><span style="color: #ff6600; font-family: Verdana;"><span style="font-size: small;"> </span></span></p>
<div><span style="color: #ff6600; font-family: Verdana;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-ni-ecrivain-ni-realiste"><span style="font-size: x-small; font-family: Tahoma;"><span style="font-size: small;">Présentation : Balzac n&#8217;est ni « écrivain » ni réaliste</span></span><span style="font-size: small;"> </span></a><span style="font-size: small;"><br />
</span></span><span style="font-family: Tahoma;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/un-loup-garou-en-rut-le-final-de-la-peau-de-chagrin"><span style="font-size: small;">Un loup-garou en rut : le final de </span></a><em><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/un-loup-garou-en-rut-le-final-de-la-peau-de-chagrin"><span style="font-size: small;">La peau de chagrin</span></a><span style="font-size: small;"><br />
</span></em></span><span style="font-size: x-small; font-family: Tahoma;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-financiers-et-crises-de-foi-_-melmoth-reconcilie"><span style="font-size: small;">Financiers et crise de foi 1 :</span><em><span style="font-size: small;"> Melmoth réconcilié</span></em></a><span style="font-size: small;"><br />
</span></span><span style="font-size: x-small;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-financiers-et-crises-de-foi-_-cynisme-et-philosophie"><span style="font-size: small;">Financiers et crise de foi 2 : cynisme et philosophie</span></a><span style="font-size: small;"> (</span><span style="font-size: small;"><em>La Maison Nucingen, Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau)<br />
</em><span><span style="color: #003300;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-financiers-et-crises-de-foi-_-theorie-magouille-et-luttes-intestines">Financiers et crise de foi 3 : </a><span style="color: #000000;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-financiers-et-crises-de-foi-_-theorie-magouille-et-luttes-intestines">Théorie, magouille et luttes intestines </a>(</span><em>La Maison Nucingen)</em></span></span></span></span></span></div>
<div><em></em></div>
<div><span style="font-size: small;"><em></em> </span></div>
<div style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small; color: #ff6600; font-family: verdana,geneva;"><span style="font-size: small;"></p>
<div style="TEXT-ALIGN: center"><span style="color: #ff6600; font-family: verdana,geneva;"><strong>L’univers de Balzac</strong></span></div>
<div style="TEXT-ALIGN: center"><strong></strong></div>
<div style="text-align: left;"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/balzac-ni-ecrivain-ni-realiste"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Présentation : Balzac n’est ni « écrivain » ni réaliste </span></a></div>
<div style="TEXT-ALIGN: center"><span style="color: #ff6600; font-family: verdana,geneva;"><span style="font-size: x-small;"><span style="font-size: xx-small;"><strong><span><span style="font-size: small; color: #ff6600;">Traverses</span></span><br />
</strong></span><em>Cette section regroupe des incursions, presque aléatoires, dans l’univers d’autres écrivains.</em></span></span></div>
<div style="TEXT-ALIGN: left"><span style="font-size: x-small; color: #ff6600; font-family: verdana,geneva;"><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;"><br />
<span style="FONT-STYLE: normal"><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/traverses-john-steinbeck-les-raisins-de-la-colere"><span style="font-size: x-small;"><strong>Traverses : Steinbeck,</strong></span></a></span><a href="http://www.plebe-web.com/la-plebe-den-bas/traverses-john-steinbeck-les-raisins-de-la-colere"><span style="font-size: x-small;"><strong> <em>Les Raisins de la colère</em></strong></span></a></span></span></span></div>
<div><span style="font-size: x-small; color: #ff6600; font-family: verdana,geneva;"><span style="color: #000000;"><span style="font-size: xx-small;"><strong> </strong></span></span></span></div>
<div style="TEXT-ALIGN: center"><span style="color: #ff6600; font-family: Verdana;"><strong>À venir</strong></span></div>
<div style="text-align: left;"><span><span style="color: #003300;"><em></em></span></span><span style="color: #000000;"> </span></div>
<div style="text-align: left;"><span style="color: #000000; font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Grandville, illustrateur (avec galerie photo)</span></div>
<div style="text-align: left;"><span style="color: #000000; font-family: arial,helvetica,sans-serif;">Comédie animale : <em>Peines de coeur d&#8217;un chatte anglaise</em></span></div>
<div style="text-align: left;"><span style="color: #000000; font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="color: #000000;">Comédie animale : <em>Les amours de deux bêtes</em></span></span></div>
<div style="text-align: left;"><em></em></div>
<div style="text-align: center;"><span style="color: #ff6600; font-family: Arial;"><strong>Quelques liens sur Balzac et son oeuvre</strong></span></div>
<div style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial;"><a href="http://www.v1.paris.fr/musees/balzac/furne/presentation.htm">L&#8217;intégralité de <em>La Comédie Humaine </em></a><span style="color: #000000;">en ligne</span></span></div>
<div style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial;"><a href="http://hbalzac.free.fr/index.php">Parcours dans <em>LaComédie Humaine </em></a><span style="color: #000000;">par thèmes et personnages</span></span></div>
<p><span style="color: #000000; font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><em></em></span></span></span></div>
<div style="text-align: center;"><span style="font-size: x-small; color: #ff6600; font-family: verdana,geneva;"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000; font-family: arial,helvetica,sans-serif;"></p>
<div style="text-align: left;"></div>
<p></span><span style="font-family: Tahoma;"><em><br />
</em><br />
</span></p>
<p></span></span></div>
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